Apic Reportage

Laos: La liberté religieuse reste limitée au «Royaume du million d’éléphants»

Plus question de parler d’une Eglise à la française.

Jacques Berset, agence Apic

Bangkok/Vientiane, 6 décembre 2004 (Apic) La liberté religieuse reste limitée au Laos, un pays majoritairement bouddhiste et animiste enclavé au coeur des montagnes. Près de 40’000 catholiques connaissent toujours un grand isolement dans cette région peu connue du Sud-Est asiatique. Appelé officiellement République démocratique populaire lao (RDPL), le Laos et ses six millions d’habitants vivent sous un régime communiste à parti unique depuis la «libération» de 1975. Témoignage.

Indépendant depuis 1953, après avoir fait partie un temps de l’Indochine française, le Laos n’a pu éviter d’être impliqué dans la confrontation sanglante engendrée par la guerre du Vietnam. Le pays a subi des bombardements intensifs visant notamment la Piste Ho-Chi-Minh durant la «guerre secrète» menée contre ce pays dans les années 60-70 par les Américains. Le grand nombre de bombes non explosées représente un grave danger pour les agriculteurs. Gouverné par le Parti révolutionnaire du peuple lao (PRPL) depuis trois décennies, c’est seulement depuis 1992 que le pays a entamé un lent processus de modernisation et d’ouverture à l’économie de marché et au monde extérieur.

La Constitution de 1991 accorde certes la liberté religieuse dans le «Royaume du million d’éléphants», peuplé d’une multitude d’ethnies (Lao Loum, Lao Theung, Lao Soung, Hmong, Yao, minorités vietnamiennes et chinoises restées au pays malgré l’émigration après l’indépendance et la prise de pouvoir par les communistes.). Mais ce qui domine encore dans ce pays, le plus pauvre de sa région, c’est l’interprétation restrictive de certains fonctionnaires, qui privilégient les religions traditionnelles, le bouddhisme et l’animisme.

Vue de l’extérieur, l’Eglise catholique paraît libre

Dans les quelque 11’000 villages du pays, qui a des frontières avec la Birmanie, le Cambodge, la Chine, la Thaïlande et le Vietnam, le bouddhisme est d’ailleurs la religion la plus répandue et la plus acceptée par le gouvernement. Le catholicisme, longtemps considéré comme le suppôt du colonialisme français et la religion des falangs (étrangers), reste par contre suspect, comme d’ailleurs les autres confessions chrétiennes.

«Si vous regardez de l’extérieur, l’Eglise catholique au Laos paraît libre, nous pouvons pratiquer notre foi, aller à l’église. Mais dans les faits, nous n’avons pas tellement de liberté dans notre pays», témoigne une catholique laotienne, catéchiste et coordinatrice de jeunes. Si elle accepte de se confier à l’Apic, qui l’a rencontrée dans un collège catholique de Bangkok, la jeune Khankahm préférerait que son nom ne soit pas mentionné explicitement. Elle était en instance de retourner dans son pays, où elle travaille au service de l’Eglise catholique.

«On nous a pris toutes les églises et les écoles»

Au Laos, l’Eglise est aux mains des laïcs, et ce sont eux qui prennent en charge la communauté et son développement. Avant la «libération» de 1975, l’Eglise officielle s’occupait d’hôpitaux et d’écoles. «Mais on nous a pris toutes les églises et les écoles».

Toujours considéré comme un pays de mission, le Laos compte quatre vicariats apostoliques: Luang Prabang, Paksé, Savannakhet et Vientiane. «A Luang Prabang, cependant, nous n’avons qu’un administrateur apostolique. Le gouvernement veut que cette ville soit préservée étant donné qu’elle a été inscrite par l’UNESCO au titre d’’Héritage Mondial’», lance notre interlocutrice. «Pour cela, les autorités ne veulent voir aucune croix dans cette très belle ville. C’est la raison pour laquelle notre préfet apostolique, Mgr Tito Banchong, s’y rend deux ou trois fois par mois pour y dire la messe, mais n’y demeure pas.»

Mgr Tito Banchong doit dire la messe de façon souterraine, poursuit- elle, dans des maisons appartenant à des laïcs. Les fidèles rassemblés sont toujours prêts à partir si la police vient. Le préfet apostolique n’a pas de maison sur place et il reste après la messe, parfois pour une nuit. Il doit ensuite rentrer à Vientiane, où il réside: c’est-à-dire qu’il doit faire quatre à cinq heures de voyage en voiture. Il est obligé d’obtenir une permission du gouvernement chaque fois qu’il souhaite se déplacer dans l’une ou l’autre des six provinces de son territoire ecclésial.

L’Eglise catholique est certes légale

L’Eglise catholique est certes légale dans la République Démocratique Populaire Lao. «Nous sommes connus du gouvernement, car nous avons rempli l’obligation d’être enregistrés. Mais quelle que soit l’activité que nous entreprenons, nous devons en avertir le gouvernement. Nous devons avoir une permission, et si nous ne l’obtenons pas, nous ne pouvons pas l’organiser.»

«Récemment, souligne Khankahm, nous avons demandé une permission pour la 2e Rencontre nationale des jeunes à Vientiane et le gouvernement l’avait permise. Nous devions nous réunir en face d’un bâtiment officiel du gouvernement. Deux jours avant, il nous a demandé de nous réunir ailleurs. Les autorités ont invoqué une réunion officielle pour nous communiquer que nous devions trouver un autre lieu. Mais il était impossible de changer de place en si peu de temps!»

De telles chicanes se produisent souvent, pas seulement au niveau national, mais aussi au plan diocésain. «Les jeunes avaient bien préparé l’événement, et l’interdiction reçue les a vraiment touchés. Ils se réjouissaient de rencontrer des amis et de partager avec eux.» Au Laos, tous les évêques sont Laotiens, il n’y a aucun prélat étranger, et de toute façon le gouvernement ne l’autoriserait pas. Plus question de parler d’une Eglise à la française, car après la Révolution de 1975, tous les prêtres étrangers ont dû quitter le pays.

Des catholiques clandestins

Les catholiques laotiens, dans un pays qui compte moins de 6 millions d’habitants, sont près de 40’000 (0,6% de la population), dont quelques uns sont clandestins. «Ainsi, ceux qui travaillent pour le gouvernement, qui ont des positions officielles, disent qu’ils sont bouddhistes, sinon ils ne sont pas pris en considération». Si l’Eglise laotienne est tenue de se faire discrète, elle n’est pas souterraine.

«Certains de ses membres ne montrent pas la couleur, pour éviter la discrimination. Ils ne vont pas à l’église pour ne pas perdre leur emploi. Nous prions pour eux, parce que nous savons que s’ils apparaissent en pleine lumière, ils perdront leur position dans le gouvernement», lance Khankahm dans un large sourire.

Les catholiques peuvent être businessmen, avoir des activités indépendantes, certains sont même des juristes dans les administrations publiques. «Mais ils ne sont pas censés se profiler comme chrétiens et par conséquent ils ne viennent pas souvent à l’église».

Il ne faut pas oublier que dans le passé, le pays a été colonisé par les Français et que la religion chrétienne était perçue comme celle des missionnaires français et des colons. Les autorités considèrent qu’il s’agit d’une religion étrangère, ennemie des communistes. Les chrétiens laotiens ont été longtemps considérés comme des alliés du colonialisme. Un moment donné, il était même interdit pour cette raison de parler français. JB

Encadré

Un pays isolé et méconnu

Le Laos est un pays de type continental d’une superficie de 236’800 km² et de près de 6 millions d’habitants. Il n’a aucune ouverture sur la mer et est resté longtemps isolé et méconnu. Le grand Laos, qui réunissait le Nord- Est thaïlandais avec le Laos actuel jusqu’en 1778, est entouré de montagnes: la chaîne annamitique à l’est, la chaîne de Phetxaboune à l’ouest, les monts de Banrek au Sud et les montagnes du Yunnan au Nord. Le Mékong, avec ses nombreux rapides et les chutes de Khone au Sud, rend le Laos difficilement pénétrable par voie d’eau. Le bouddhisme dit du «petit véhicule» (théravada) est la religion traditionnelle du pays et touche 90% de la population. L’animisme est encore présent parmi les minorités.

Le clergé peu nombreux est composé uniquement de Laotiens. Les missionnaires sont interdits de séjour depuis que le pays est dirigé par le Pathet Lao, au pouvoir depuis 1975. Après l’avènement du régime communiste, les prêtres étrangers doivent quitter le Laos et tout le clergé, hiérarchie comprise, doit être autochtone. L’Eglise connaît alors la persécution: fermeture systématique des écoles, réquisition des bâtiments d’Eglise, pression exercée sur les chrétiens, camps de rééducation qui n’épargnent ni prêtres ni évêques… Ainsi le 21 octobre 1988, Mgr Thomas Khamphan et le Père Jacques Bounliep, respectivement évêque et curé de Paksé, sont libérés après 7 ans, 7 mois et 3 jours de détention, sans avoir jamais été jugés!

Evêques, prêtres et religieuses (une centaine) partagent les travaux des villageois. La suppression des «oeuvres» (écoles, dispensaires, etc.) a dispersé les religieuses dans les villages. Le rôle des catéchistes et des comités de laïcs s’est amplifié, et c’est grâce à ces catéchistes laïcs que la foi a survécu dans le pays. Quant aux protestants, baptistes et évangéliques, qui se sont multipliés ces dernières décennies, ils sont souvent interdits de culte et soumis à un contrôle rigoureux. JB

Encadré

L’Eglise catholique au Laos

L’Eglise catholique au Laos compte quatre vicariats: Paksé au Sud, Savannakhet-Thakhek au Centre, Vientiane et Luang Prabang au Nord. Ces vicariats sont dirigés par: Mgr Tito Banchong Thopanhong, administrateur apostolique de Luang Prabang (2600 catholiques); Mgr Louis Marie Ling Mangkhanekhoun, vicaire apostolique de Paksé (14’500 catholiques); Mgr Jean Sommeng Vorachak, vicaire apostolique de Savannakhet (11’500 catholiques); Mgr John Khamsé Vithavong, vicaire apostolique de Vientiane (11’100 catholiques) et président de la CELAC (Conférence des Evêques du Laos et du Cambodge).

Du point de vue de l’histoire de l’Eglise au Laos, on distingue la mission dans la partie nord-est, traditionnellement liée au Vietnam septentrional, et la partie de la vallée du Mékong au sud. C’est dans cette région qu’arrivèrent de Thaïlande en 1895 les premiers prêtres des Missions Etrangères de Paris (MEP). Ils s’y établirent dans un petit village de l’actuel vicariat apostolique de Savannakhet-Thakhek. Les Oblats de Marie Immaculée (OMI), français et italiens, prirent ensuite pied dans la région de Luang Prabang. On assiste en 1899 à l’érection du Vicariat apostolique du Laos qui s’étendait aussi à l’est de la Thaïlande. Il y avait à cette époque 8000 baptisés, puis la mission s’y étend lentement.

L’Eglise catholique, née au Laos à la fin du XIX siècle, a rarement connu des jours paisibles. Pendant trois cents ans, les missionnaires qui étaient envoyés porter l’Evangile au Laos, n’ont guère fait que tourner autour des barrières naturelles qui protégeaient le secret de ce pays sans pouvoir s’y fixer durablement. Ceux qui osaient s’aventurer dans les forêts tombaient victimes de la malaria, note le Père Robert Costet (Histoire de l’Evangélisation au Laos), dans «Eglises d’Asie», l’agence d’information des Missions Etrangères de Paris. JB

Des photos de Khankahm sont disponibles à l’agence Apic: tél. 026 426 48 01, fax 026 426 48 00, courriel apic@kipa-apic.ch (apic/be)

6 décembre 2004 | 00:00
par webmaster@kath.ch
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APIC – Reportage

Maurice Page, agence APIC

Fribourg: la communauté charismatique du Verbe de Vie s’installe à Pensier

Maison de la Parole de Dieu et école de vie spirituelle (300993)

Fribourg, 30septembre(APIC) C’est à Pensier près de Fribourg que la jeune

communauté charismatique du «Verbe de Vie» va ouvrir sa quatrième maison

d’accueil. Elle poursuivra la mission des soeurs dominicaines présentes

dans ce village depuis le début du siècle. Dominicaines qui n’abandonnent

cependant pas Pensier puisqu’elles conservent une partie de la maison. But

de la nouvelle communauté: la formation, le ressourcement, et l’accompagnement spirituel en rendant accessibles à tous les Ecritures. Son originalité: la communauté regroupe des célibataires, des couples et des personnes

consacrées, femmes et hommes.

Agée de sept ans à peine, la communauté du «Verbe de Vie» a connu une

progression remarquable. Lorsque Georges et Josette Bonneval s’installent

avec un autre couple et une jeune fille dans l’ancienne abbaye d’Aubazine

en Corrèze, ces cinq personnes n’imaginent même pas créer une communauté.

Aujourd’hui une soixantaine de membres s’occupent de l’animation des quatre

maisons du «Verbe de Vie» en France et en Suisse.

A Pensier, ils seront une douzaine pour prendre en charge cette maison

de la Parole de Dieu. A quelques jours de l’ouverture, le bâtiment résonne

des bruits des derniers préparatifs. L’odeur de la peinture fraîche flotte

dans les couloirs. Fraîcheur et jeunesse aussi dans le visage du valaisan

Bertrand Georges, cuisinier de formation, responsable de la maison en l’absence du fondateur et «berger», Georges Bonneval, qui résidera à Pensier au

moins pour le temps de la fondation. Françoise, la femme de Bertrand,

décoratrice d’intérieure, nous rejoint un peu plus tard, têtée du petit

Pierre oblige. Sr Marie-Gabrielle, Sr Anne-Dominique et Bernard accourent

de l’autre bout de la maison. Toute l’originalité de la communauté est là:

regrouper tous les états de vie et les vocations dans l’Eglise. Les

citations évangéliques qui émaillent la conversation rappellent qu’on se

trouve dans une maison de la Parole de Dieu et une école de vie

spirituelle.

Malgré le rapide développement de la communauté – qui n’est pas une

congrégation religieuse, mais une simple association de fidèles – on se

garde de tirer des plans sur la comète. Dans l’esprit charismatique, il

s’agit seulement de se soumettre aux incitations de l’Esprit-Saint. La vie

de la communauté s’articule autour de trois axes: la liturgie, la formation

et la vie fraternelle.

La vie quotidienne est rythmée par la prière de l’office (au minimum

laudes et vêpres), la messe, mais surtout l’adoration communautaire devant

le Saint-Sacrement. «Nous attachons beaucoup d’importance à la qualité de

la liturgie», témoigne soeur Marie-Gabrielle qui s’occupe de l’animation

musicale.

Le deuxième axe est celui de l’enseignement de la Parole. On fait le

plus souvent appel à des professeurs et des prédicateurs extérieurs avec un

eclectisme certain, sans se rattacher à une famille de pensée exclusive:

dominicains, jésuites, prêtres de la Mission de France… A côté des weekends, retraites, récollections pour tous, la communauté offre une année

sabbatique. Cette «année pour Dieu» comprend une formation biblique et

théologique et l’étude de l’histoire de l’Eglise et de ces grands témoins.

Un peu à l’image de ce que fait l’Ecole de la foi, «mais avec une orientation plus spirituelle».

La vie communautaire et fraternelle est le troisième axe. Chacun travaille selon ses besoins et ceux de la communauté, expliquent Bertrand et

Françoise qui se sont connus lors du parcours de l’année sabbatique… Les

membres de la communauté n’exercent pas de travail lucratif à l’extérieur,

mais s’occupent uniquement des hôtes. On vit de dons. «Dieu y pourvoyera»,

dit-on simplement.

Souci d’ouverture

La volonté d’ouverture est bien affirmée. Pas question de former une

«chapelle» ou l’on est bien entre soi, où l’on chante des «alleluias» et où

on «parle en langues», selon l’image que l’on se fait parfois des

charismatiques. Chaque communauté se place sous la vigilance de l’évêque du

lieu et travaille volontiers avec les paroisses qui le demandent. La liste

des saints protecteurs de la maison en témoigne aussi: Marie (mère du Verbe

de Vie), Joseph (chef de la Sainte Famille), Jean l’évangéliste (proche du

coeur de Jésus), Catherine de Sienne (docteur de l’Eglise), Thérèse de

l’enfant Jésus (enfance spirituelle) et Dominique (qui donne son nom à la

maison).

Dans l’Eglise il ne saurait y avoir de concurrence, insiste Sr Marie-Gabrielle «mais il est normal que l’on pose question… c’est le propre du

chrétien». Une dizaine de dominicaines continuent d’ailleurs d’habiter une

partie de la maison et participent à certains offices communs.

Le 10 octobre la fête d’inauguration à laquelle Mgr Mamie participera

aura un caractère familial devant permettre d’abord de faire connaissance.(apic/mp)

Encadré

Les maisons du «Verbe de Vie»

La maison ’mère’ du «Verbe de Vie» est l’ancienne abbaye cistercienne d’Aubazine en Corrèze où Georges et Josette Bonneval s’installent en 1986 en

compagnie d’un autre couple et d’une jeune fille à l’instigation du Père

Daniel-Ange. Ils prennent la place dans ce lieu pluri-centenaire d’une

communauté de religieuses handicapées. Aucun n’imagine alors le développement de l’oeuvre. A la première retraite, 36 personnes se présentent. Et

dès les mois suivants, huit personnes demandent à faire l’année sabbatique.

En janvier 1990, une seconde fondation voit le jour à Notre-Dame d’Andecy

en région parisienne.

En 1992, Mgr Henri Schwery, évêque de Sion, offre de mettre à disposition la cure et l’église romane du village de St-Pierre de Clages. Le «Verbe de Vie» s’installe dans le village valaisan le 29 avril 1992. Faute de

place pour recevoir de nombreux hôtes à la cure, le travail se fait d’avantage dans les paroisses ou à travers des sessions de formation en soirée.

Pour Pensier, la communauté était en contact avec les dominicaines de

Senlis, elles-mêmes en relation avec leurs consoeurs de Pensier. De plus

l’occasion était excellente d’être près de Fribourg et de son université

catholique. Mgr Mamie avait d’ailleurs déjà été contacté auparavant. (apicmp)

30 septembre 1993 | 00:00
par webmaster@kath.ch
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