Jean Paul II va la remettre aux orthodoxes russes le surlendemain
Rome: L’icône de Kazan sera exposée dans la basilique Saint-Pierre le 26 août
Rome, 24 août 2004 (Apic) L’icône de Kazan – ou plus exactement l’une des copies de la Vierge la plus fameuse et la plus vénérée de l’histoire russe -, sera exposée dans la basilique Saint-Pierre le 26 août. Elle sera ensuite remise par une délégation du Saint-Siège au patriarche Alexis II, à Moscou, le 28 août.
En lieu et place de l’audience hebdomadaire, Jean Paul II procèdera à un acte de vénération, dans la salle Paul VI du Vatican, le 25 août 2004. Au cours de la liturgie, le pape devrait lire une homélie et embrasser l’icône, selon la tradition orthodoxe, alors que des choeurs russes entonneront des chants propres à la fête de «l’apparition de l’icône de la toute sainte mère de Dieu dans la cité de Kazan», fixée le 8 juillet de chaque année.
Au terme de cette célébration, le Souverain pontife remettra l’icône au cardinal Walter Kasper, président du Conseil pontifical pour la Promotion de l’unité des chrétiens. Chef de la délégation du Saint-Siège, il se rendra à Moscou, accompagné par le cardinal Edgar Théodore McCarrick, archevêque de Washington, Mgr Brian Farrell, secrétaire du Conseil pontifical pour la Promotion de l’unité des chrétiens, ainsi que de Mgr Renato Boccardo, secrétaire du Conseil pontifical pour les communications sociales.
La délégation vaticane comprendra également Joaquin Navarro-Valls, porte-parole du Saint-Siège, le Père Jozef Maj, du Conseil pontifical pour la Promotion de l’unité des chrétiens, enfin le religieux Enzo Bianchi, prieur du monastère de Bose (communauté de 80 hommes et femmes de différentes confessions chrétiennes), et le professeur Andrea Riccardi, fondateur de la Communauté de Sant’Egidio.
Présence probable de Vladimir Poutine
La délégation sera complétée à Moscou par Mgr Antonio Mennini, représentant du Saint-Siège auprès de la Fédération de Russie, et Mgr Tadeusz Kondrusiewicz, archevêque catholique à Moscou. Les représentants du Saint-Siège remettront l’icône au patriarche Alexis II, lors d’une cérémonie, à laquelle pourrait assister Vladimir Poutine, dans la cathédrale de la Dormition, au Kremlin, le 28 août 2004.
Des soupçons pèsent depuis longtemps sur l’authenticité de l’icône. Une commission d’experts, composée de Russes et de savants attachés au Saint-Siège, a été admise à examiner l’icône dans les appartements du pape, le 1er avril 2003.
Le culte de Notre-Dame de Kazan ne s’est pas limité au cours des siècles à la seule icône provenant de la capitale des Tatars. A partir de cette première image, d’autres icônes furent exécutées et vénérées dans diverses régions de Russie.
Elles aussi ont été considérées miraculeuses et les experts ont conclu que celle qui était exposée dans les appartements privés du pape était bien l’une d’entre elles, antérieure à la première moitié du 18e siècle. Les traces de cires et d’autres marques sur la plaque d’argent incrustée de pierres précieuses qui recouvrent l’image de 31,5 cm sur 26,1 cm, peinte sur du bois de tilleul représentant une Vierge à l’enfant de type «hodigitria», montrent que cette image a été l’objet d’un culte et d’une vénération particulière.
Le 22 août dernier, lors de la prière de l’Angélus, Jean Paul II a rappelé son attachement à cette icône «qui se trouve dans l’appartement du pape et veille sur son travail quotidien». Un mois auparavant, le 10 juillet, Joaquin Navarro-Valls avait annoncé que le pape avait décidé de remettre à l’Eglise orthodoxe russe l’icône de Notre-Dame de Kazan, l’une des images de la Vierge les plus vénérées par les orthodoxes.
«Depuis que le pape conserve cette icône sacrée, il a toujours été désireux de la restituer à la vénération du peuple russe», avait-il indiqué. «Le moment propice est maintenant arrivé. La date du 28 août prochain, fête de la Dormition de la Vierge (en quelque sorte l’équivalent de l’Assomption chez les catholiques, ndlr) selon le calendrier liturgique orthodoxe, a été établie pour la cérémonie de remise de l’icône», pouvait- on encore lire dans le communiqué de Joaquin Navarro-Valls.
Visite à Rome du patriarche oecuménique de Constantinople
Selon des sources vaticanes, la décision de rendre l’icône aux Russes aurait été prise lors du séjour du cardinal Kasper à Moscou, au mois de février 2004. Mais ce n’est qu’à la suite de la visite à Rome du patriarche oecuménique de Constantinople, Bartholomé Ier, à la fin du mois de juin, que le Vatican a annoncé officiellement ce geste. La visite du patriarche de Constantinople a marqué une nouvelle avancée dans les relations entre les Eglises catholique et orthodoxe. Si des «obstacles» existent encore pour la réconciliation des deux Eglises, la visite s’est soldée par un bilan nettement positif, selon le communiqué final du 1er juillet, signé par Jean Paul II et le patriarche. Bartholomé Ier a ainsi invité le pape à se rendre à Istanbul au mois de novembre 2004.
Pourtant, les relations entre le Saint-Siège et le patriarcat de Moscou restent toujours difficiles, suite au projet d’un patriarcat uniate en Ukraine qui fait l’objet de controverses tant dans le monde catholique que chez les orthodoxes. Ainsi, la décision de restituer au siège moscovite l’icône miraculeuse de Notre-Dame de Kazan est un nouveau signe fort de la part de Jean Paul II.
Rencontre espérée entre Jean Paul II et le patriarche Alexis II
La possibilité de la restitution de cette icône à la Russie a été évoquée à chaque fois qu’il a été question d’une rencontre entre Jean Paul II et le patriarche Alexis II. Le pape avait exprimé son désir de le faire en recevant au Vatican le maire de Kazan, Kamil Ishkakovn, en octobre 2000. C’est aussi pour cela qu’une éventuelle étape dans cette ville avait été projetée en août 2003, lors d’un possible voyage de Jean Paul II en Mongolie. Ce projet n’avait pas pu se réaliser, d’une part à cause de la santé déclinante du pape, et d’autre part du fait des relations difficiles avec le patriarcat de Moscou.
Enfin, Jean Paul II avait montré au président russe, Vladimir Poutine, la précieuse icône, lors de sa visite au Vatican, le 5 novembre 2003. Embrassant l’icône, le souverain pontife avait alors affirmé en russe qu’il «priait tous les jours pour la Russie» et son interlocuteur avait également vénéré l’image pieuse. HY/JB
Encadré
L’icône de Notre-Dame de Kazan serait apparue à une fillette de neuf ans
Peinte sur bois sans doute au 13e siècle, l’icône originale de Notre-Dame de Kazan (capitale actuelle de la République des Tatars) est devenue célèbre en 1579 après l’incendie qui ravagea la ville. Selon la tradition, la Vierge serait apparue à une fillette de neuf ans dont le père soldat était contraint de reconstruire sa maison. Marie demanda à l’enfant d’annoncer qu’une icône la figurant était enfouie sous les ruines de la maison ravagée par les flammes. Personne ne crut l’enfant. A la troisième apparition, la Vierge annonça à la fillette que si son message n’était pas entendu, elle déclencherait ailleurs une grande calamité. Alertées, les autorités religieuses et civiles firent alors rechercher l’icône qui fut découverte, intacte et enroulée dans un vieux drap.
En souvenir de cet événement jugé miraculeux, la fête locale de l’icône fut instaurée le 8 juillet 1595. En 1612, Notre-Dame de Kazan est translatée à Moscou occupée par les Polonais, afin d’implorer la protection de la Vierge en faveur de ses habitants. La victoire obtenue, le tsar décrète que l’icône sera vénérée dans «toutes les Russies». Pourtant, depuis le début du 18e siècle, l’image sainte ne se trouve plus à Moscou. A l’époque, Pierre le Grand décide de son transfert à SaintPétersbourg, sa nouvelle capitale, où elle est placée dans une église construite sur le modèle de la basilique Saint-Pierre de Rome. Lors des révolutions russes du début du 20e siècle, l’église est pillée et transformée en «musée de l’athéisme», au lendemain de la révolution d’Octobre 1917.
Après cette date, une icône de Notre-Dame de Kazan circule en Occident et passe entre les mains de différents propriétaires. Présentée lors de l’exposition universelle de New York en 1964, l’Eglise orthodoxe américaine ne peut s’en porter acquéreur et l’icône est achetée par l’association catholique «Blue Army», mouvement de piété oeuvrant pour la conversion de la Russie par l’intercession de la Vierge de Fatima.
Dans les années 70, cette association obtient que l’oeuvre soit apportée à Fatima au Portugal. Elle est alors placée dans une petite église de style byzantin. Elle y demeure jusqu’en 1991, lorsque le pape, se rendant lui-même à Fatima, décide que l’icône serait transportée au Vatican et placée dans ses appartements. (apic/imedia/be)




