Relations diplomatiques entre la Suisse et le Vatican normalisées
Payerne: Le président de la Confédération a accueilli le pape Jean Paul II
Berne, 5 juin 2004 (Apic) Le président de la Confédération suisse, Joseph Deiss, a accueilli samedi matin Jean Paul II à l’aéroport de Payerne, en Pays vaudois. Le pape a ainsi initié sa visite de 2 jours à Berne, dans le cadre de la Première rencontre des jeunes catholiques de Suisse, les 5 et 6 juin.
Le «pape globe trotter» a été invité par la Conférence des évêques suisses. Il ouvrira samedi le rassemblement de la jeunesse en s’adressant vers 18h00 aux quelque 10 à 15’000 jeunes catholiques et d’autres confessions chrétiennes venus des quatre coins de la Suisse – et d’ailleurs -, réunis dans la patinoire BernArena.
Il était près de 11h30 lorsque l’Airbus de la compagnie italienne Alitalia s’est posé à une centaine de mètres de la Halle 2 de l’aéroport de Payerne. Pour son 103e voyage à l’étranger, le troisième sur sol suisse, le pape a répondu à l’invitation des jeunes catholiques de Suisse. Jean Paul II s’était rendu à Genève pour une visite-éclair le 15 juin 1982 à l’ONU. Il était en revanche resté six jours sur le sol suisse du 12 au 17 juin 1984, en visitant les principales localités du pays. A l’occasion de ce 3e séjour, le pape a décidé de montrer les liens forts qui unissent la Suisse et le Vatican, en invitant à le suivre quatre gardes suisses présents à ses côtés dans l’avion papal.
Jean Paul II, a été accueilli par le président de la confédération Joseph Deiss, ainsi que deux autres Conseillers fédéraux, Micheline Calmy- Rey, cheffe du Département des affaires étrangères, et Samuel Schmid, chef du Département fédéral de la Défense, ainsi que par les évêques suisses. Peu après son arrivée, Jean Paul II s’est entretenu brièvement avec le président de la Confédération.
Les allocutions donnent le ton de la fête
Dans son allocution de bienvenue, Joseph Deiss a donné le ton de cette visite, en souhaitant une «cordiale bienvenue» au nom du Conseil fédéral et de la population du pays. «Votre visite est pour nous un grand honneur et nous remplit d’une joie sincère». Après avoir rendu un hommage appuyé à la Garde suisse, le président de la Confédération a confirmé la normalisation des relations diplomatiques entre la Suisse et le Vatican et donc l’accréditation de Hansrudolf Hoffmann comme ambassadeur permanent extraordinaire et plénipotentiaire auprès du Saint-Siège. H. Hoffmann avait été nommé le 18 mai déjà mais sa désignation officielle devait encore recevoir le feu vert du Vatican.
Dans son discours, le président Deiss a relevé que depuis la dernière visite du pape en 1984, les relations entre la Suisse et le Saint-Siège se sont «développées et renforcées». Il a cependant noté que dans un pays marqué par «la démocratie et la pluralité culturelle, il est normal que les avis divergent quant à certaines doctrines ou à certains préceptes», du pape. Peu avant l’arrivée de Jean Paul II, plusieurs sondages faisaient apparaître que près de trois Suisses estimaient souhaitaient que le pape, aujourd’hui âgé de 84 ans, prenne sa retraite ainsi qu’un certain nombre de réformes au sein de l’Eglise.
Joseph Deiss, a encore souligné qu’aujourd’hui, «l’activité politique de paix» constitue l’engagement commun de la Suisse et du Vatican. «Le respect du droit international, contre le primat du droit du plus fort, l’application du droit humanitaire international, le respect des droits de l’Homme de l’éthique et de la morale en politique» sont, aux yeux du président de la Confédération, les «points clefs à promouvoir ensemble» au niveau international et justifient la régularisation des relations diplomatiques entre les deux Etats.
Quant à Jean-Paul II, il a répondu au président Deiss qu’il se réjouissait de cette troisième visite en Suisse, «carrefour de langues et de cultures», pour «rencontrer un peuple qui conservent d’antiques traditions et qui est ouvert à la modernité». Le pape, dans un discours en allemand, français et italien, a déclaré que le but de son «pèlerinage» était de rencontrer les jeunes catholiques suisses. «Ce sera une fête pour eux et pour moi», a-t-il lancé. Le pape a ensuite adressé une pensée déférente aux chrétiens de toutes les confessions de ce pays, pour enfin conclure son intervention en bénissant la Suisse.
Pas de représentation spéciale à Rome
La Suisse sera ainsi le 173e Etats à nouer des relations diplomatiques avec le Saint-Siège. Jusqu’à maintenant, le Conseil fédéral disposait auprès du Vatican d’un représentant en mission spéciale, le même Hansrudolf Hoffmann, ambassadeur extraordinaire et plénipotentiaire en mission spéciale près le Saint-Siège, avec résidence à Prague.
La Suisse a toutefois exclu l’ouverture d’une représentation spéciale à Rome. Dans les faits, le changement est minime. L’idée de nommer un ambassadeur suisse auprès du Saint-Siège a été relancée par Joseph Deiss. Le président de la Confédération a estimé que la visite du pape était «l’occasion rêvée pour normaliser cette situation». La nonciature apostolique, l’ambassade du Saint-Siège en Suisse, s’est bien sûr réjouie de cette nomination de plein droit «qui établira enfin une parfaite réciprocité des relations», a déclaré Paul Russel, secrétaire de la nonciature. Il a jugé que cette régularisation était une bonne chose, non seulement pour le Vatican, mais aussi pour la Suisse.
Du côté de la Fédération des Eglises protestantes de Suisse (FEPS), on s’est dit surpris de ne pas avoir été consulté et d’avoir été mis devant le fait accompli. Aux yeux des protestants, «il y a une inégalité de traitement à l’égard des autres confessions», a déclaré Simon Weber, porte- parole de la FEPS. Pour cette dernière, le Saint-Siège est avant tout une Eglise avant d’être un Etat. Les protestants suisses espèrent que la confédération établira aussi des liens officiels avec toutes les Eglises du pays. Et notamment avec le COE à Genève. Chapitre «discorde» encore, rappelons que les Eglises protestantes de Suisse ont décliné l’invitation de la Conférence des évêques suisses (CES) à participer le 6 mai à Berne à la messe que présidera le pape. Cela en raison d’absence d’hospitalité eucharistique.
Berne: la plus ancienne représentation du Saint-Siège au Nord des Alpes
Depuis la rupture des relations diplomatiques le 12 décembre 1873, la Suisse n’a plus eu de représentant accrédité au Saint-Siège. Ce n’est qu’en 1991 que le Conseil fédéral nommera un ambassadeur «en mission spéciale» auprès du pape, dans le cadre de la résolution de «l’affaire Haas», évêque de Coire, dont la nomination et l’épiscopat ont été fortement contestés en Suisse. En revanche, le Vatican a à nouveau un nonce en Suisse depuis le 18 juin 1920, date de la réouverture de la nonciature à Berne.
A noter que la nonciature apostolique en Suisse est la plus ancienne représentation du Saint-Siège au Nord des Alpes. Elle fut établie à Lucerne en 1597. Le nonce, représentant du pape auprès de l’Eglise locale et représentant diplomatique du Saint-Siège auprès de son Etat de résidence, n’était alors accrédité qu’auprès des cantons catholiques. En 1803, le nonce fut accrédité auprès de la Confédération tout entière.
Plaque minéralogique des voitures du pape
A la fin de cette courte réception, le pape a quitté l’aéroport dans un fourgon gris de marque Mercedes, portant la plaque minéralogique des voitures du pape, «SCV 1» (Etat de la Cité du Vatican, 1, ndlr), vitré et équipé d’un petit élévateur arrière, pour que le souverain pontife puisse y être installé facilement. Son cortège a alors emprunté l’autoroute pour Berne.
Avant de retrouver les jeunes Suisses, le pape déjeunera et se reposera à la résidence Viktoriaheim de Berne, maison adaptée aux personnes âgées, tenue par la congrégation de la charité de la sainte croix. Il y séjournera durant ses deux jours bernois, avec 75 religieuses de la congrégation et environ 80 autres pensionnaires ordinaires. Cela avant sa rencontre avec les jeunes. PR
Encadré
Qui accompagnait le pape?
Le secrétaire privé du pape, l’archevêque polonais Stanislaw Dziwisz, qui ne quitte plus Karol Wojtyla depuis qu’il est entré à son service à l’archevêché de Cracovie, le cardinal Sodano, secrétaire d’Etat du Saint- Siège, Mgr Renato Boccardo, l’organisateur des voyages de Jean Paul II, actuel numéro 2 du Conseil pontifical des communications sociales, ainsi que Mgr Piero Marini, responsable de la liturgie pontificale faisaient partie des 39 personnalités qui composaient la délégation officielle du Vatican. Les cardinaux suisses Georges Cottier, théologien de la Maison pontificale, et Gilberto Agustoni, ancien préfet du Tribunal Suprême de la Signature apostolique font également partie du voyage. PR
Encadré
La visite de Jean Paul II en quelques chiffres
La couverture médiatique de ce séjour du pape en Suisse dépasse bien entendu le cadre national. Plus de 1’000 journalistes du monde entier couvrent l’événement, auxquels s’ajoutent les quelque 60 journalistes accrédités au Vatican qui se trouvaient dans l’avion du pape. Chiffres encore: des centaines de bénévoles ont préparé cette rencontre des jeunes avec le pape et plus de 1’000 personnes sont engagées les 5 et 6 juin dans les domaines de la sécurité et du secours. Le pape lui-même bénéficiera d’une protection personnelle 24 heures sur 24, a annoncé la police municipale de Berne, responsable de l’ensemble de la sécurité, avec laquelle collabore celle du canton de Berne. Des policiers spécialisés comme des tireurs d’élite, des membres d’unités antiterroristes, des spécialistes en explosifs, ainsi que des chiens de protection et détecteurs d’explosifs ont également été mobilisés. Quant à l’armée, elle ne sera présente qu’en cas d’extrême nécessité. Autre élément lié à la sécurité: les services sanitaires. Le personnel de secours se composera durant ces deux jours de près de 185 personnes, dont 10 médecins d’urgence, 90 sauveteurs sanitaires, 80 samaritains et 5 autres collaborateurs mobilisés pour la conduite des engagements.
La manifestation nationale des jeunes catholiques de Suisse de Berne coûtera près de 2,5 millions de francs. Pour financer en partie cette rencontre, des sponsors ont été trouvés. Parmi lesquelles plusieurs entreprises de renoms. Chiffres toujours: la scène sur laquelle prendra place dimanche le pape pour présider la messe totalise une superficie de 800 m2 pour une longueur de 54 mètres. Le toit de cette scène culmine à 18 mètres. Juste au-dessus de celui-ci s’envole une colombe de 4 mètres de haut, symbole de la Rencontre des jeunes catholiques. 100 tonnes de matériaux ont été nécessaires à la construction de la scène Pour protéger l’herbe de la Prairie de l’Allmend, lieu où se déroulera la messe, dimanche matin, une couche de sable d’environ 4mm a été répandue sur une surface totale de 85’000 m2, pour mieux protéger le gazon. 450 m3 ont ainsi été nécessaires. Autre mesure de prévention:52’000 dalles protégent certaines parties du terrain. Il s’agit de la deuxième plus grande quantité de dalles jamais utilisée en Suisse. Enfin, signalons que 50’000 pièces de monnaie spéciale ont été frappées à l’occasion de la visite du pape. PR
Encadré
Le fait religieux en Suisse
Sur 7,3 millions d’habitants, la Suisse compte 41 % de catholiques, dont 9,1 % d’origine étrangère, 37 % de protestants et environ 5 % de musulmans. 11 % des Helvètes se déclarent aujourd’hui sans confession, alors qu’ils n’étaient que 7,5 % dans ce cas il y a dix ans. (apic/pr, avec imedia, dans l’avion du pape)




