Romandie: Les journalistes catholiques se penchent sur les cellules souches embryonnaires
«Laisser mourir» ou «faire mourir» les embryons surnuméraires?
Bernard Bovigny, Apic
Genève, 10 novembre 2004 (Apic) Les journalistes catholiques de Suisse romande ont rencontré le 10 novembre la biologiste Marisa Jaconi, qui mène depuis 5 ans des recherches sur les cellules souches embryonnaires à Genève. Près de mille embryons surnuméraires congelés en Suisse doivent être détruits d’ici 2005. Autant qu’ils servent à la recherche, a affirmé la conférencière. Mais a-t-on le droit de provoquer leur mort? Les laisser mourir ne serait-il pas un moindre mal? ont répondu quelques participants.
Tessinoise, âgée de 42 ans, Marisa Jaconi est titulaire d’un doctorat en sciences à l’Université de Genève. Depuis 1999, elle dirige un groupe de recherche sur des cellules souches extraites d’embryons importées de l’étranger, en tant que cheffe de clinique du Laboratoire de biologie du vieillissement aux Hôpitaux Universitaires de Genève. Elle a présenté à la douzaine de journalistes présents dans les locaux de la rédaction de «L’Echo Magazine» à Genève les enjeux de la loi sur les cellules souches embryonnaires soumis au vote du peuple suisse le 28 novembre.
Les cellules souches, a expliqué la conférencière, se distinguent des autres cellules par leur capacité de se renouveler et de se spécialiser en activant certains gênes. On en trouve dans les embryons datant d’une semaine (appelés blastocystes), dans les foetus – mais qui ne sont pas vraiment utilisables dans las recherche -, ainsi que dans certains organes adultes (moelle osseuse, cordon ombilical, .). Or, les cellules prélevées dans les embryons présentent des très grandes potentialités dans la recherche en médecine régénérative. Certes, la recherche à partir des cellules souches adultes est également prometteuse, et d’ailleurs de nombreux laboratoires s’y adonnent en Suisse, mais elle touche des domaines différents, explique Marisa Jaconi, soulignant que ces deux types de recherche sont complémentaires.
Conditions très strictes à la recherche
La loi mise en votation le 28 novembre rendra possible la recherche sur les cellules souches embryonnaires et leur «dérivation» (à savoir le détournement de leur circuit naturel), et permettra l’établissement d’un registre suisse de ces cellules. Des conditions très strictes conditionneront cette recherche, comme la preuve de sa nécessité, le consentement des «parents» de l’embryons, l’interdiction de tout commerce, ainsi que le suivi et la surveillance par les autorités. Les hôpitaux de Suisse conservent actuellement dans des congélateurs près de 1000 embryons surnuméraires, datant d’avant l’interdiction de leur production en 2001. Ils devront obligatoirement être détruits d’ici à 2005, à moins que la loi soumise au vote le 28 novembre ne passe. Ils pourraient alors être utilisés à des fins de recherche jusqu’en 2008.
Questionnée sur les enjeux éthiques de cette recherche – il faut savoir que le prélèvement des cellules souches ôte la vie à l’embryon – Marisa Jaconi affirme respecter les arguments des opposants et trouve cohérente l’opposition exprimée par l’Eglise catholique. «Les embryons surnuméraires ne devraient pas exister. Mais l’acceptation de la fécondation in vitro a provoqué leur production. Et ils existent. Au lieu de les détruire, autant qu’ils permettent à la science d’évoluer», estime toutefois la conférencière, précisant que depuis 2001, on ne congèle plus d’embryons, mais uniquement des «ovules fécondés». Elle appelle à une certaine cohérence dans le domaine du respect de la vie, soulignant à ce propos que le stérilet, qui empêche le développement d’un embryon à un stade encore plus avancé, et l’interruption de grossesse sont autorisés en Suisse.
Le mythe du «rêve d’immortalité avant la mort»
«Jusqu’où aller dans les cures de jouvence? La médecine régénérative ne tend-elle pas à renforcer le ’rêve d’immortalité avant la mort’? Des personnes de 95 ans et pleines aux as ne seront-elles pas tentées de se refaire une santé?» s’est demandé Raphaël Pasquier, journaliste dans le domaine religieux à la Radio Suisse romande. Ce rêve d’immortalité existe depuis la nuit des temps, a rappelé la conférencière, tout en soulignant que la médecine régénérative, qui touche notamment la transplantation d’organes, permet de sauver des vies chez des jeunes et des enfants.
«Laisser mourir» ne signifie pas «faire mourir»
Le prêtre valaisan Michel Salamolard, collaborateur aux OEuvres St- Augustin à Saint-Maurice, a dénoncé le terme de «démarche éthiquement acceptable» avancé par le Conseil fédéral dans la présentation de cette loi. Certes les quelque mille embryons surnuméraires congelés en Suisse doivent être détruits. Mais ils restent des êtres humains, qui n’ont pas pu se développer, et il est inacceptable de les «faire mourir» en leur prélevant des cellules souches. Le moindre mal, dans ce cas, serait de les «laisser mourir». «A quelque âge que ce soit, l’atteinte à la vie humaine ne peut se justifier. Et ce n’est pas parce que le stérilet et l’avortement sont permis qu’il faut ouvrir une brèche de plus dans l’atteinte de la vie humaine», a-t-il notamment affirmé.
En réponse à cette interpellation, Marisa Jaconi s’est demandée ce que signifie, dans le cas présent, «laisser mourir». «Du fait qu’ils doivent être détruits, les sortir du congélateur est aussi un acte qui les fait mourir», estime-t-elle.
Quelles limites la conférencière est-elle prête à fixer dans la recherche scientifique dans ces domaines? «Je suis opposée à la création d’embryons à des fins de recherche et au clonage, même à des buts thérapeutiques», a-t-elle affirmé, ajoutant que la loi présentée en votation empêchera de telles réalisations. Elle exprime également un jugement très sévère sur la recherche scientifique dans le domaine du clonage humain, «qui n’amène nulle part et ne sert absolument à rien». Quant à l’annonce du premier clonage humain par la secte de Raël, elle n’y croit pas un mot et n’a jamais entrevu ne serait-ce qu’un élément de preuve d’une telle réalisation. «C’est un scandale que les médias aient donné une telle publicité à cela», a-t-elle ajouté. (apic/bb)




