Le patriarche Sfeir fâché par la décision syrienne

Liban: Annulation de l’élection présidentielle par la Syrie

Beyrouth, 31 août 2004 (Apic) La décision syrienne d’annuler l’élection présidentielle et d’imposer aux Libanais une rallonge du mandat présidentiel a provoqué la colère du patriarche maronite du Liban, Nasrallah Sfeir. Le patriarche «s’en remet à Dieu pour assister le Liban et les Libanais en ces jours difficiles», estimant «très regrettable ce qui s’est passé sur le plan constitutionnel».

«Ce qui s’est passé hier sur le plan constitutionnel libanais et celui de la première présidence sort de l’ordinaire», a déclaré le chef de l’Église maronite au cours de son homélie dominicale, faisant allusion à la décision syrienne d’annuler l’élection présidentielle et d’imposer aux Libanais une rallonge du mandat présidentiel.

«Ça a été arrangé la nuit et exécuté le jour à la vitesse de l’éclair. C’est comme si le Liban était devenu un ballon de foot que se lancent les intérêts régionaux et internationaux, comme si ses fils étaient devenus étrangers, sans avis à donner sur leurs affaires nationales, réquisitionnés pour exprimer un avis qui leur a été imposé et auquel ils se sont pliés». Ceci est extrêmement regrettable, a-t-il ajouté, appelant «à la vigilance et à éviter de se laisser guider par les instincts et les passions». Que Dieu vienne en aide au Liban et aux Libanais, a conclu le patriarche Sfeir, cité par L’Orient-le Jour, journal libanais édité à Beyrouth.

Pour sa part, pour le chef du Renouveau démocratique, Nassib Lahoud, «la décision syrienne d’annuler l’élection présidentielle et d’imposer aux Libanais une rallonge du mandat présidentiel est une faute énorme commise à l’encontre du Liban.» C’est ce qu’il a affirmé dans une déclaration à la presse, au cours de laquelle il a également mis en garde contre les conséquences de cette décision.

Ce que le parlementaire considère comme «une faute», a-t-il ajouté, constitue à ses yeux «une atteinte à la Constitution, une atteinte à la démocratie et au principe de l’alternance». La décision syrienne «porte un coup à la souveraineté du Liban et à la dignité des Libanais», et «maintient les relations entre le Liban et la Syrie au niveau de la dépendance», ce que nous rejetons catégoriquement, a-t-il affirmé, précisant que «cette décision «aura des incidences désastreuses sur la crise socio-économique, le chômage, l’émigration, l’endettement et le fléau de la corruption».

Les intérêts stratégiques de Damas

Tout le monde sait qu’il est impossible de trouver des solutions à ces maux, a-t-il continué, «sans provoquer au préalable un choc positif au niveau politique et sans changer l’équipe (au pouvoir) qui en est responsable». Il a encore déploré que «les intérêts stratégiques de Damas l’emportent au détriment de l’occasion récemment manifestée d’établir une relation de confiance entre le Liban et la Syrie», a affirmé le parlementaire.

Il incrimine également «les responsables libanais, qui se sont pliés à la volonté syrienne, ainsi que les députés qui voteront bientôt en faveur de cette énorme faute», a-t-il poursuivi, avant de saluer «les autorités religieuses et politiques qui ont refusé de se plier au diktat syrien, ainsi que les députés qui continuent de défendre la souveraineté du Liban, le système démocratique et la dignité des Libanais».

Les États-Unis et la France, pour leur part, ont entrepris des discussions sur une possible résolution du Conseil de sécurité de l’Onu, mettant en garde contre toute ingérence extérieure dans les affaires intérieures libanaises, a confirmé hier une source américaine en se référant implicitement à la Syrie, comme le rapporte le quotidien L’Orient-le Jour.

Résolution possible du Conseil de sécurité de l’Onu

«Nous discutons avec les Français d’une possible résolution du Conseil de sécurité pour soutenir le droit du peuple libanais à décider de son propre destin», a déclaré à des journalistes un haut responsable du département d’État, sous le couvert de l’anonymat.

Ce dossier pourrait être abordé lors d’une tournée que le secrétaire d’État adjoint chargé du Proche-Orient, William Burns, envisage d’effectuer du 8 au 16 septembre, a ajouté ce responsable.

Il est attendu à Beyrouth le 12 septembre, mais cette date avait été fixée avant les récents développements dans le cadre du processus de l’élection présidentielle au Liban. De son côté, le porte-parole du département d’État américain, Richard Boucher, a renouvelé la demande américaine de voir les forces syriennes évacuer le Liban. (apic/olj/vb)

31 août 2004 | 00:00
par webmaster@kath.ch
Temps de lecture : env. 3  min.
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