Une idée pas si farfelue, en discussion au sein de la FEPS
Berne: Des évêques pour les protestants suisses
Berne, 2 septembre 2004 (Apic) La Fédération des Eglises protestantes de Suisse cherche une meilleure visibilité en envisageant sérieusement l’idée de la nomination d’évêques, pour améliorer la représentativité des Eglises protestantes, actuellement éclatées en 26 voix pour autant de cantons. Le débat a commencé d’abord en Suisse alémanique avant d’être «importé» en Suisse romande, via l’interview de Gottfried Locher, cadre de la FEPS, dans le quotidien 24 Heures du 31 août 2004.
Pour le porte-parole de la Fédération des Eglises protestantes de Suisse, Simon Weber, joint par l’Apic le 2 septembre, «la discussion existe bel et bien» au sein de la FEPS, qui cherche en effet une meilleure visibilité et une meilleure représentativité au niveau national.
Le débat a été lancé dans un premier temps à Lucerne, dans une église, où Gottfried Locher, membre permanent de la FEPS a présenté l’idée d’évêques protestants. «La Reformierte Presse a donné au débat une dimension médiatique et les discussions ont été très vives: lettres de lecteurs, articles dans différents journaux, etc».
Le débat n’avait pas pour autant passé la Sarine. Le quotidien 24 H l’a lancé en Suisse romande, avec l’interview de Gottfried Locher, interview réalisée en pleine connaissance de cause par la FEPS, dont le porte-parole a organisé les modalités. «Il n’y a pas d’avis officiel là-dessus de la part de notre fédération, mais nous jugeons la discussions intéressante, parce qu’elle pose le problème de la visibilité de notre Eglise protestante.»
La discussion pose aussi le problème du fédéralisme dans l’Eglise protestante suisse. «Nous avons 26 Eglises protestantes fédérées!» rappelle Simon Weber, qui ajoute «Au niveau suisse, on me demande toujours ce que pensent les protestants suisses de ceci, de cela.»
Pas un magistère en tout cas
Pour la FEPS, l’instauration d’évêques ne correspondrait pas à un magistère, mais à des «personnes qui sont des répondants spirituels». Il précise «Cela pourrait être des femmes». Des évêques iraient dans le sens «d’une meilleure représentativité que celle des présidents des Conseils synodaux ou Conseils d’Eglise».
Gottfried Locher prône à titre personnel, dans l’interview donnée au quotidien 24 H le 31 août, l’introduction d’un épiscopat réformé dans notre pays. Un retour au catholicisme? Pas du tout, réplique ce théologien, qui souligne que ce ministère est tout à fait compatible avec le protestantisme et qu’il existe déjà chez les luthériens et les anglicans.
«A l’étranger, certaines Eglises réformées ont aussi des évêques. C’est le cas notamment en Hongrie et en Roumanie». Selon Gottfried Locher, «il manque une voix spirituelle qui puisse parler au nom de l’Eglise tout entière et pas seulement au niveau des paroisses». Les présidents ou présidentes des conseils synodaux ont aussi des tâches de gestion et d’administration, rappelle-t-il.
«Avec des évêques, la grande différence, c’est que ces personnes parleraient dans le sens de chefs spirituels». Quand on parle d’évêques, poursuit le représentant de la FEPS, » tout le monde pense à l’Eglise catholique romaine, mais il existe aussi, par exemple, des évêques orthodoxes, catholiques chrétiens, anglicans, luthériens»
Une femme évêque? C’est possible
Quelle différence y aurait-il entre un évêque réformé et un évêque catholique? A cette question le représentant de la FEPS précise que cela pourrait être une femme. Le poste serait «élu démocratiquement: directement par la base ou par les parlements d’Eglises. Cette personne serait une autorité spirituelle, mais elle n’exercerait pas un pouvoir personnel». Enfin, l’évêque s’appuierait sur la théologie protestante qui, d’ailleurs, n’interdit aucunement ce ministère.
Les avantages en seraient entre autres, «un meilleur équilibre dans le dialogue oecuménique national. Actuellement, c’est le pasteur Thomas Wipf, le président du conseil de la FEPS qui doit, de facto, jouer ce rôle. Mais en fait il n’a aucun mandat pour s’engager au nom des Eglises membres».
En outre G. Locher constate que «l’Eglise réformée n’est plus présente dans les débats nationaux, spirituels comme politiques, et manque de visibilité. D’autre part, «si on introduisait le ministère épiscopal, on verrait très clairement que nos structures ne sont plus adaptées, qu’il y a trop de petites Eglises avec des structures très différentes», affirme G. Locher. «Partout, la séparation de l’Eglise et de l’Etat va s’imposer, ce n’est qu’une question de temps». (apic/24h/feps/vb)




