Malgré les promesses de l’ambassadeur de France à New Delhi
France: Trois élèves sikhs exclus du lycée devant la justice
Cergy, 19 octobre 2004 (Apic) Trois élèves sikhs de Seine-Saint-Denis, soutenus par des membres de leur communauté, ont contesté mardi 19 octobre devant la justice leur exclusion des cours pour port du sous-turban. En attendant une décision, ils sont forcés de passer leurs journées à la cantine scolaire.
Comme le rapporte l’agence AFP, dans la salle d’audience de Cergy, une vingtaine de membres de la communauté sikhe et des représentants de United Sikh, un collectif créé pour défendre les intérêts sikhs dans le cadre de la loi sur la laïcité, sont présents. Les avocats des lycéens dénoncent l’»absence de dialogue» entre les Sikhs et l’administration. Me Antoine Beauquier, leur avocat, affirme que les élèves ont été «exclus physiquement» du lycée entre le 23 septembre et le 11 octobre par le proviseur.
L’inspecteur adjoint de l’académie de Créteil, nie l’exclusion et affirme que «l’inspection académique les a reçus à de nombreuses reprises et leur a proposé de nombreuses solutions», dont une scolarisation dans le privé ou encore l’enseignement via le Centre national d’enseignement à distance.
Leur avocat réplique que «l’enseignement à distance, ce n’est pas l’école!». Il ajoute: «Soit l’administration accepte d’intégrer ces enfants, soit elle organise un conseil de discipline pour les exclure», car ils ne peuvent sinon, s’inscrire ailleurs. Le tribunal, qui a mis sa décision en délibéré, devrait se prononcer avant la fin de la semaine.
Le keski à la place du turban?
Pour ce jeune Sikh de 18 ans, Bikramjit Singh, 18 ans, en terminale S au lycée Louise Michel de Bobigny, «l’idéal serait de pouvoir assister aux cours en gardant mon keski» (un sous-turban qui laisse dégagés oreilles, nuque et front.). Il ajoute: «On passe toute la journée à la cantine scolaire. On essaie de travailler, sans surveillance. Parfois on est aidé par un professeur», raconte-t-il, soulignant le «gros retard» qu’il a pris sur le copieux programme de terminale S.
Théoriquement provisoire, leur mise à l’écart doit permettre un dialogue «entre les élèves, l’inspection académique et la direction du lycée», comme le prescrit la loi française sur la laïcité à l’école. Bikramjit, comme deux autres élèves sikhs du lycée, a demandé au tribunal administratif de Cergy de prononcer sa «réintégration pleine et entière» au sein de l’établissement ou «tout du moins» d’ordonner un conseil de discipline dans l’établissement pour statuer sur son sort.
New Delhi: l’ambassadeur de France rassurait les Sikhs il y a peu
Le 23 septembre 2004, à New Delhi, tenant compte de la protestation des dirigeants sikhs auprès de la France à cause de l’application de la loi interdisant les signes religieux à l’école, qui touche aussi les écoliers sikhs portant turban, le gouvernement français avait pourtant décidé d’assouplir sa position.
C’est ainsi que l’ambassadeur de France en Inde, Dominique Girard, avait déclaré à l’agence de presse indienne Tribune News Service, mercredi 22 septembre, que le ministre français de l’Education nationale avait proposé que les garçons sikhs, écoliers ou étudiants dans des écoles laïques françaises, pourraient porter une discrète patka (simple bonnet retenant la chevelure) au lieu des turbans. Ils ont aussi la possibilité d’étudier dans des écoles privées, a-t-il dit.
Dominique Girard avait déclaré que le gouvernement français était prêt à aider financièrement les élèves sikhs qui n’avaient pas les moyens de s’offrir une école privée. Il y a moins de 200 garçons sikhs dans les écoles publiques en France, avait -t-il précisé. «Ces mesures sont destinées à rendre plus facile l’application de la loi par les garçons sikhs dans les meilleures circonstances possibles», avait-il ajouté. Nous voulons assurer à ces élèves le droit à l’éducation avant tout».
Dominique Girard, qui avait reçu de nombreux représentants des commissions nationales indiennes pour les minorités, avait déclaré comprendre l’anxiété des Sikhs. Estimant qu’ils avaient mal interprété le fait qu’ils seraient une cible de la nouvelle loi. «Il est important pour les Sikhs qu’ils gardent leurs cheveux longs et qu’ils les attachent», avaient conclu l’ambassadeur. La religion sikh, fondée au XVe siècle, interdit à ses fidèles de couper leurs cheveux et exige que les hommes portent un turban. (apic/ag/tns/vb)




