On pense connaître les jeunes, mais ils nous surprennent toujours
Fribourg: Interview de Mgr Boccardo, invité de Prier – Témoigner
Fribourg, 5 novembre 2004 (Apic) Mgr Renato Boccardo, secrétaire du Conseil pour les communications sociales et organisateur des voyages du pape, sera les 6 et 7 novembre 2004 l’invité de la rencontre Prier-Témoigner à Fribourg. Ce rendez-vous se situe à mi-chemin entre la venue de Jean Paul II à Berne en juin 2004 et les JMJ de Cologne d’août 2005.
Avant de se rendre à Fribourg, Mgr Boccardo a répondu aux questions d’Arianne Rollier, correspondante de l’Apic à Rome.
Apic: Qu’est-ce qui vous a incité à venir à la rencontre Prier-Témoigner à Fribourg?
Renato Boccardo: Si les organisateurs de Prier-Témoigner m’ont invité à participer à cette rencontre, c’est parce que c’est un peu dans la foulée de la visite du pape du mois de juin dernier. J’y étais déjà en 1997 après la JMJ de Paris, et c’est une belle expérience: il y a des jeunes et des adultes, des temps de prière et de témoignage. J’ai volontiers accepté de partager cette expérience avec des chrétiens et catholiques suisses, spécialement avec des jeunes.
Apic: Avez-vous eu des échos de Jean-Paul II sur son voyage à Berne?
R.B: Le pape était très content. Il était content de l’accueil des jeunes, de leur réponse qui a dépassé, encore une fois, toutes les attentes des responsables de l’organisation et des différentes sensibilités. On pense toujours connaître les jeunes, et puis les jeunes surprennent toujours ceux qui disent les connaître.
Apic: Sachant que le pape a été invité par différents pays l’an dernier, pourquoi son choix s’est-il, entre autres, porté sur la Suisse?
R.B: Je pense que c’est tout d’abord parce que le pape ne s’y était rendu qu’une seule fois, en 1984; cela faisait donc vingt ans qu’il n’était plus venu. On sait aussi le charme que les jeunes exercent sur le pape. On connaît par ailleurs les tensions interecclésiales du pays. Le pape a donc également voulu s’y rendre pour donner un encouragement, ainsi qu’un signe d’appréciation et de soutien à cette Eglise en Suisse.
Les responsables protestants qui avaient été invités – qui ont d’ailleurs de très bonnes relations avec la Conférence des évêques catholiques suisses – ont refusé de venir officiellement au rassemblement, car ils ne peuvent pas participer activement à l’Eucharistie. Pour eux, cela n’aurait pas eu de sens. De notre part, nous les invitons car il est possible de prier ensemble, de vivre son expérience de foi, de témoignage, d’accueil réciproque, sans nécessairement partager dans le détail tout ce qui se fait des deux côtés. Et cela, même si hélas on ne peut pas arriver jusqu’au bout, c’est-à-dire jusqu’à à la communion eucharistique. En effet, cela n’a pas de sens de partager à la même table, quand on ne lui donne pas la même signification. On invite les gens, ils sont libres d’accepter ou non.
Apic: La pratique religieuse est moins régulière chez les jeunes catholiques. En revanche, les rassemblements ont un impact très fort sur eux. Comment expliquez-vous ce phénomène ?
R.B: J’ai toujours dit, quand j’étais au Conseil pontifical pour les laïcs (de 1992 à 2000, ndlr), que la JMJ (Journée Mondiale de la Jeunesse) est un moment de célébration visible qui ne remplace pas un travail beaucoup plus difficile et astreignant que l’on fait au jour le jour, en paroisse, dans les aumôneries, dans les associations, dans les mouvements ou dans les communautés.
Je pense que l’on peut dire la même chose pour «Prier et Témoigner». Si le moment de la célébration joue beaucoup sur le sentiment – ce qui est très important et utile car cela peut déclencher une réflexion et un engagement personnels -, ceux-ci doivent être soutenus par une communauté chrétienne. Le rassemblement ne remplace pas la paroisse, loin de là. L’éducation à la foi et à la vie doit en effet être faite au jour le jour. On ne fait pas une pastorale des grands événements, mais les grands événements peuvent servir pour reprendre du souffle, pour donner un élan nouveau qui doit être démultiplié. La Journée mondiale par exemple, suscite de l’élan chez les jeunes, mais en rentrant chez eux, ils reprennent la routine, et c’est plus difficile. Il faut donc qu’il y ait une communauté chrétienne qui puisse aider les jeunes à purifier leur enthousiasme et à tenir leur engagement. (apic/imedia/ar/bb)




