Une réalité ressortie à chaque sommet pour finir aux oubliettes
Crise humanitaire en Afrique: un vieil adage pour les sourds chroniques
Harare, 25 juin 2004 (Apic) La crise humanitaire en Afrique australe serait plus grave encore que celle déjà en cours dans la région soudanaise tourmentée du Darfour, estime James Morris, directeur du Programme alimentaire mondial (PAM) des Nations Unies, dans une déclaration reprise par l’Agence Misna.
Selon lui, la «spirale de mort» en Afrique australe est causée par une multiplicité de facteurs en interaction négative entre eux: du sida au manque de nourriture, de l’incapacité des administrations locales à gérer la crise au manque d’opérateurs humanitaires en mesure de faire face à l’urgence.
Pour James Morris, il ne s’agit pas tant de repérer les ressources financières que de faire parvenir les aides aux personnes vivant dans des conditions d’indigence désespérées. «Si un Boeing 747 s’écrasait au sol, il y aurait des réactions au niveau international», a déclaré le directeur du PAM, en expliquant que «tel est le bilan des morts face auquel nous nous trouvons, et pourtant le monde ne se mobilise pas».
D’autre part, relève-t-il, les chiffres et les pourcentages parlent clairement: en Afrique du Sud plus de 5 millions de personnes ont été contaminées par le virus du HIV et 600 meurent chaque jour.
Sans parler du Zimbabwe où l’espérance de vie a été divisée par deux, passant de l’an 2000 à aujourd’hui de 67 à 33 ans à cause du fléau du sida qui tue surtout des personnes dans une tranche d’âge productive, au moins du point de vue de la subsistance.
Au Swaziland, assure le directeur du PAM, 38% des adultes sont séropositifs tandis que dans des pays comme le Mozambique et le Malawi le nombre d’orphelins connaît une croissance exponentielle, presque tous des mineurs n’ayant pas accès à l’eau potable, à la nourriture, à l’instruction et à la santé, donc destinés à mourir rapidement ou à vivre dans des conditions inhumaines.
Indignation oubliée
Face à ces données «glaciales» James Morris considère que «nous devrions tous avoir le courage de manifester notre indignation».
Dans le fond, commente de son côté à Rome le Père Giulio Albanese, de l’Agence missionnaire Misna, à bien y penser, «des appels comme ceux de Morris ne représentent pas du tout une nouveauté même si par la suite, ils finissent ponctuellement aux oubliettes». L’exigence de politiques économiques adéquates pour endiguer la pauvreté dans plusieurs régions du monde résonne comme un vieil adage que personne ne souhaite écouter, écrit- il. «La même chose vaut pour d’autres questions brûlantes comme les conflits, la corruption, l’ignorance, la dégradation de l’environnement ainsi que l’inadéquation des systèmes éducatifs qui empêtrent les pays du Sud du monde dans un cercle vicieux de faim et de misère».
Pour un moratoire
Pour le religieux, il serait sage d’approuver un moratoire: au lieu de continuer à dépenser des millions de dollars pour organiser des sommets sur la pauvreté dans le monde. Selon lui, les pays industrialisés pourraient commencer à mettre en pratique leurs bonnes intentions, jusqu’à présent restées lettre morte. «Rappelons-en certaines: réduction drastique des dépenses militaires, annulation de la dette extérieure des pays en développement, allocation de fonds pour la coopération, relance des investissements dans les zones les plus pauvres de la planète. Autant de promesses encore dans le tiroir. La seule préoccupation que les Grands de la terre semblent avoir est celle de privatiser le plus possible à droite et à gauche, en contraignant les pays éternellement en voie de développement à brader les immenses richesses que recèlent les périphéries du village global. Il s’agit là d’une injustice dont quelqu’un devra un jour répondre devant le tribunal des pauvres». (apic/misna/pr)




