Des tensions agitaient déjà les catholiques suisses en 1984
Suisse: Le président de la CES attend des fruits positifs de la prochaine visite du pape
Berne, 31 mai 2004 (Apic) Les tensions qui agitent les catholiques suisses ne sont pas nouvelles. Elles étaient déjà perceptibles il y a 20 ans, lors de la première visite pastorale du pape en Suisse, estime Mgr Amédée Grab, président de la Conférence des évêques suisses (CES). Les derniers sondages d’opinion montrent une attitude méfiante des Suisses à l’égard de Rome et de certains points de la doctrine catholique.
Dans une interview à swissinfo/Radio Suisse Internationale (SRI) publiée le 31 mai, Mgr Amédée Grab se réjouit de la visite en Suisse du Souverain pontife. Il espère, comme en 1984, que l’opinion suisse évoluera favorablement suite à la venue du pape. Il y a vingt ans, les Suisses étaient plutôt négatifs, mais ils ont changé d’avis lorsqu’ils ont constaté tout le bienfait que ce voyage a apporté, déclare le président de la CES à swissinfo.
Et Mgr Grab de rappeler que lors de la rencontre du pape à Einsiedeln, les prêtres qui avaient fait le déplacement n’étaient pas tous des inconditionnels des dogmes de l’Eglise. «Certains demandaient, comme aujourd’hui, que l’Eglise s’ouvre davantage».
L’Eglise doit s’ouvrir davantage, selon les derniers sondages
Le dernier sondage de l’Institut gfs-Zurich montre que près de 9 Suisses sur 10 veulent l’abrogation du célibat obligatoire des prêtres, partager l’Eucharistie respectivement la Sainte Cène avec d’autres chrétiens, renforcer l’oecuménisme ou donner des droits égaux aux femmes. L’évêque de Coire qualifie ces chiffres d’assez impressionnants, même s’il dit ne pas pouvoir vraiment évaluer le caractère représentatif de ce sondage.
Mgr Grab relève qu’en sa qualité d’évêque vivant au contact de la base de l’Eglise en Suisse, «cette unanimité ne semble pas aussi évidente que le sondage le laisse entendre (.) Il y a d’une part des voix qui s’élèvent pour demander une modernisation et une démocratisation de l’Eglise. Nous les évêques entendons aussi le point de vue des catholiques qui se reconnaissent dans les positions de Rome.»
Les jeunes peu intéressés aux débats internes de l’Eglise
Le président de la CES considère que la visite du Souverain pontife est importante pour les jeunes, pour lesquels les débats internes à l’Eglise ne sont pas l’essentiel. «La personnalité du pape, qu’ils connaissent bien, est au premier plan», déclare-t-il à swissinfo.
Les jeunes s’interrogent sur le sens de la vie humaine et sur la signification de l’Evangile. Ils se demandent si l’Eglise a encore une raison d’être dans ce monde et si la société des loisirs peut vraiment répondre aux aspirations profondes des individus, constate Mgr Grab. Qui reconnaît que les jeunes sont très attirés par les Eglises libres et les mouvements souvent qualifiés de sectes. «Cette réalité montre combien ils sont en recherche par rapport à des questions fondamentales. C’est aussi la raison pour laquelle ils se tournent vers le pape (.) Le pape aime la jeunesse, elle a confiance en lui et elle voit en lui une grande autorité morale, même si tous ne sont pas engagés de la même manière dans l’Eglise.»
Mgr Grab, qualifie d’»évolution dangereuse» le fait que certaines paroisses se soient organisées de telle manière à pouvoir se passer de prêtres à l’avenir. «Rome sait très bien que nous avons besoin des assistants pastoraux. Une telle réalité n’a jamais été contestée. Rome nous rend toutefois attentifs au danger de cléricalisation des laïcs. Les théologiens laïcs ne doivent pas se substituer aux prêtres.»
A propos de la non autorisation de l’hospitalité eucharistique avec les protestants, l’évêque de Coire souligne d’abord la bonne entente existant au niveau oecuménique. La Conférence des évêques entretient des relations suivies et fraternelles avec la Fédération des Eglises protestantes de Suisse. Cependant, «notre compréhension de l’Eglise n’est pas encore arrivée à un tel point de convergence qu’elle nous permette de célébrer ensemble l’eucharistie qui est, à nos yeux, au centre de la vie ecclésiale.» (apic/swissinfo/be)




