Rome: La signature de la Charte européenne: un pas significatif pour la paix
«Une guerre intra-européenne éclatait environ tous les vingt ans»
Rome, 1er novembre 2004 (Apic) Vendredi 29 octobre à Rome, les chefs des pays membres de l’UE ont apposé leurs signatures sur la Charte européenne. «Un pas significatif vers la paix», affirme Ferdinando Riccardi, responsable du bulletin «Agence Europe», en rappelant que «par le passé une guerre intra-européenne éclatait environ tous les vingt ans».
Ferdinando Riccardi, témoin depuis 1953 du processus d’intégration européenne, est interrogé sur la signature de la Charte européenne par Gianni Borsa, journaliste à l’agence d’information catholique italienne Sir.
Sir: La signature du Traité constitutionnel représente-t-elle une nouvelle «pierre milliaire» dans la voie de l’intégration, ainsi qu’elle l’a été pour la signature des traités de la Cee et d’Euratom en 1957?
F.R: Je rejette tout d’abord, et vigoureusement, l’idée selon laquelle l’Europe était au début une construction purement économique, et qu’elle est devenue aujourd’hui finalement politique. L’équivoque naît du fait que la première Communauté européenne, bien avant la Cee et l’Euratom, avait été celle du charbon et de l’acier (Ceca); on pense donc à une espèce d’accord économique sectoriel. C’est totalement faux. L’acier et le charbon étaient alors la base des armes (chars d’assaut, avions.), le nerf de la guerre, et ils étaient finalement placés sous une Autorité supranationale qui prévalait sur les gouvernements. Comme si aujourd’hui les Israéliens et les Palestiniens mettaient en commun la chimie et le nucléaire, et créaient une autorité commune qui les gère!».
Sir: Une Europe unie tout d’abord pour construire la paix.
F.R: Après avoir accepté le plan Schuman, Konrad Adenauer avait fait remettre à Jean Monnet, son créateur, un billet qui disait: «Si ce plan réussit, ma vie n’aura pas été inutile». La «méthode communautaire», qui remplaçait les vieilles coopérations intergouvernementales, changeait la face de l’Europe. Dans le passé, une guerre intra-européenne éclatait environ tous les vingt ans: vu mon âge, j’en serais aujourd’hui à ma troisième guerre. Je crois donc que la signature du Traité constitutionnel sera un pas significatif vers la voie ouverte il y a un demi-siècle.
Sir: Quels sont les points forts de la nouvelle «Charte fondamentale»?
F.R: Les points forts de la nouvelle Constitution sont essentiellement au nombre de trois: la rédaction des principes concernant la nature de l’Union (liberté, démocratie, pluralité des partis.) et les droits des citoyens (la Charte des droits fondamentaux fait partie de la Constitution); les profondes modifications institutionnelles qui renforcent les pouvoirs du Parlement et améliorent le fonctionnement de toutes les Institutions (extension des décisions à la majorité, procédures plus efficaces et transparentes, présidences durables); les progrès décisifs (même s’ils ne sont pas encore définitifs) dans les domaines de la politique étrangère et de la défense, avec la création d’un ministre européen des affaires étrangères et d’un noyau de défense commune.
Sir: Et quels sont les points faibles du traité?
F.R: Les points faibles concernent la permanence de la règle de l’unanimité dans certains secteurs importants (comme la fiscalité) et la procédure de révision. Les Constitutions nationales peuvent être modifiées à la majorité; la Constitution européenne ne pourra être revue qu’avec l’accord de tous les États, ce qui rendra son évolution difficile.
Sir: La Turquie entrera-t-elle dans l’Union européenne?
F.R: Le problème de la Turquie a été, malheureusement, mal posé. Tant juridiquement que politiquement, il apparaît impossible de refuser l’ouverture des négociations, puisque de nombreuses promesses ont été faites et que la Turquie a respecté les conditions prévues. Mais il est tout aussi impossible d’affirmer en ce moment que la Turquie est européenne ou qu’elle ne l’est pas et évaluer les répercussions de son adhésion éventuelle pour l’avenir de l’UE. A mon avis, la seule solution est d’ouvrir des pourparlers afin de définir les relations futures, qui pourraient aboutir à l’adhésion ou à une autre forme de relations et de liens étroits. Les négociations devraient éclaircir les nombreux aspects encore controversés qui ne concernent pas exclusivement l’UE mais aussi, voire surtout, la Turquie elle-même: a-t-elle évalué avec attention le degré de souveraineté qu’elle devrait mettre en commun en entrant dans l’Union? Je n’exclurais pas que la Turquie puisse choisir de son propre chef une forme de relations différente de celle de l’adhésion. (apic/sir/bb)




