Oppression des minorités ou protection contre les sectes?

Sri Lanka: Controverse à propos du projet de loi contre les conversions

New Delhi, 27 juillet (Apic) Le projet de loi présenté au parlement et visant à freiner les conversions pourrait être «contre-productif» pour l’harmonie religieuse. La loi serait une réaction au prosélytisme évangélique, selon les observateurs. Le responsable de l’Eglise anglicane de Sri Lanka, l’évêque Duleep de Chickera, du diocèse de Colombo, tire la sonnette d’alarme.

Le projet de loi contre les conversions forcées «pourrait aggraver la situation», met en garde l’évêque anglican Duleep de Chickera, du diocèse de Colombo, dans une lettre pastorale lue dimanche 25 juillet dans les églises anglicanes du Sri Lanka, un pays, majoritairement bouddhiste.

Le projet de loi visant à interdire «les conversions forcées», présenté par un député d’un parti de moines bouddhistes – Jathika Hela Urumaya – a été publié à la fin mai dans la gazette officielle, avant les débats au parlement. Peu après, le gouvernement a rédigé un projet de loi allant dans le même sens. Les personnes accusées de recourir à la force, à la séduction, ou à des moyens frauduleux pour convertir une personne d’une religion à une autre se verraient infliger des peines de prison et des amendes, selon le site AsiaNews.

En réaction, le Concile national chrétien (protestant) et la Conférence épiscopale catholique du Sri Lanka ont publié une déclaration commune dans laquelle ils affirment que «ce projet de loi ouvrira la voie à l’oppression des religions minoritaires dans le pays». En outre, il représente «une violation grave des libertés individuelles».

«Epineux et délicat»

Tout en exprimant «leur préoccupation croissante devant les conversions contraires à l’éthique», les deux organisations ont averti que le projet de législation «engendrera de nouveaux problèmes». De l’avis du directeur de l’Institut oecuménique pour l’étude de la religion, Marshal Fernando, le problème des conversions est «épineux et délicat» au Sri Lanka. Dans ce pays de 19 millions d’habitants, les bouddhistes représentent 70% et les chrétiens 7% de la population.

Pour le ministre délégué aux Affaires bouddhistes cingalais, Ratnasiri Wickramanayake, la proposition de loi contre les conversions au Sri Lanka viserait les «fondamentalistes» et non pas les Eglises établies de longue date dans le pays asiatique et reconnues, comme les Eglises catholique et méthodiste. C’est ce qu’il affirmait début juillet dans une lettre envoyée à la directrice de la Confraternité évangélique du Canada (EFC), qui exprimait une certaine préoccupation face à la mesure.

«Ceux qui professent la religion chrétienne n’ont rien à craindre»

Il poursuivait: «J’affirme catégoriquement que ceux qui professent la religion chrétienne n’ont rien à craindre, car la norme est seulement orientée contre les méfaits de ceux dont la seule ambition est de convertir les personnes à une autre religion par la force»

Marshal Fernando a accusé les groupes chrétiens évangéliques d’agir «de façon irresponsable, allant dans les villages bouddhistes pour y ouvrir des églises, installer des haut-parleurs et offrir de l’argent aux villageois pauvres. Le projet de loi est une réaction à cette attitude», a-t-il dit. «Mais une telle loi pourrait être mal exploitée. Ce qu’il faut, c’est un authentique dialogue entre les communautés religieuses pour régler ce problème.»

Sectes «sans scrupules»

L’évêque anglican Kumara Illangasinghe, président du Conseil chrétien national de Sri Lanka, a annoncé que les représentants des Eglises prévoyaient de rencontrer la présidente du Sri Lanka, le premier ministre et les partis d’opposition afin d’exprimer leur désaccord avec ce projet de loi.

Dans leur communiqué conjoint diffusé fin juin dernier, l’épiscopat catholique du Sri Lanka et le Concile national chrétien (protestant) s’inquiétaient déjà de l’avancement du projet de loi. Les méthodes des sectes évangéliques seraient visées par ce projet. Selon le quotidien indien «Hindustan Times» leurs méthodes sont en effet «sans scrupules», dans le but de gagner de nouveaux fidèles. Le quotidien soulignait également la crainte des églises traditionnelles que leurs activités charitables, qui parfois ont pour résultat de rapprocher certaines personnes de la foi chrétienne, puissent être prises pour une tactique prosélyte. (apic/eni/misna/vb)

27 juillet 2004 | 00:00
par webmaster@kath.ch
Temps de lecture : env. 3  min.
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