Etats-Unis: La majorité des évêques contre le refus de la communion pour les politiciens

Non à l’utilisation de cette «arme» délicate

Washington, 18 novembre 2004 (Apic) Une majorité des évêques catholiques américains se prononce contre le refus de la communion pour les hommes politiques considérés comme «trop libéraux».

Selon le cardinal Theodore McCarrick, la majorité de ses collègues et également le Vatican sont d’avis que les divergences d’opinion en matière d’avortement ne devraient pas être portées devant l’autel. A l’issue de l’assemblée générale d’automne de la Conférence des évêques catholiques des Etats-Unis, qui s’est achevée le 18 novembre dans la capitale américaine, l’archevêque de Washington a pris position concernant le rapport de la «task force» sur les évêques et les politiciens catholiques, qu’il préside.

Vif débat entre catholiques américains

C’était l’un des points les plus controversés des débats des évêques américains réunis en début de semaine à Washington. Le document traite en effet de la position que doivent prendre les évêques à propos des dirigeants dont la politique contredit les principes fondamentaux de l’enseignement catholique. Ce sujet a fait l’objet d’un vif débat entre catholiques dans le cadre de la récente campagne présidentielle qui opposait le candidat démocrate – et catholique – John Kerry au président républicain sortant Georges Bush.

Libéral en matière de droit à l’avortement et de recherche sur les cellules souches, John Kerry s’était attiré les foudres de certains évêques catholiques, qui avaient appelé ouvertement à voter pour Georges Bush. Comme l’a rappelé le cardinal Theodore McCarrick, cette discussion a engendré peut-être plus de débats que jamais auparavant sur ce que signifie être catholique et citoyen des Etats-Unis, croyant et électeur.

Un débat salutaire pas toujours facile

Ce débat salutaire n’a pas été toujours facile, souligne le cardinal américain, étant donné notamment que les médias ou les forces partisanes ont parfois essayé de dresser un évêque contre un autre. Certains, pour avoir pris position, ont été qualifiés de partisans, tandis que d’autres ont été traités de lâches pour n’avoir rien dit. Des évêques ont été accusés d’être partisans d’une seule cause – par exemple la protection de la vie à naître – mais d’être indifférents au sujet des pauvres ou de la guerre menée par l’administration Bush en Irak. D’autres ont été dénoncés pour le contraire.

«Ce n’est pas ce que nous sommes», a lancé le cardinal McCarrick. «Nous sommes unis dans notre défense de la vie et de la dignité de la personne humaine – les deux grandes causes de notre Saint-Père, le pape Jean Paul II – et nous avons continué à travailler ensemble pour prêcher la Bonne Nouvelle de la vie dans toutes ses dimensions».

Maintenant que l’élection est passée, poursuit-il, les évêques américains ont le devoir de se rassembler autour de leur engagement commun de protéger la vie et la dignité humaines et d’avancer vers le bien commun. «Comme catholiques, nous avons tous une obligation prééminente de protéger la vie de l’enfant non encore né, de nous opposer à l’euthanasie et de défendre le mariage».

En faveur des pauvres et de la promotion de la paix

Mais, insiste-t-il, «notre tradition nous appelle aussi clairement à nous élever en faveur de ceux qui sont pauvres et à promouvoir la justice et la paix». Ce ne sont pas aux yeux du cardinal McCarrick des options pour les évêques, mais des obligations de la foi. Et l’archevêque de Washington de souligner que ces valeurs ne doivent pas être opposées les unes aux autres. «Nous ne croyons pas que notre engagement en faveur de la vie et de la dignité humaines et notre recherche de la justice et de la paix soient des causes qui sont en concurrence», a-t-il lancé.

La Commission de la Doctrine, avec l’aide de la Commission sur les pratiques pastorales, a traité de l’enseignement de l’Eglise sur les dispositions pour recevoir la communion. Ces prises de position concernent tout le monde et pas seulement les hommes politiques. La «task force» des évêques a rédigé un «manuel» concernant les catholiques dans la vie publique. Il contient des prises de positions du pape, du Concile et de la Conférence des évêques américains sur la responsabilité des catholiques dans ce domaine.

Enseignement, dialogue et persuasion

Cet ouvrage sera disponible pour les évêques pour être utilisé comme base pour «l’enseignement, le dialogue et la persuasion». Les évêques affirment que la communauté et les institutions catholiques ne devraient pas honorer ceux qui agissent contre «nos principes moraux fondamentaux».

Les membres de la «task force» se réjouissent que l’on ait discuté de la «culture de la vie» durant la récente campagne électorale, et que les sondages électoraux aient mis l’accent sur les «valeurs morales». «Nous ne pouvons qu’espérer que cela conduira à une action réelle pour protéger les enfants à naître, défendre le mariage, protéger la vie et la dignité de ceux qui sont pauvres et vulnérables, et promouvoir la paix dans un monde violent».

A l’occasion de leur assemblée plénière, les évêques américains ont renoncé à renforcer leur position commune suite à la victoire électorale de George Bush. En juin dernier, ils avaient affirmé que les politiciens catholiques favorables à l’avortement «collaboraient avec le mal» et ne devaient pas être distingués par des organisations et des institutions de formation catholiques.

Des tenants de la ligne dure

Des évêques avaient annoncé durant la campagne électorale qu’ils refuseraient la communion aux partisans de l’avortement, visant ainsi explicitement le candidat démocrate John Kerry, qui représente également des positions libérales en matière de recherche sur les cellules souches ou les couples homosexuels.

Parmi ces tenants d’une ligne dure, il y avait notamment Mgr Raymond Burke, archevêque de Saint-Louis. Dans sa dernière lettre pastorale publiée peu avant les élections américaines, Mgr Burke exhortait les catholiques à voter en accord avec la doctrine de l’Eglise. Pour lui, en effet, il n’est pas question de transiger sur la valeur de la vie. Sans explicitement l’affirmer, Mgr Burke invitait à voter pour le protestant George W. Bush au détriment du catholique John Kerry. (apic/kna/usccb/be)

18 novembre 2004 | 00:00
par webmaster@kath.ch
Temps de lecture : env. 4  min.
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