Aux frontières de la foi

Brésil: Pâques avec les Yanamami

Roraima, 12 avril 2004 (Apic) Au moment où les chrétiens réfléchissent à la signification de la passion, de la mort et de la Résurrection de Christ, les indigènes brésiliens appartenant au peuple Yanamami de Roraima célèbre depuis des siècles le mystère de la fin de la vie sur terre et du salut de l’âme. L’Agence Misna a recueilli un témoignage d’un missionnaire qui oeuvre parmi les indigènes brésiliens.

Ces jours-ci précisément, le religieux – dont on maintient l’anonymat pour des raisons de sécurité – a participé à la cérémonie funèbre de «Machadão», un leader Yanamami et «xapuri» (chaman). «Il est difficile pour une personne n’assistant pas directement à un tel évènement de décrire l’immense douleur des parents qui, après avoir rassemblé les biens du défunt les font circuler dans la «maloca», la cabane commune, en évoquant des moments de la vie de celui qui est parti pour «l’hutumosi», le ciel, que les Yanamami considèrent et décrivent comme vraiment similaire à la réalité terrestre» explique le missionnaire.

Le peuple Yanamami est considéré par les anthropologues comme le plus primitif sur la surface de la terre, avec une culture et un style de vie qui remontent au Néolithique (il y a plus de 12’000 ans). Ils sont encore 12’000 aujourd’hui au Brésil, pour la plupart chasseurs et récolteurs vivant en parfaite symbiose avec la nature, une existence à l’enseigne de la tranquillité sans l’angoisse de produire, capables d’écouter, d’accueillir, de dialoguer, de fêter et dotés du don de la communion.

Les missionnaires qui se sont succédés à leurs côtés ont joué, et jouent encore, un rôle déterminant pour la défense de leurs droits, comme de ceux des autres peuples indigènes de Roraima et du Brésil «Même dans «l’hutumosi» des «malocas» existent, identiques, ainsi que la forêt, les animaux et les plantes terrestres: la seule différence est que dans le ciel personne ne doit se préoccuper de chercher la nourriture et tout ce qui sert pour vivre. Tout est donné en abondance et pour cette raison il est possible de vivre une nouvelle vie heureuse et à l’enseigne de la plénitude», poursuit le missionnaire.

Une porte

Un chef indigène interpellé par notre interlocuteur sur ce qui se passe pour son peuple avec la mort a répondu tout simplement: «Vous n’avez jamais rêvé?». «Et bien les Yanomami croient que nous tous dans notre tête avons une petite porte par laquelle l’âme (»pore») sort au moment de la mort, après avoir reçu l’aide des «xapuri», après avoir été peinte et décorée, elle se met en marche sur le chemin qui porte à «l’hutumosi». Une fois arrivée, elle se dirigera vers sa «malora» d’origine après avoir été accueillie par les membres de sa famille et pourra bénéficier de leur réconfort et de leur affection», poursuit encore le missionnaire.

La tombe n’existe pas

Après la mort, personne ne pourra plus prononcer le nom du défunt, ni conserver une image de lui. Même les objets qui lui appartenaient sont brûlés et détruits, le terrain est raclé et les traces du mort sur les choses qu’il a pu toucher sont effacées. «Chez les Yanomami la tombe n’existe pas» ajoute le religieux. «Le corps est pendu à un arbre de la forêt, enveloppé dans un hamac construit avec du bois et des feuilles de palmier, et laissé sur place jusqu’à la décomposition». Les os sont rassemblés et brûlés sur le feu et les cendres sont distribuées aux membres les plus proches de la famille. «Notre approche consiste avant tout à apprécier et à croire en leur culture, entendue comme don de Dieu qui provient du don de la liberté. Dans leur religiosité il y a déjà une possibilité d’obtenir le salut, qu’ils cherchent à leur façon», explique un membre de la pastorale indigène.

Le 15 septembre 1996, en quittant son diocèse après 21 ans, l’évêque de Roraima, Mgr Aldo Mongiano, missionnaire de la Consolata, avait remercié les «indigènes macuxí, wapixana, yanamami, taurepang, ingaricó, wai-wai et atroarí, qui ont écouté le message de l’Evangile, qui leur a été transmis par l’Eglise, et l’ont fait résonner dans leurs consciences, en réveillant des désirs et des espoirs frustrés par des siècles de marginalisation, d’oppression et d’exploitation». (apic/misna/pr)

12 avril 2004 | 00:00
par webmaster@kath.ch
Temps de lecture : env. 3  min.
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