Rome: L’hospitalisation du pape alimente rumeurs et spéculations

A propos de la Constitution «Romani Pontifici eligendo»

Rome, 3 février 2005 (Apic) L’hospitalisation du pape alimente bien entendu les spéculations et les rumeurs, à Rome comme dans le monde. Même alité, le pape semble néanmoins continuer à «travailler», pour reprendre l’expression de ses proches. Sachant qu’il revient à d’autres d’»expédier» les affaires courantes. Reste la question des cardinaux électeurs, aujourd’hui au nombre de 119, après l’aveu surprenant d’un cardinal polonais sur son âge.

Durant l’hospitalisation de Jean Paul II – les dernières nouvelles font état de 7 jours -, les affaires de l’Eglise sont en effet gérées par deux hommes: le cardinal Angelo Sodano, 77 ans, numéro deux de l’Eglise catholique, et l’archevêque Stanislaw Dziwisz, 65 ans secrétaire personnel de Jean Paul II depuis de nombreuses années.

Le pape a du reste réglé les moindre détails de sa succession avec la Constitution apostolique approuvée en 1996. Deux prélats pourraient alors jouer un rôle déterminant: le cardinal camerlingue – charge actuellement exercée par l’Espagnol Eduardo Martinez Somalo – qui devra expédier les affaires courantes, ainsi que le cardinal allemand Joseph Ratzinger, 77 ans, préfet de la Congrégation pour la Doctrine de la foi et doyen du Sacré Collège. En réalité, seuls le camerlingue et le grand Pénitencier (le Tribunal suprême de la Signature apostolique et le tribunal de la Rote romaine continuent leur activité) continuent d’assumer leur fonction. C’est en effet le rôle du camerlingue de veiller à l’administration des biens et des droits du Saint-Siège lorsque qu’un pape vient à mourir.

Jean Paul II avait ménagé l’effet de surprise en annonçant, le 28 septembre, la création de 31 nouveaux cardinaux, élargissant ainsi le Sacré Collège, dont l’une des missions essentielles est l’élection du prochain pape.

A l’exception d’une douzaine de cardinaux créés par Paul VI, Jean Paul II a désormais nommé tous les électeurs de son successeur.

Cardinaux jamais aussi nombreux qu’en 2001

Par la Constitution apostolique «Romani Pontifici eligendo» du 1er octobre 1975, Paul VI (1963-1978) a fixé l’effectif total du collège électoral du pape à 120 membres. Jean Paul II a dérogé à plusieurs reprises à cette règle. Lors du dernier consistoire, le 26 octobre 2003, à l’occasion du 25e anniversaire de son pontificat, le pape avait porté à 135 le nombre d’électeurs au conclave. Il avait fait de même lors du consistoire de février 2001. Les cardinaux électeurs n’avaient alors jamais été aussi nombreux.

Aujourd’hui, après l’aveu du cardinal Henryk Gulbinowicz sur son âge – il a 81 ans et non 76 ans, comme indiqué dans l’Annuaire pontifical -, le collège cardinalice composé de 184 cardinaux compte donc 119 électeurs – et non 120 – et 65 cardinaux de plus de 80 ans – et non 64 -. 58 cardinaux électeurs, dont 20 Italiens, sont européens. Les cardinaux latino- américains sont au nombre de 22, ceux d’Amérique du Nord, 14, et ceux d’Afrique 12. 11 cardinaux originaires d’Asie et deux d’Océanie prendront part à un futur conclave.

La question de la limite des 120 cardinaux pouvant entrer en conclave n’a jamais semble-t-il préoccupé Jean Paul II, malgré les règles fixées. «Encore une fois, je dérogerai à la règle en dépassant la limité établie», avait-il simplement affirmé en annonçant à l’époque les noms figurant sur la liste des futurs cardinaux.

Reste l’article 332 du droit canon, selon lequel Jean Paul II pourrait «renoncer» à sa fonction et rejoindre dans l’histoire vaticane le pape Célestin V, lequel – cas unique jusqu’à présent – avait démissionné à la fin du XIIIe siècle. A l’époque, les intrigues de la curie avaient poussé le successeur de saint Pierre à fuir Rome.

Il y a deux ans, le président de la Conférence des évêques allemands, Karl Lehman, et le cardinal belge Godfried Danneels, avaient évoqué cette éventualité. Quant au cardinal hondurien Oscar Andres Rodriguez Maradiaga, il avait déclaré que «s’il devait constater qu’il ne peut plus assurer son ministère pour des raisons de santé, il aurait le courage de démissionner». Dans le même temps, le très influent cardinal allemand et préfet de la Congrégation de la Doctrine de la foi, Joseph Ratzinger, confirmait dans un hebdomadaire que «si le pape s’apercevait qu’il ne pouvait absolument plus continuer, alors certainement il démissionnerait».

La règle des 120 cardinaux

C’est Paul VI qui a décidé que le nombre maximum de cardinaux pouvant élire le pape doit être de 120, par la Constitution apostolique «Romano pontifice eligendo», promulguée le 1er janvier 1975. En novembre 1970 déjà, il avait établi que seuls les cardinaux de moins de 80 ans peuvent élire le pape. Jean Paul II confirma ces deux mesures dans la Constitution apostolique «Universi Dominici gregis», publiée le 22 février 1996 pour mettre à jour les normes concernant l’élection du prochain pape. Lui-même, toutefois, dépassa ce chiffre en février 1998, en portant à 122 le nombre de cardinaux de moins de 80 ans.

Auparavant, le nombre des cardinaux avait beaucoup varié au cours des siècles. Ils étaient ainsi généralement une vingtaine au Moyen âge, puis de plus en plus nombreux au XVème et XVIème siècle. Le pape Sixte V, en 1586, fixa leur nombre à 70, pour rappeler les 70 anciens d’Israël qui assistaient Moïse dans le gouvernement du peuple d’Israël. Ce plafond de 70 fut confirmé par le Code de droit canon de 1917, et respecté jusqu’à ce que Jean XXIII décide, le 15 décembre 1958, de le dépasser pour pouvoir nommer plus de cardinaux étrangers. (apic/pr)

3 février 2005 | 00:00
par webmaster@kath.ch
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