AI exige de mettre un terme à ce recrutement
Berne : Manifestation pour dénoncer l’utilisation d’enfants soldats dans le monde
Berne/Lausanne, 10 novembre 2004 (Apic) Amnesty International a exigé de mettre un terme au recrutement d’enfants soldats, au cours d’une manif organisée mercredi après-midi à Berne. A laquelle avait pris part deux « anciens » enfants soldats, venus témoigner de leur vécu de « guerriers» rompus au maniement des armes vendues en Afrique par des sociétés ou des pays occidentaux, notamment et en « toute bonne conscience », pourtant souvent à la « pointe » des combats menés pour les droits de l’homme. A l’exclusion des enfants ?
« Stop au recrutement d’enfants soldats » : la revendication de la Section suisse d’Amnesty International était précise mercredi après-midi sur la Waisenhausplatz à Berne. Deux anciens enfants soldats du Soudan et d’Ouganda ont raconté leurs expériences bouleversantes aux participants. Des classes entières et de nombreux jeunes ont témoigné leur solidarité avec les enfants forcés à combattre dans le monde entier.
Emmanuel Jal, aujourd’hui âgé de 24 ans, n’avait que 7 ans quand des représentants de l’armée de libération du Sud-Soudan, le SPLA, sont venus le prendre chez lui, avec la promesse de l’emmener dans une bonne école. En lieu et place d’école, il a reçu, avec des dizaines de milliers d’autres enfants, une formation militaire. A 8 ans, il a possédait un fusil kalachnikov, avec lequel il s’est battu contre les chars de l’armée gouvernementale près de Juba, en 1991. Il avait alors 11 ans. Par dizaines, les enfants soldats ont été écrasés par les chars. Par miracle, Emmanuel a survécu. Il a déserté, est arrivé au Kenya grâce à l’aide d’amis et a pu enfin fréquenter l’école, où il voulait déjà se rendre à l’âge de 7 ans.
Au Kenya, Emmanuel Jal a commencé à faire de la musique. « Le rap me fait du bien », dit-il. La musique l’aide à oublier ses expériences traumatisantes vécues comme enfant soldat. Il a d’ailleurs animé musicalement la manifestation à Berne avec le groupe de hip hop bernois Greis.
China Keitetsi a pour sa part été recrutée en 1984 par le mouvement de résistance « National Resistance Army » de l’actuel président ougandais Yoweri Museveni. Alors qu’elle n’avait que 7 ans, on lui a expliqué que le fusil AK-47 était sa mère, son ami. En tant que fillette, il lui était particulièrement difficile de se faire respecter par les sous-officiers et par les soldats. Les officiers utilisaient les enfants comme gardes personnels. « Les officiers voulaient surtout des filles, car ils pouvaient en abuser sexuellement », raconte China Keitetsi. « Ce ne sont pas seulement deux ou trois officiers qui nous ont violées, ils nous considéraient toutes comme des proies faciles. Ils nous ont volé notre dignité et notre identité de femmes. « Après s’être enfuie, China Keitetsi est arrivée, avec l’aide de l’ONU, au Danemark. Aujourd’hui elle s’engage pour la resocialisation des enfants soldats.
Contrôlez les armes
Lukas Labhardt, coordinateur de la campagne « Control Arms » – Contrôlez les armes – pour la Section suisse d’Amnesty International, n’a pas manqué de faire le lien entre un contrôle efficace du commerce des armes et le recrutement des enfants soldats : « Ces armes semi-automatiques sont si légères et construites de façon si simple que même des enfants de dix ans peuvent les manipuler comme un jeu d’enfants. « Près de 300’000 enfants soldats sont engagés dans plus de 30 conflits armés à travers le monde. Un contrôle efficace du commerce des armes, et en particulier des armes légères, serait une contribution importante à la lutte contre le recrutement d’enfants soldats.
Les armes légères sont, selon le Secrétaire général de l’ONU Kofi Annan, « les armes de destruction massives d’aujourd’hui ». Chaque minute, une personne civile meurt dans le monde suite à l’utilisation abusive des armes, ce qui représente plus d’un demi million de personnes par an.
Amnesty International exige, en collaboration avec l’organisation britannique Oxfam et d’autres organisations non gouvernementales, un traité international pour réglementer le commerce des armes. Ce traité doit être adopté en 2006 lors de la conférence des Nations unies sur les armes légères. (apic/com/pr)




