Peintures et objets en or, cibles privilégiés des voleurs
Pérou: Plus de 1’500 églises ont été volées depuis 2000
Lima, 9 août 2004 (Apic) Plus de 1’500 églises, lieux de cultes et sanctuaires péruviens ont été «visités» à des fins crapuleuses depuis 2000. De nombreux vols d’oeuvres d’art, d’objets divers, de peintures, d’icônes ont été constatés, indique Cayetano Villavicencio, membre de la Commission épiscopale pour les biens culturels, cité par ACI prensa, à Lima.
Les toiles sont la plupart du temps découpées de leur cadre. Causant souvent de nombreux et irréparables dégâts. Des calices, des ciboires, et autres objets de valeur en or font partie des objets les plus recherchés et volés par les malfrats.
Le Pérou compte entre autres merveilles architecturales de nombreuses églises, dont plus de 800 sont déclarées appartenir au «patrimoine culturel de la nation». Nombreux sont celles aussi qui sont situées hors des villes et villages. Elles sont autant de cibles faciles pour les voleurs, malgré les précautions prises.
«Le plus lamentable, commente Cayetano Villavicencio, est que les voleurs commettent en sus de gros dégâts, et que ces mêmes voleurs n’ont aucune idée de la réelle valeur culturelle que représentent ces biens dérobés».
Lourdes: 104e voyage de Jean Paul II hors d’Italie
150e anniversaire du dogme de l’Immaculée Conception
De notre correspondant romain, Hervé Yannou.
Rome, 9 août 2004 (Apic) Le pape Jean Paul se rend en pèlerinage à Lourdes les 14 et 15 août 2004, pour célébrer le 150e anniversaire du dogme de l’Immaculée Conception, proclamé par Pie IX le 8 décembre 1854, après des siècles de débats. Mais ce dogme catholique affirmant le culte marial demeure encore un obstacle sur le chemin de l’oecuménisme.
«Avec l’Immaculée Conception, rien n’est simple», explique Jacques Berlioz, directeur de recherche au CNRS, interrogé par I’Apic. «On la confond souvent avec la ’conception virginale’ du Christ par Marie. En fait, il s’agit de la conception de Marie elle-même. Si elle n’est pas soustraite au processus normal de la conception humaine, elle a été préservée du péché originel, la faute héréditaire qui concerne chaque individu», explique ce spécialiste d’histoire religieuse. «Cette idée s’est forgée à la fin de la période médiévale et a conduit à d’intenses débats théologiques».
Cette foi s’appuie sur une très ancienne tradition au sein de l’Eglise, qui trouve elle-même son fondement dans les paroles de l’archange Gabriel saluant Marie, «pleine de grâce», lors de l’Annonciation. A dire vrai, si la tradition voyait depuis très longtemps dans la Vierge «la toute sainte», les théologiens ne se résolvaient pas à l’appeler ainsi.
Le débat est relancé vers 1120 en Angleterre, où le 8 décembre devient une fête consacrée à la conception immaculée de la Vierge. «Cette fête voit la remise en cause du dogme de l’universalité du péché originel, poursuit Jacques Berlioz, car l’Immaculée Conception revient à faire de la Vierge une exception dans le rachat des hommes par le sacrifice de son fils».
Bernard de Clairvaux (1090-1153), docteur de l’Eglise, s’oppose alors à cette innovation venue d’outre-Manche. Pour lui, célébrer la naissance de Marie le 8 septembre suffit bien. «Bernard admet pourtant l’idée d’une sanctification in utero, mais non d’une conception immaculée. Marie est sans tache dès sa conception sans pourtant avoir été conçu sans péché originel», explique Jacques Berlioz.
Problème insoluble?
Mais la fête continue à conquérir les fidèles. «Alors se pose la question de les satisfaire tout en restant dans le droit chemin du dogme». Les franciscains et les carmes se font les fervent défenseurs de l’Immaculée Conception et s’opposent sur le sujet aux dominicains.
L’Immaculée Conception leur paraissait poser un problème insoluble : Jésus est le sauveur de toute l’humanité, dont fait partie Marie. Mais si Marie est toute sainte, comment Jésus peut-il être son sauveur? Ni saint Thomas d’Aquin (1228-1274), ni le franciscain saint Bonaventure (1221-1274) ne réussissent à résoudre cette apparente contradiction. C’est le théologien écossais Duns Scot (1266-1308) qui sort la théologie de l’ornière en reconnaissant à Marie le bénéfice d’une «rédemption» anticipée de la part de son fils.
La fête est alors reconnue par le Concile de Bâle en 1439, qui déclare que «Marie est indemne de toute faute originelle». Si l’Immaculée Conception devient obligatoire dans toute l’Eglise en 1708, les évêques envoient des demandes à Rome pour qu’une définition dogmatique en soit proclamée. Elu pape en 1846, Pie IX reçoit dès le début de son pontificat de très nombreuses demandes dans ce sens. Lui-même a une grande dévotion mariale et cherche à réaffirmer l’Eglise ébranlée par les bouleversements politiques et idéologiques d’une époque marquée par l’anticléricalisme. Après cinq années de consultation, il s’avère que la majorité des évêques est favorable à la définition du dogme.
En quelques lignes
La Constitution apostolique «Ineffabilis Deus» tient en quelques lignes. «Nous déclarons, nous prononçons et définissons que la doctrine qui enseigne que la bienheureuse Vierge Marie, dans le premier instant de sa conception, a été, par une grâce et un privilège spécial du Dieu tout- puissant, en vue des mérites de Jésus-Christ, sauveur du genre humain, préservée et exempte de toute tache du péché originel, est révélée de Dieu, et par conséquent qu’elle doit être crue fermement et constamment par tous les fidèles».
«En 1854, Pie IX affirmait face à la mutation de la société occidentale et la remise en cause de son pouvoir politique, que l’héritage catholique était le fruit d’une histoire providentielle dont le culte marial est un symbole majeur», estime Jacques Berlioz. «La proclamation du dogme vient couronner 18 siècles de développement du culte marial. C’est une évolution décisive de la tradition catholique», explique quant à lui Philippe Boutry, historien spécialiste de l’histoire religieuse et de la papauté au 19e siècle.
Quatre ans plus tard, le 25 mars 1858, la «Dame blanche» de la grotte de Massabielle se présente à Bernadette Soubirous en lui déclarant en patois lourdais: «Je suis l’Immaculée Conception».«Chacun voit alors la voix du ciel venu confirmer la voix du pape», explique Philippe Boutry. «La piétée populaire donne ainsi une évidence concrète, miraculeuse, à la rigueur abstraite de la définition dogmatique», dans un siècle marqué par une forte dévotion à la Vierge et qui voit la multiplication de ses apparitions.
«Pour les hommes du 19e siècle, le miracle est à tout instant possible», estime Philippe Boutry. «Face à ces apparitions, l’Eglise fait alors preuve de plus de prudence que d’enthousiasme. La reconnaissance d’une apparition représente en effet un acte lourd de conséquence matérielle et spirituelle, et le clergé prend garde à l’orthodoxie du message délivré par la Vierge à une enfant pauvre, illettrée et ignorante», explique Philippe Boutry.
A propos du protestantisme
Jusqu’en 1950 et la proclamation par Pie XII du dogme marial de l’Assomption, le culte à la Vierge ne cesse de croître. Il finit cependant par marquer le pas. Au lendemain du Concile Vatican II, le modèle de la «Vierge et Mère» est un système de valeurs qui a du mal «à s’inscrire dans le contexte des revendications féministes», explique Marielle Lamy, auteur d’une thèse de référence sur l’histoire de l’Immaculée Conception.
«Il y a aussi une volonté de rupture avec une certaine religiosité populaire perçue comme infantile et superstitieuse, sans oublier la volonté de créer les conditions d’un rapprochement avec les autres Eglises chrétiennes avec qui le fossé s’est creusé avec la proclamation des dogmes de l’Immaculée Conception et de l’Assomption», poursuit la spécialiste.
Ainsi la venue à Lourdes de Jean Paul II est l’occasion «pour le protestantisme français, de redire qu’il ne se reconnaît pas dans la piété mariale ni dans la vision d’une chrétienté soumise à l’autorité du pape, deux spécificités de l’identité catholique», a souligné la Fédération protestante de France, tout en souhaitant que la venue du chef de l’Eglise catholique soit «un rassemblement heureux et porteur d’espérance».
«Les 150 ans du dogme de l’Immaculée Conception et le site même de Lourdes, porteur d’une piété mariale qui nous semble si éloignée de la place que la Bible donne à la Vierge Marie, sont des éléments difficiles à prendre en compte», a encore déclaré la Fédération protestante de France à la veille du voyage de Jean Paul II.
Aujourd’hui, on assiste pourtant à un renouveau du culte marial chez les catholiques. Jean Paul II y a contribué par sa dévotion particulière à la Vierge et par son enseignement. Premier pape à s’être rendu à Lourdes le 15 août 1983, il publie l’encyclique «Redemptoris Mater» le 25 mars 1987. Le texte est inspiré par une volonté oecuménique, tout en soulignant le rôle de Marie dans la démarche de foi de l’Eglise et des chrétiens. Enfin, le souverain pontife a consacré le monde et confié les hommes du 21e siècle à Marie, lors du jubilé de l’an 2000. HY
Encadré
Histoire de cierges
Chaque année, la cité mariale pyrénéenne, une des plus célèbres du monde avec Fatima au Portugal, accueille 6 millions de visiteurs. La préfecture des Hautes-Pyrénées s’attend à une affluence record pour l’Assomption, célébrée par Jean Paul II qui séjournera les 14 et 15 août dans la cité. Elle table sur plus de 300’000 visiteurs qui vont brûler un ou plusieurs cierges dans la grotte. Sur le chemin de Lourdes, des pèlerins font une halte à Graveson pour acheter des cierges fabriqués selon les méthodes de jadis avec de la cire d’abeille», raconte Marcel Plasson, gérant avec sa femme de la Ciergerie des Prémontrés sise à Graveson, dans les Alpilles provençales. Fournisseur du Palais des papes à Avignon, des pèlerinages de Sainte-Marie-de-la-Mer et de l’église orthodoxe de la rue Daru à Paris, la Ciergerie des Prémontrés produit 6 tonnes de cierges et bougies par an dont 50% pour la liturgie. Elle vend occasionnellement ses produits à Lourdes. «Le marché de Lourdes c’est la chasse gardée de la Ciergerie lourdaise, qui a pour principal actionnaire la famille du ministre de la Santé Douste- Blazy», indique encore M. Plasson. La Ciergerie lourdaise a réalisé un chiffre d’affaires de 1,5 million d’euros en 2002.Aujourd’hui, la France compte une demi-douzaine de fabricants de cierges et bougies auxquels s’ajoutent une demi-douzaine de monastères. (apic/hy/pr)




