L’économie doit être au service des hommes, pas le contraire!

Berne: Présentation de l’Open Forum Davos 2005 organisé par des Eglises et ONG suisses

Jacques Berset, agence Apic

Berne, 14 janvier 2005 (Apic) L’économie doit être au service des hommes, pas le contraire! C’est pour faire passer cet autre ordre de priorités que la Fédération des Eglises protestantes de Suisse (FEPS), Pain pour le prochain (PPP), en association avec la Fondation Max-Havelaar et Terre des Hommes, ont décidé pour la troisième fois consécutive d’organiser l’Open Forum Davos 2005. Ils le font en collaboration avec le Forum économique mondial (WEF).

Au cours des débats contradictoires avec des leaders de l’économie mondiale qui auront lieu du 27 au 30 janvier prochain à l’Aula de la «Schweizerische Alpine Mittelschule» à Davos, les oeuvres d’entraide et les Eglises poseront cette question centrale: «qu’est-ce qui fait qu’un acte économique est moral?»

Pendant ce temps, les débats du Forum économique mondial auxquels sont annoncés quelque 2’200 participants, auront lieu en parallèle dans l’enceinte fermée du WEF sous la direction de plusieurs co-présidents, dont l’Américain Bill Gates, de la société Microsoft Corporation, ou le «CEO» – Chief Executive Officer – de Novartis, le Suisse Daniel Vasella.

Après le succès des éditions 2003 et 2004, les Eglises et des oeuvres d’entraide ont décidé de s’associer à nouveau avec le WEF pour organiser l’Open Forum Davos 2005. Vendredi 14 janvier, les organisateurs de ce forum en ont présenté le programme. Outre des spécialistes internationaux, de nombreuses personnalités participeront aux débats durant quatre jours.

Une participation vivement décriée par certains milieux anti- mondialistes

Parmi eux, on note la présence des conseillers fédéraux suisses Pascal Couchepin et Joseph Deiss, Irene Zubaida Khan (Bangladesh), secrétaire générale d’Amnesty International, Ahmed Sheik Ahmed, rédacteur en chef de l’émetteur arabe Al-Jazeera, le sénateur américain Joseph R. Biden, l’économiste britannique Noreena Hertz, critique de la mondialisation, l’écrivain brésilien Paulo Coelho, l’évêque de l’Eglise évangélique-luthérienne allemande Bärbel Wartenberg-Potter, le Nigérian David Ugolor, représentant d’ONG, ainsi que des dirigeants économiques, tels Lord Brown of Madingley (BP), Orin C. Smith (Starbucks), Walter Kielholz (Crédit Suisse Group), Daniel Vasella (Novartis).

Vivement décriée par certains milieux anti-mondialistes, la participation des Eglises et des oeuvres d’entraide a pour but d’encourager le dialogue critique entre l’économie, la politique et la société civile, a insisté vendredi le pasteur Thomas Wipf, président du Conseil de la FEPS. «Nous voulons mettre en évidence les questions urgentes de la justice économique et les mauvais côtés de la mondialisation. Et nous voulons ensuite, ici en Suisse, contribuer à la prise de conscience des problèmes de notre temps», a-t-il déclaré.

Position critique face aux conséquences négatives de la mondialisation

Les organisateurs de l’Open Forum Davos gardent une position critique à l’égard des défauts intrinsèques et des conséquences négatives de la mondialisation et ne cachent pas une certaine sympathie pour les manifestations anti-WEF, à conditions qu’elles restent pacifiques. Mais ils préfèrent le débat public, de manière aussi à aider à dépasser la mentalité de «forteresse» caractérisant autrefois les rencontres de Davos.

Les conférences et débats ont lieu en dehors du WEF – qui reste un lieu réservé ! – et sont ouverts à tous gratuitement. L’Open Forum sur le thème «L’économie doit être au service de l’homme» veut faire office de pont entre le WEF et la population, car les problèmes débattus au sein de cette enceinte concernent finalement toute l’humanité.

Christophe Stückelberger, directeur de l’Institut de théologie et d’éthique de la FEPS, a rappelé pour sa part que plus de 40 personnalités ont été invitées du jeudi 27 au dimanche 30 janvier pour participer à huit tables rondes représentant une large palette de secteurs et d’intérêts économiques, scientifiques, culturels, religieux, politiques et sociaux.

«Les dirigeants économiques doivent faire face à de multiples contraintes. Mais ils n’ont pas le droit de se soustraire aux normes éthiques. Les débats de l’Open Forum Davos porteront précisément sur la manière de respecter ces normes», a lancé l’ancien secrétaire général de Pain pour le prochain.

Présentant la position de Terre des Hommes – la plus grande organisation privée d’aide à l’enfance en Suisse -, le secrétaire général Peter Brey a expliqué que peu importe le cadre, pourvu que l’on parle de la problématique des enfants. Que ce soit au Forum social mondial de Porto Alegre ou au WEF de Davos, le même message est délivré: les mineurs représentent plus de 40% de la population des pays en voie de développement, «leur sort est tout simplement crucial».

Dialogue oui, mais pas question de servir d’alibi

Dans les faits, ajoute-t-il, la globalisation, qui veut augmenter les échanges commerciaux au niveau mondial et qui peut dans certaines circonstances contribuer à améliorer les conditions de vie, implique aussi une recherche frénétique du profit, et les enfants en sont souvent les victimes. «La globalisation stimule la demande de forces de travail bon marché et dociles, et les enfants répondent parfaitement à ces critères!», a-t-il lancé, en condamnant notamment la privatisation croissante des services de base comme les réseaux d’eau ou les services de santé et d’éducation, auxquels les pauvres n’ont finalement plus accès.

Interrogé par l’Apic sur l’alibi que pourrait représenter pour le Forum économique mondial la présence à Davos d’ONG d’ordinaire critiques, Paola Ghillani, directrice de la Fondation suisse Max-Havelaar, a rétorqué que le dialogue avec les acteurs économiques vise à influencer le système. Dans le sens d’une globalisation au service de l’homme, grâce notamment à l’engagement des consommateurs. et même des actionnaires des fonds de pension. A son avis, le dialogue apporte plus de résultats que la confrontation, même si elle se réjouit par ailleurs du soutien apporté par les manifestants pacifiques.

Du côté du WEF, André Schneider, directeur exécutif du Forum économique mondial, a souligné que l’Open Forum Davos fait partie du programme officiel de la rencontre annuelle et qu’il représente «un pont établi envers les critiques et la population». «Nous sommes persuadés qu’il est nécessaire de trouver des solutions aux côtés sombres de la mondialisation», a-t-il lancé vendredi à Berne. (apic/be)

14 janvier 2005 | 00:00
par webmaster@kath.ch
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