Les Romands deviennent toujours plus solidaires
Genève: Chez Oikocredit, on investit pour les pauvres sans se dépouiller de ses fonds
Déo Negamiyimana, pour l’Apic
Genève, 15 octobre 2004 (Apic) Les Romands semblent de plus en plus sensibles à la façon dont est investi leur argent. Au moins 450 d’entre eux ont placé leurs économies chez Oikocredit, la banque des pauvres basée aux Pays-Bas. Explications de Jean-Luc Andreae, président de la section romande.
Fin 2003, Oikocredit comptait au moins 450 épargnants en Suisse romande, sur un total de 20’000 dans le monde. Les membres romands sont issus de divers milieux: privés, paroisses catholiques et protestantes, congrégations, diverses associations, etc. Il y a même une commune valaisanne, dont le nom ne sera pas révélé par Jean-Luc Andreae, à la tête de l’Association romande de soutien à Oikocredit, qui garde la discrétion sur l’identité de tous les membres. Les cotisations des Romands s’élevaient à 4 millions d’euros l’année dernière, sur un capital d’action de 200 millions dont dispose toute la banque Oikocredit.
«Pour les Romands, se souvient le président, les débuts ont été difficiles. Les Eglises, mais aussi d’autres personnes morales, n’ont pas caché leurs réticences.» Puis le doute a cédé la place à un fort soutien à la banque des défavorisés. Le principe est de plus en plus connu. Pour le responsable romand, on ne demande pas aux gens de se dépouiller de leurs capitaux en faveur des pauvres. «Il s’agit, insiste-t-il, d’investir pour le développement des plus pauvres en restant propriétaire de son argent et en recevant un intérêt de 2%. Une manière de lutter contre la misère et l’injustice. Et les partenaires de Oikocredit savent désormais qu’ils peuvent naturellement retirer leurs fonds, moyennant un préavis.»
Les pauvres sont des partenaires fiables
Les statistiques de la «banque des imbancables» indiquent que les prêts sont totalement remboursés par les pauvres qui en bénéficient. Les rares pertes sont facilement compensées par le fonds de réserve alimenté par les intérêts. Sur place, Oikocredit cherche à remettre en selle des projets en difficulté. «Parce que notre constat est que les pauvres sont des partenaires fiables. Jusqu’ici, précise Andreae, aucun actionnaire, aucun épargnant ou souscripteur de parts sociales d’Oikocredit n’a perdu un centime.»
Etymologiquement, Oikocredit vient du grec oikos (maison) et du latin credere (croire). Oikocredit se définit donc comme une maison et une banque crédible. Ainsi l’ont souhaité, dans les années 1965-1975, les Eglises membres du COE. Lors de cette période sombre de la guerre du Vietnam, des chrétiens interpellent leurs Eglises au sujet des placements dans les banques finançant le marché de l’armement. L’idée de la création d’un fonds à investir dans les projets de développement jaillit et aboutit à la société de coopérative oecuménique de développement (SCOD). Celle-ci deviendra plus tard Oikocredit, qui rencontre l’enthousiasme de nombreuses confessions chrétiennes. Y compris de l’Eglise catholique, dont de nombreuses paroisses et congrégations apportent une contribution très forte à Oikocredit, selon Jean-Luc Andreae.
Au sein des associations membres, une conviction se dégage. «Les petits crédits accordés aux plus pauvres de ce monde, indique Andreae, sont autant de coups de pouce pour leur permettre de réaliser leurs projets de développement collectif. L’institution financière octroie ces prêts, refusés par les banques traditionnelles, pour valoriser et stimuler des hommes et des femmes nécessiteux, mais courageux.» De quoi encourager les pauvres pour lesquels l’ONU a décrétée 2005 «année internationale des microcrédits». DNG
Informations sur Oikocredit: sur le site internet : www.fgc.ch/oikocredit. (apic/dng/bb)




