Interventions de personnalités chrétiennes et musulmanes

Qatar: Le cardinal Tauran ouvre la conférence islamo-chrétienne

Doha, 27 mai 2004 (Apic) Tuer, au nom d’une religion, est une abomination qui offense Dieu, a déclaré le cardinal Jean-Louis Tauran en ouvrant la conférence islamo-chrétienne qui se tient actuellement au Qatar.

Le cardinal Tauran, invité à prendre la parole dans la matinée du 27 mai 2004 à l’ouverture d’une conférence islamo-chrétienne organisée par cet émirat arabe du 27 au 29 mai, a relever qu’»empêcher quelqu’un de pratiquer sa religion, discriminer un croyant d’une religion autre que la sienne, ou pire, tuer au nom d’une religion, sont des abominations qui offensent Dieu et qu’aucune autorité, quelle soit politique ou religieuse, ne peut jamais justifier».

, Pour l’ex-secrétaire du Saint-Siège pour les relations avec les Etats, qui s’exprimait face à un auditoire de plus de 200 personnes, chrétiens et musulmans provenant de trente pays, «les hommes politiques n’ont rien à craindre des croyants authentiques» car ils «sont le meilleur antidote contre toute forme de fanatisme».

«Le bruit des armes que l’on entend pas loin d’ici ne nous empêchera pas de réfléchir sur notre responsabilité de croyants ou encore d’adresser un message d’amitié à ceux qui veulent bien l’écouter», a par ailleurs affirmé le cardinal français. Ce petit Etat arabe d’une population de 800’000 habitants, à majorité musulmane sunnite wahabite, se situe en effet dans le golfe persique, non loin de l’Irak.

Revenant sur le thème même de la conférence centrée sur la liberté religieuse, le cardinal Tauran a expliqué que si la liberté de conscience et de religion «est la raison d’être de toutes les autres libertés», c’est parce que chacun a le droit d’être respecté pour ce qu’il est et pour ce qu’il croit librement et en conscience. Le prélat a également invité les différentes délégations à «éviter tout syncrétisme ou caricature de l’autre», ce qui ne peut se réaliser que si «chacun reste loyal envers sa propre foi».

«Contrainte et croyance ne sont pas compatibles»

Le cardinal a conclu son intervention en confirmant «l’estime de l’Eglise catholique» pour un «Islam véridique» et pour «sa détermination à travailler ensemble avec tous ceux qui veulent la paix».

Pour sa part, le cheikh Mohammed Sayed Tantawi de l’Université Al Azhar du Caire – que Jean-Paul II a rencontré lors de son voyage en Egypte en février 2000 -, a souligné combien la liberté de culte «est primordiale». «Adhérer à une religion est une soumission du coeur et de l’âme (.) et on ne peut pas épouser une religion sous la contrainte sinon la haine et la rancoeur augmentent envers les membres de cette religion». Pour la plus haute autorité de l’Islam sunnite dans le monde arabe, «contrainte et croyance ne sont pas compatibles».

Le patriarche de l’Eglise copte orthodoxe, le pope Shenouda III, a quant à lui insisté sur le rôle du dialogue des différentes religions monothéistes pour «répandre la paix sur terre».

Promoteur de cette rencontre en partie retransmise en direct par la télévision nationale, et reprise largement par la télévision arabe Al Jazira, l’Emir du Qatar n’a pas pu participer personnellement à la conférence. C’est donc le Premier ministre et cheikh Abdullah Bin Khalifa Al-Thani, qui a ouvert la cérémonie et présidé le repas convivial et somptueux qui rassemblé les participants au terme des différentes interventions.

Couverture médiatique

Si l’ouverture de cette conférence islamo-chrétienne était publique, les travaux de la Commission du Saint-Siège pour les rapports religieux avec l’Islam se poursuivront à huit clos dans la soirée du 27 et jusqu’au 29 mai.

Créée en 1974, cette commission présidée par Mgr Michael Fitzgerald, président du Conseil pontifical pour le dialogue interreligieux, est composée de dix membres, tous experts catholiques de l’Islam qui se réunissent tous les ans. Pour la première fois cette année, une dizaine d’experts musulmans ont été invités pour participer aux discussions qui devraient confronter la liberté religieuse dans le Magistère de l’Eglise et dans la vision islamique. (apic/imedia/pr)

27 mai 2004 | 00:00
par webmaster@kath.ch
Temps de lecture : env. 3  min.
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