Pérou: Enlevée à 13 ans par l’armée, «disparue» pendant plus de 20 ans, elle réapparaît
Le cas de plus de 8’500 «desaparecidos» encore en souffrance
Lima, 19 octobre 2004 (Apic) Elle avait disparu en 1983, à l’âge de 13 ans, lors d’une journée qui fut terrible pour le petit village de Tastabamba, complètement incendié par les forces armées péruviennes, au cours d’une des fréquentes opérations militaires que l’armée effectuait presque quotidiennement dans la province méridionale de La Mar.
On la croyait disparue, morte. Vendredi pourtant, elle a retrouvé son frère, après plus de 20 ans de disparition. La Mar était considérée comme étant l’un des fiefs des guérilleros du «Sendero Luminoso». Tout les coups étaient permis. Y compris de s’en prendre aux enfants.
Accusée d’appartenir à la guérilla, bien que n’étant qu’une jeune fille, Eva Orihuela avait été emmenée par les militaires puis transportée avec une de ses cousines dans la caserne du chef-lieu de district de Ayacucho. Plus aucune nouvelle sur son sort n’a été livrée en vingt ans, jusqu’à l’année dernière, lorsque son nom est apparu avec à côté le numéro d’enregistrement 5’382, sur une liste de 8’500 «desaparecidos», dressée par la Commission de la Vérité, appelée à faire toute la lumière sur 20 ans de «sale guerre» entre le gouvernement et la guérilla.
Tragique
Il y a quelques semaines seulement, on a découvert qu’Eva n’était pas morte: elle vivait depuis longtemps à Chupaca, une communauté paysanne de la région centrale de Junín, avec son mari et ses quatre enfants. Grâce au travail de l’ONG «Ceidhu», Eva a pu revoir vendredi son frère Salvador qui l’a accueillie sur le pas de la porte de sa maison à Cochahuasi, à une centaine de kilomètres au sud de Lima. Quelques mots seulement, des larmes à n’en plus finir, sous les regards étonnés des spectateurs.
De son frère Salvador, Eva a su que seuls 4 de ses 7 frères sont encore en vie, deux ont été tués par les hommes du «Sendero», un à cause des tortures infligées par les soldats; sa mère, son père et deux de ses oncles sont quant à eux «desaparecidos». Le nom d’Eva Orihuela est le quatrième qui a été effacé sur la liste des «péruviens manquant à l’appel»; avant elle, trois autres péruviens donnés pour morts sont retournés chez eux. (apic/misna/pr)




