Un rapport du département d’Etat américain met en garde
Washington: L’antisémitisme croît en Europe, selon les Etats-Unis
Washington, 6 janvier 2005 (Apic) Le département d’Etat américain tire la sonnette d’alarme dans son premier rapport annuel sur l’antisémitisme publié le 5 janvier. Il y dénonce particulièrement la situation en Europe.
Dans un monde «de plus en plus interdépendent, l’antisémitisme est un fardeau intolérable», dénonce le rapport américain du département d’Etat sur l’antisémitisme paru le 5 janvier. Il y rappelle le sombre passé de l’Holocauste, dans lequel des millions de juifs ont été tués par les nazis. Le rapport constate une baisse des réactions antisémites après la deuxième guerre mondiale, pour réapparaître dans les récentes années.
Les auteurs d’actes antisémites «semblent vouloir s’en prendre à la fois aux juifs et au judaïsme» écrit le rapport. Qui reconnaît toutefois que de nombreux pays ont pris des mesures pour évaluer le problème et le combattre. Pour le département d’Etat, ces attaques ont déstabilisé les communautés juives autour du monde.
Le rapport constate une flambée d’antisémitisme et se base sur des documents de l’Union européenne ainsi que sur des sites internet. Il cite la Belgique, la Grande-Bretagne, la France, l’Allemagne et les Pays Bas. En Europe de l’Est, le rapport cite la Russie et la Biélorussie. Il souligne encore qu’en Europe de l’Ouest, «les auteurs de profanations de cimetières ou autres actes antisémites ont surtout été le fait de mouvements d’extrême droite et de jeunes maghrébins sans perspectives économiques».
Profanations musulmanes également
Centré sur l’antisémitisme, on notera que le rapport fait le silence sur les profanations de tombes musulmanes, qui préoccupent les milieux musulmans en France en particulier.
En effet, le bureau exécutif du Conseil français du culte musulman (CFCM) s’est dit jeudi «extrêmement préoccupé par la montée en puissance des actes islamophobes. «L’année 2004 a été marquée par des profanations de tombes musulmanes, par des agressions sur des religieux musulmans, sur des citoyens et des citoyennes de confession musulmane, par des actes de dégradation sur des lieux de culte», souligne le CFCM dans un communiqué daté du 6 janvier.
Pour le rapport du département d’Etat des Etats-Unis, «la tendance ne s’inversera pas tant que le nombre de musulmans en Europe continue d’augmenter et que leur niveau d’éducation et d’insertion économique demeure limité».
Outre des profanations de cimetières juifs de synagogues ou des attaques contre des personnes, le rapport s’inquiète de «préjugés antisémites dans une partie de la presse de centre-gauche et chez certains intellectuels».
Un antisémitisme lié au terrorisme anti israélien
Citant le Proche Orient, le département d’Etat déplore que les efforts gouvernementaux pour désavouer l’antisémitisme dans la presse ou en public soient qualifiés de «minimaux». Les actes de violence antisémite au Proche- Orient, déplore-t-il encore, relèvent surtout du «terrorisme anti israélien» en Palestine. Mais «des organisations terroristes palestiniennes, notamment le Hamas, le Jihad islamique et les brigades des martyrs d’Al-Aqsa ont parfois émis des déclarations antisémites après des attaques contre des Israéliens», indique-t-il.
La préparation du rapport répond à une loi adoptée par le Congrès américain malgré certaines objections du département d’Etat. Ce dernier jugeait en effet délicat de consacrer un document spécial à ce sujet, redoutant que cela n’alimente le sentiment largement répandu dans le monde musulman que les Etats-Unis privilégient Israël et la communauté juive.
Le rapport définit l’antisémitisme comme «la haine envers les juifs, individuellement ou en tant que groupe, attribuée à la religion ou l’ethnicité juive». Il souligne qu’il convient de faire une distinction entre les «critiques légitimes» d’Israël, et celles ayant caractère antisémite. Il souligne encore que le déni et la minimisation de l’Holocauste vont de pair avec un discours d’accusation envers Israël dans nombre de pays du Moyen Orient. VB
Déni de l’Holocauste et «humanisation» des nazis vont de pair
Le déni de l’Holocauste dans la nouvelle pensée antisémite, déni que les révisionnistes français ont parmi les premiers contribué à créer, tend à rejoindre la polémique du tout nouveau film sur Hitler, que d’aucuns trouvent trop «gentil», trop humain. La Chute, film allemand d’Olivier Hirschbiegel, qui sort en salles actuellement, présente les derniers jours d’Hitler. 4,5 millions d’Allemands ont déjà vu ce film qui pour la première fois présente le dictateur dans son quotidien, banalisant ainsi, selon certaines critiques l’horreur du personnage.
La polémique a débarqué avec les images du film, soixante ans après la découverte des camps de concentration. C’est le grand acteur germanophone et Suisse allemand, Bruno Ganz, qui incarne Hitler. Dans le Monde du 4 janvier, celui-ci explique pourquoi il a choisi d’interpréter le rôle:
«Avant de voir le film de Pabst Der Letzte Akt, qui date de 1955, je pensais qu’il était impossible de prêter un visage à un tel monstre. Ce qui m’a décidé, ce fut la première séance de maquillage. J’étais à Munich, on m’a mis la moustache, la perruque, j’étais très effrayé, mais je me suis dit : «C’est bien pour moi, comme acteur.» On m’a dit qu’il fallait que «j’aille chercher le mal qui est en moi». Pour comprendre ce mal-là, il fallait des recherches très poussées. J’ai beaucoup lu, des ouvrages sur la jeunesse d’Hitler, des livres de psychiatres sur Hitler comme patient, les souvenirs d’Albert Speer et ceux de l’aide de camp de Göring, qui était dans le bunker, et, bien sûr, la biographie de Fest».
A la question si le film tend à faire des nazis des sortes de victimes , Bruno Ganz répond: «Les Allemands ont commencé la guerre, ils en sont responsables. Je ne vois pas dans le scénario de tentative de falsifier l’histoire ou de déculpabiliser le peuple allemand».
L’acteur dit encore que pendant la phase de recherches précédant le tournage, «un dégoût» lui est venu. «Cette atmosphère de petit gangstérisme, minable, sans même l’humour que Brecht prête à Arturo Ui. Maintenant je constate que quelque chose de très sombre est resté, que je n’ose pas encore explorer». (apic/ag/vb)




