L’antisémitisme est en recul depuis deux ans en Europe

Europe: Un sondage de la Ligue Antidiffamation contredit la vague de propos alarmistes

New York/Berlin, 28 avril 2004 (Apic) Contrairement aux cris d’alarme lancés par diverses organisations juives européennes et internationales, l’antisémitisme est en recul depuis deux ans en Europe. Tel est le résultat d’un sondage de la Ligue Antidiffamation (ADL), une organisation juive basée à New York, réalisé dans 10 pays européens (Autriche, Belgique, Danemark, France, Italie, Allemagne, Pays-Bas, Espagne, Suisse et Royaume Uni).

L’enquête d’opinion a été réalisée en Europe par l’institut «Taylor Nelson Sofres», qui a mené un total de 5’000 entretiens téléphoniques – 500 dans chacun des 10 pays – du 16 mars au 8 avril 2004.

Le directeur national de l’ADL, Abraham Foxman, l’a présentée dans le cadre de la conférence internationale sur l’antisémitisme ouverte à Berlin le 28 avril à l’initiative des 55 pays membres de l’OSCE. Les participants vont réfléchir aux moyens de lutter contre l’antisémitisme en Europe. Un récent rapport de l’Union européenne relève la montée des actes antisémites dans certains Etats ces deux dernières années.

Net recul des attitudes antisémites depuis 2002

Intitulée «Attitudes envers les juifs, Israël et le conflit israélo- palestinien dans 10 pays européens», l’enquête d’opinion de l’ADL montre un recul des attitudes antisémites depuis son dernier sondage datant de 2002. En France, l’étude montre une nette régression: de 35% en 2002 à 25% aujourd’hui, tandis que l’Allemagne passe de 37% à 36%, la Belgique de 39% à 35%, le Danemark de 21% à 16%. Par contre, la Grande-Bretagne est passée de 18% de personnes ayant des attitudes antisémites en 2002 à 24% en 2004.

Dans un deuxième groupe de pays, les opinions antisémites sont passées de 34% à 24% en Espagne, de 23% à 15% en Italie, de 22% à 17% en Suisse et de 19% à 17% en Autriche. Aux Pays-Bas, par contre, où l’on est généralement plutôt philosémite, la tendance est inverse: de 7% à 9%.

Les actions ont porté leurs fruits

Abraham Foxman estime au vu des résultats qu’il valait la peine d’alerter l’opinion publique quand une vague d’actes antisémites violents déferlait sur l’Europe. «A l’époque les responsables hésitaient à reconnaître ce problème et à y faire face. Les juifs à travers le monde ont sonné l’alarme et appelé l’Union européenne, les gouvernements et les gens de bonne volonté dans chaque pays à reconnaître qu’ils avaient un problème d’antisémitisme, et d’agir en conséquence. Beaucoup l’ont fait. et les actions ont porté leurs fruits».

Pour le directeur national de l’ADL, ce sondage montre que non seulement le nombre d’actes antisémites est en recul, mais que l’on assiste également dans beaucoup de cas à la diminution des attitudes négatives envers les juifs.

Néanmoins, relève le directeur national de l’ADL, un grand nombre d’Européens acceptent encore une large palette de stéréotypes traditionnels sur les juifs, à savoir leur pouvoir économique, leurs agissements dans l’ombre ou l’usage qu’ils font de l’Holocauste. Ainsi, nombre d’Européens, mentionnant le conflit israélo-palestinien, estiment que les juifs sont plus loyaux à l’égard de l’Etat hébreu qu’à l’égard de leur propre patrie. «Cela contribue à légitimer l’antisémitisme», affirme-t-il.

Les stéréotypes restent tenaces

Ce genre de stéréotypes a diminué partout. A la question de savoir si «les juifs sont davantage loyaux envers Israël que leur propre pays», on note une diminution des réponses favorables en Allemagne (de 55% à 50%), en France (de 42% à 28%), en Italie (de 58% à 57%), en Autriche (de 54% à 46%), en Suisse (de 49% à 46%), en Belgique (de 49% à 46%), aux Pays-Bas (de 48% à 44%), au Danemark (de 45% à 37%). Seule une nouvelle fois la Grande-Bretagne fait exception: elle passe de 34% à 40%.

L’Europe accusée de «parti pris» en défaveur d’Israël

Les données 2004 montrent par contre que l’attitude à l’égard d’Israël est plus hostile et que l’image de l’Etat hébreu s’est détériorée en raison du conflit israélo-palestinien. La Ligue Antidiffamation, qui officiellement ne soutient pas seulement l’Etat d’Israël, mais également le gouvernement Sharon, reconnaît que l’image d’Israël en a pris un coup ces deux dernières années. Les opinions favorables chutent à mesure que le conflit s’aggrave et qu’Israël poursuit la construction du mur de séparation en territoire palestinien et sa politique d’assassinats des activistes palestiniens.

Pour Abraham Foxman, ce sont les médias et les gouvernements européens qui sont la cause de cette appréhension biaisée d’Israël. Il les accuse par conséquent de «parti pris», «ce qui rend plus difficile pour l’Europe de jouer un rôle constructif dans le processus de paix au Moyen- Orient. (apic/adl/haar/be)

28 avril 2004 | 00:00
par webmaster@kath.ch
Temps de lecture : env. 3  min.
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