Afrique: Union africaine et société civile: l’impossible chemin?

Apic invité

Les appétits des puissants ignorent la famine des autres

Père Giulio Albanese, de l’Agence Misna

Rome/ Addis Abéba, 7 juillet 2004 (Apic) Considérant les fléaux qui affligent notre planète, la crise de stabilité gouvernementale est peut- être celui qui mérite une considération particulière si l’on s’intéresse aux chroniques africaines. Le forum tenu avant-hier à Addis Abéba, en Ethiopie, sur le drame de la famine, sur le continent le plus pauvre du monde, et l’ouverture mardi dans la capitale éthiopienne du Sommet annuel des chefs d’Etat et de gouvernement de l’Union Africaine (UA) offrent des idées de réflexion sur un phénomène symptomatique de la condition d’interdépendance planétaire qui a brisé un grand nombre de souverainetés.

Le cas de la République Démocratique du Congo (RDC) est emblématique si l’on pense aux appétits suscités par les immenses ressources naturelles dont regorge le pays. La terre congolaise est terre de conflits armés, de tentations autoritaires d’élites sans scrupules et d’insécurité généralisée. Le scénario est en outre alimenté par les ambiguïtés de la politique internationale. D’une part, l’Union européenne soutient les économies à l’enseigne des droits de l’homme, mais les Etats pris individuellement, notamment la France et le Royaume Uni, ne renoncent pas au contrôle de leurs zones d’influence respectives, héritage de leur passé colonial.

Les liens de Paris avec le Congolais Denis Sassou Nguesso, le Camerounais Paul Biya ou le Gabonais Omar Bongo sautent aux yeux de tous. Il est également clair que les Etats-Unis ont alimenté les tensions dans la région des Grands Lacs, faisant des personnages du calibre du Rwandais Paul Kagame et de l’Ougandais Yoweri Museveni des porte-drapeau d’intérêts géopolitiques et économiques américains.

Les contradictions présentées jusque là déterminent inévitablement des mécanismes structurels d’injustice qui pénalisent fortement les pays du Sud du monde. Le fait que Washington refuse de ratifier le Traité de Rome sur la Cour pénale Internationale démontre bien que lorsqu’il s’agit d’avancer sur le chemin juridique de la paix, l’intérêt national prévaut sur le progrès global.

Manque d’attention et incohérence

Le manque d’attention à l’égard de politiques de solidarité, cohérentes avec les valeurs de la démocratie et de la liberté, démontre l’incapacité des pays industrialisés à comprendre le destin commun des peuples. Il est donc nécessaire de créer un ordre de paix durable fondé sur la justice sociale et économique. Mais malheureusement, tant que les gouvernements occidentaux continueront à démanteler l’Etat social et l’Etat providence, tant que l’on ne se rendra pas à l’évidence que le libéralisme économique n’est pas en mesure d’assurer – pas même à long terme – le bien- être et le travail pour tous, on devra continuer à enregistrer des catastrophes bien pires que celle qui ensanglante la bande de terre située entre le Tigre et l’Euphrate.

Au-delà des tragédies qui pèsent sur le «village global», on peut entrevoir des signes d’espoir pour construire un ordre qui tienne compte de tous. Il est indéniable que la seule superpuissance en mesure de contraster le monopole des centres du pouvoir «mondocratiques» est la société civile. C’est une réalité hétérogène qui dépasse largement les l’étiquette de «no global», «new global» ou «living democracy movement» que lui attribuent certains médias. Il s’agit d’organismes non gouvernementaux, de groupes, d’associations, de mouvements et de syndicats, mais également de communautés ecclésiastiques et autres expressions religieuses, en qualité de consciences critiques disséminées entre le Nord et le Sud du monde.

Semences d’une sorte de néo-colonialisme

Ces composantes vitales de notre planète doivent avoir le rôle d’animer l’aréopage de la politique dans une optique de «gouvernance solidaire» et non de «business gouvernance» comme dans le cas du NEPAD, le nouveau partenariat pour le développement de l’Afrique. En lisant attentivement les sections et sous-sections du chapitre 4 de ce document, on comprend aisément qu’il s’agit de recettes, d’instructions, recommandations et références à des organismes internationaux (comme par exemple le Fonds Monétaire International), de recettes contenant les semences d’une sorte de néo-colonialisme aussi bien économique que structurel.

C’est pour cela que s’impose l’exigence d’une société civile représentée au plus haut niveau, devant les Nations Unies ou des organismes régionaux. C’est à elle d’agir pour rendre efficace la diplomatie préventive, la coopération multilatérale, la justice pénale internationale, dans des cas extrêmes, les opérations de police internationale à condition qu’elles ne masquent pas des actions de guerre mais qu’elles soient contrôlées par l’ONU, dans le respect du droit international.

Pour revenir à l’Afrique, il serait souhaitable qu’il y ait une représentation permanente de la société civile, elle qui a dépensé de l’énergie pour promouvoir les processus de paix dans le monde et sur le continent. Il existe un grand besoin de personnes libres qui, croient en les valeurs et qui soient suffisamment compétentes pour les diffuser dans les institutions politiques et économiques.

En y pensant bien, si dans le processus de paix au Soudan entre les rebelles de John Garang et le gouvernement de Khartoum – un pays où l’on combat d’ailleurs au Darfour – la société civile, Eglise en tête, était reconnue comme acteur privilégié, les garanties de pacification seraient plus fortes. Le même discours vaut pour l’ex-Zaïre, où le partage du pouvoir entre les seigneurs de la guerre a fait de la paix un mirage. (apic/minsa/ga/pr)

7 juillet 2004 | 00:00
par webmaster@kath.ch
Temps de lecture : env. 4  min.
Partagez!