Près de 100’000 ? Chiffre trop élevé, selon son gouvernement
Irak: Anthony Blair refuse d’instituer une commission d’enquête sur les morts civils en Irak
Londres, 10 décembre 2004 (Apic) Le Premier ministre britannique Antony Blair refuse d’instituer une commission d’enquête sur les morts civils en Irak. Une telle commission indépendante est réclamée par une brochette de personnalités, dont d’anciens ambassadeurs, des responsables militaires et religieux.
Les anciens ambassadeurs britanniques en Irak et en Libye, Stephen Egerton et Oliver Miles, ainsi que Bianca Jagger, l’ex-épouse du chanteur Mick Jagger, font partie des 46 personnalités britanniques qui demandent la mise sur pied d’une enquête indépendante. La liste comprend également des députés travaillistes et des pairs britanniques opposés à la guerre, l’écrivain Harold Pinter, les évêques anglicans d’Oxford, Richard Harries, et de Coventry, Colin Bennetts, des professeurs d’Université, cinq anciens ambassadeurs, et d’anciens responsables de la défense, comme Lord Garden, et le général à la retraite Sir Hugh Beach.
Une obligation du droit humanitaire international
Dans leur appel, les signataires rappellent que le gouvernement britannique est obligé par le droit humanitaire international de protéger la population civile durant les opérations militaires en Irak. «Si on ne compte pas les morts et les blessés, personne ne peut savoir si la Grande- Bretagne et ses partenaires de la coalition remplissent ces obligations», déclarent ces personnalités.
Elles réclament immédiatement la mise sur pied d’une enquête compète et indépendante afin de déterminer avec la plus grande exactitude possible le nombre d’Irakiens qui sont morts ou ont été blessés depuis mars 2003, ainsi que les causes de leurs blessures.
Une telle enquête sur le nombre de victimes civiles est d’autant plus urgente que dans son numéro d’octobre, la revue médicale américaine «The Lancet» évoquait le chiffre de 98’000 civils morts depuis le début de la guerre contre l’Irak. Le gouvernement d’Anthony Blair a rejeté ces estimations, estimant qu’elles étaient basées sur des données imprécises. Mais n’ayant fait aucun effort pour dénombrer les victimes civiles irakiennes, les autorités britanniques n’ont aucune crédibilité dans ce domaine, notent les observateurs.
Ainsi, le professeur John Sloboda, co-fondateur de l’organisation indépendante britannique «Iraq Body Count» (cf: http://iraqbodycount.net), estime qu’on peut chercher ces informations auprès des hôpitaux irakiens, des morgues, et d’autres sources officielles. De telles recherches, combinées aux articles de presse et autres informations médiatiques et militaires devraient permettre de s’approcher de la réalité.
Des victimes «politiquement embarrassantes»
«Aucune statistique dans une zone de guerre ne va être parfaite, mais ce n’est pas une excuse pour ne pas essayer», lance-t-il. Le professeur Sloboda estime que certains dans les hautes sphères pensent qu’il serait «politiquement embarrassant» pour le gouvernement d’admettre qu’une «intervention humanitaire» puisse causer un si grand nombre de victimes civiles. Sur le site internet de l’organisation, les chiffres des civils tués depuis l’invasion oscillaient le 10 décembre entre 14’620 et 16’805.
Les signataires relèvent que si le gouvernement britannique a rejeté le rapport de la revue médicale américaine, il n’a apporté aucune preuve tangible pour étayer ses affirmations. Le ministre britannique des Affaires étrangères Jack Straw a fait savoir qu’il était difficile de déterminer précisément le nombre de victimes civiles, mais que les seules données fiables sur le sujet étaient celles collectées par les hôpitaux.
Entre le 5 avril et le 5 octobre 2004, 3’853 victimes civiles ont été dénombrées par le ministère irakien de la Santé. Rappelons que le général américain Tommy Franks, commandant des troupes US en Irak l’an dernier, avait d’emblée déclaré avant l’invasion: «Nous ne faisons pas le compte des corps», en se référant aux Irakiens qui allaient mourir dans le conflit qui se préparait.
Le compte des pertes américaines est tenu avec rigueur
Le compte des pertes américaines est, lui, tenu avec rigueur. Les derniers chiffres disponibles parlent de 1’276 soldats américains et 71 britanniques tués depuis le début de l’invasion de l’Irak. Le chiffre des décès de civils irakiens varie de 15’000 à 100’000, et les bombardements de Falloujah ont fait de nombreuses victimes parmi les femmes et les enfants, mais ils n’ont pas été documentés. Même le Croissant Rouge a dû se retirer du champ de ruines, tandis que ni le gouvernement américain ni les autorités britanniques ont récolté les informations nécessaires.
Alors que le porte-parole du Pentagone Jim Turner déclarait tout simplement: «Je n’ai rien sur les victimes civiles irakiennes», Jimmy Massey, un sergent de 33 ans qui a servi en Irak, déclarait avoir vu des troupes abattant régulièrement des civils, dont des femmes et des enfants, à des barrages ou dans la rue. Et de déplorer qu’une loi du silence «semblable à ce que l’on trouve dans les gangs du crime organisé» empêche les soldats d’en parler. (apic/bbc/rc/indep/be)




