Bogota: Les chefs des paramilitaires s’expriment devant le Congrès colombien

La drogue au service du financement de la «démocratie»

Bogota, 30 juillet 2004 (Apic) Comme on pouvait s’y attendre, le discours de Salvatore Mancuso devant le Congrès de Bogotá a duré jeudi beaucoup plus que prévu (40 minutes au lieu de 20) pendant que, en dehors de l’édifice, la population protestait. Révélation, ou plutôt confirmation: entre 1980 et 1996, les financements dû au trafic de drogue ont atteint le chiffre astronomique de 38’000 millions de dollars. Une somme qui a non seulement alimenté la guerre mais également la démocratie. et le football

Le chef des paramilitaires des AUC (Autodéfenses unies de Colombie) – depuis la mystérieuse disparition de Carlos Castaño en avril – a précisé aux députés qu’il n’avait aucune intention de finir en prison pour ses actes.

«La prison, a-t-il dit, ne peut être la récompense pour qui a récupéré la moitié du pays en l’arrachant à la guérilla gauchiste» a déclaré Salvatore Mancuso. «L’Etat n’a pas été capable de contrôler la guerre et c’est à lui maintenant de réparer les dégâts» a-t-il ajouté, en ajoutant que le cessez-le-feu décrété par les AUC en décembre 2002 – violé – n’exempte pas les paramilitaires de la responsabilité de défendre la population des attaques de la guérilla dans les régions où l’Etat est absent».

Comme ses deux compères Ernesto Báez et Ramón Isaza, qui ont parlé après lui, Mancuso a fait plus de requêtes que de promesses. En premier lieu, il a demandé la création d’une commission de haut niveau formée par les représentants du gouvernement, du Parlement, de la magistrature et de l’Eglise, «qui accompagne l’exécutif et les Autodéfenses, formule des recommandations et garantisse la transparence des négociations». Il a ensuite souligné l’urgence d’instituer d’autres sites comme celui de Tierralta, à Santa Fe de Ralito, où se tiennent les colloques et qui sont de fait une «zone franche» pour les principaux paramilitaires accusés d’innombrables crimes de lèse humanité et contre lesquels il existe des demandes d’extradition pour trafic de drogue, de la part de la magistrature américaine.

Le chef des AUC a surtout insisté sur le fait que désarmer en bloc toutes les autodéfenses serait «un geste totalement irresponsable qui provoquerait un désastre sur le territoire national et ferait s’écrouler l’économie colombienne». Mancuso a exprimé sa rancoeur envers les ennemis historiques des AUC, de la guérilla, et s’est dit préoccupé face aux conditions de vie des paysans cultivateurs de coca, qui sont en grande partie à la solde des paramilitaires.

Confidences sur fond de drogue

Après Salvatore Mancuso, Ernesto Báez a pris la parole pour demander «pardon aux victimes innocentes d’une longue tragédie fratricide», Il a admis l’influence du trafic de drogue sur les groupes armés illégaux en donnant des chiffres impressionnants: «on estime qu’entre 1980 et 1996, les financements dû au trafic de drogue ont atteint le chiffre astronomique de 38’000 millions de dollars; une somme qui a non seulement alimenté la guerre mais également la démocratie, le football, la contre-réforme agraire, les concours de beauté et les politiques sociales».

Du reste, a-t-il ajouté, la guérilla a également bénéficié de ces ressources. Ramón Isaza a enfin fait lire son discours par un des représentants de la commission pour la paix de la Chambre. Il a justifié son entrée au sein des AUC à cause de «l’inattention constante de l’Etat» et les «demandes de protection contre la guérilla de la part de la population». Il a affirmé que la présence des chefs paramilitaires au Congrès démontrait leur désir de faire la paix.

Pendant ce temps, dehors, des familles de victimes de paramilitaires se sont mobilisées en scandant «paramilitaires assassins» ou «ni pardon, ni oubli», accompagnés de représentants d’organisations non gouvernementales. Par crainte d’affrontements avec un cortège de soutien aux négociations, les autorités ont mobilisé les équipes anti-émeutes de la police, qui ont séparé les deux groupes de manifestants.

Au terme de l’audience concédée aux dirigeants des AUC, le député du Pole démocratique Gustavo Petro a affirmé: «aujourd’hui, nous sommes témoins de la soumission des institutions de l’Etat au trafic de drogue» en relançant les critiques concernant l’infiltration des paramilitaires au Congrès, qui, dit-il, pourrait être utile au président Alvaro Uribe pour la réélection.

Pour Gina Parody, présidente de la Chambre devant laquelle les chefs des paramilitaires d’extrême droit se sont exprimés, «il est honteux qu’ils soient venus ici pour nous donner des leçons». (apic/misna/pr)

30 juillet 2004 | 00:00
par webmaster@kath.ch
Temps de lecture : env. 3  min.
Partagez!