Italie: Le cardinal Tucci pas très chaud pour l’entrée de la Turquie dans l’UE

Ce pays doit «faire des efforts en matière de liberté religieuse»

Rome, 17 décembre 2004 (Apic) La Turquie doit faire des efforts en matière de liberté religieuse pour prétendre entrer dans l’Union européenne, estime le cardinal italien Roberto Tucci. Un avis donné alors que se déroulent à Bruxelles les négociations en vue d’une future adhésion de la Turquie à l’Union européennePour le cardinal Roberto Tucci, ancien responsable de Radio Vatican et ancien organisateur des voyages pontificaux, la Turquie doit faire des efforts en matière de liberté religieuse. «Je crois qu’il est très important de dire clairement à la Turquie qu’elle doit progresser dans ce domaine, a affirmé le prélat italien, âgé de 83 ans, sur les ondes de Radio Vatican.

«Je n’entre pas dans le cadre étroitement politique, à savoir s’il est bon ou non pour l’Europe d’intégrer la Turquie à l’Union d’un point de vue économique, financier ou militaire», a déclaré le cardinal italien. «Je me pose du point de vue de ce qu’il faut demander à la Turquie pour qu’elle puisse pleinement entrer dans l’Union». «On donne tellement d’importance aux facteurs économiques, politiques, militaires, que les valeurs de la liberté religieuse ne sont pas pris en compte», a-t-il alors déploré. «Ceci est très dangereux et signifie que l’Europe n’arrive pas à trouver des valeurs plus grandes que celles de l’économie, du militaire et du politique».

Ainsi, le cardinal octogénaire s’est dit déçu «que l’on n’ait pas plus insisté pour demander à la Turquie de donner une personnalité juridique aux Eglises chrétiennes présentes dans le pays. C’est une lourde absence dans le champ des droits de l’homme et de la liberté religieuse». En Turquie, a expliqué le cardinal Tucci, «il n’y a ni reconnaissance juridique des institutions chrétiennes, ni de leurs droits de propriété». Et s’il existe un ministère des Affaires religieuses, il est dirigé par des musulmans «très rigides».

«Il est nécessaire que nos dirigeants européens se réveillent, car je crois que même des personnes qui n’ont pas la foi chrétienne ont une certaine sensibilité capable d’apprécier les valeurs de la liberté religieuse», a encore ajouté le cardinal.

Le «non» du cardinal Ratzinger

Dans un entretien accordé au quotidien italien «La Stampa» du 17 décembre, Mgr Mauro Piacenza, président de la Commission pontificale pour les biens culturels de l’Eglise, estime pour sa part que l’entrée de la Turquie dans l’Union européenne «sera un défi pour les chrétiens, afin de renforcer leur propre identité». Certes «l’Europe n’est pas un club chrétien mais, pour les chrétiens, le respect des droits de l’homme est un engagement important».

Le 29 octobre dernier, Mgr Giovanni Lajolo, secrétaire du Saint-Siège pour les relations avec les Etats, avait déclaré dans la presse italienne que le Vatican ne s’était «pas encore exprimé officiellement» sur une éventuelle adhésion de la Turquie à l’Union européenne, mais prônait une grande Europe «de l’Atlantique à l’Oural».

«Il est évident que, en cas d’adhésion, la Turquie doit d’abord répondre à tous les critères politiques qui ont été décidés lors du sommet de Copenhague en décembre 2002», avait ajouté le «ministre des Affaires étrangères» du Vatican.

«En ce qui concerne l’Eglise en Turquie, le Saint-siège considère que la liberté religieuse dans ce pays doit non seulement être garantie au niveau de la Constitution, de la législation, et de l’administration, mais doit aussi être efficacement et concrètement protégée au niveau social», avait poursuivi Mgr Lajolo, soulignant que «le Saint-Siège n’a pas peur d’un élargissement de l’Europe», mais «qu’il faudrait porter une plus grande attention à des Etats déjà candidats comme la Roumanie, la Bulgarie, la Croatie, mais également l’Ukraine, la Moldavie, la Géorgie, l’Arménie, qui sont des pays de grande culture ancienne».

En juin, puis en septembre 2004, le cardinal Joseph Ratzinger s’était quant à lui déclaré contre l’entre de la Turquie dans l’Union européenne. «Historiquement et culturellement, la Turquie a peu à partager avec l’Europe. Ce serait une grande erreur d’englober la Turquie dans l’Union européenne. Il faudrait mieux qu’elle agisse comme un pont entre l’Europe et le monde arabe». PR

Encadré

Le patriarche Bartholomée 1er dit «oui» à l’Europe

Le patriarche oecuménique orthodoxe de Constantinople Bartholomée Ier se dit de son côté favorable à l’entrée de la Turquie dans l’Union européenne, dans un entretien publié par l’hebdomadaire catholique français «Famille chrétienne» à paraître samedi. «Nous sommes pour l’entrée de la Turquie dans l’Union européenne et nous le répétons mais nous attendons avant cela la résolution de nos problèmes accumulés depuis des années, comme la réouverture du séminaire de Halki et la question des droits de propriété sur des bâtiments orthodoxes», a-t-il dit. (apic/ag/imedia/hy/pr)

17 décembre 2004 | 00:00
par webmaster@kath.ch
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