Les catholiques ont le devoir de participer à la vie publique

Rome: Lettre du pape aux évêques français sur la laïcité

Rome, 14 février 2005 (Apic) Dans une longue lettre aux évêques français, Jean Paul II invite la France à «ne pas avoir peur de la démarche religieuse». Et l’enjoint au «respect d’une saine laïcité». Le message a été transmis le 11 février à la Conférence épiscopale française, à l’occasion du centenaire de la loi française de séparation des Eglises et de l’Etat.

Jean Paul II a invité la France à ne pas avoir peur de la démarche religieuse, ainsi qu’au respect d’une saine laïcité, dans un message adressé le 11 février 2005 au président de la Conférence épiscopale française, Mgr Jean-Pierre Ricard. Cette longue lettre du pape, rédigée dans le cadre du centenaire de la Loi de séparation de l’ Eglise et de l’Etat – promulguée le 9 décembre 1905 – a été rendue publique le 12 février au Vatican.

«Que personne n’aie peur de la démarche religieuse des personnes et des groupes sociaux», a ainsi écrit Jean Paul II au Président de la Conférence épiscopale française, Mgr Jean-Pierre Ricard et à tous les évêques de France. «Vécue dans le respect de la saine laïcité», a-t-il affirmé, cette démarche religieuse «ne peut qu’être source de dynamisme et de promotion de l’homme».

Le souverain pontife a ensuite encouragé les catholiques de l’Hexagone à être présents dans tous les domaines de la société civile et de la politique. Il exprime en outre le souhait qu’une «attention plus grande soit portée aux personnes qui n’ont pas de toit, ni de nourriture».

La Loi de séparation, un événement douloureux

Au début de sa lettre, le pape a écrit que la Loi de séparation de l’Eglise et de l’Etat «a été un événement douloureux et traumatisant pour l’Eglise en France. Elle ne maintenait que la liberté de culte», a-t-il ajouté, «reléguant du même coup le fait religieux dans la sphère du privé et ne reconnaissant pas à la vie religieuse et à l’institution ecclésiale une place au sein de la société».

Dès 1920, a pourtant noté Jean Paul II, le gouvernement français reconnaissait d’une certaine manière la place du fait religieux dans la société, la démarche religieuse personnelle et sociale, ainsi que la constitution hiérarchique de l’Eglise, constitutive de son unité. Il s’est aussi souvenu, écrit-il, des propos des évêques français lors de leurs visites ad limina – de novembre 2003 à février 2004 – au cours desquelles ils avaient fait apparaître les «relations positives» avec les responsables de la société civile.

Jean Paul II a souligné avec satisfaction les récents développements dans les relations entre l’Eglise et l’Etat en France. Saluant le fait que «ces dernières années, elles ont abouti la création d’une instance de dialogue au plus haut niveau». En effet, en février 2002, une première rencontre avait rassemblée le premier ministre de l’époque, Lionel Jospin, le ministre de l’intérieur, Daniel Vaillant, et les représentants de l’Eglise catholique. Cette rencontre s’est renouvelée sous le gouvernement de Jean- Pierre Raffarin.

Réfléchir sur l’histoire religieuse

Le pape a souhaité que le centième anniversaire de la ’Loi de séparation’ soit l’occasion de réfléchir sur l’histoire religieuse en France au cours du siècle dernier. Ainsi, après avoir rappelé les étapes successives de dialogue entre Eglise et Etat, il a estimé que «la paix, acquise progressivement, est devenue désormais une réalité à laquelle le peuple français est profondément attaché». Jean Paul II a noté que cette pacification dans les relations permet à l’Eglise en France de remplir sa mission «avec confiance et sérénité».

Le principe de laïcité, a encore souligné le souverain pontife, s’il est bien compris, appartient aussi à la Doctrine sociale de l’Eglise. Il «rappelle la nécessité d’une juste séparation des pouvoirs». La non- confessionnalité de l’Etat, a-t-il relevé, est une «non-immixtion du pouvoir civil dans la vie de l’Eglise et des différentes religions, comme dans la sphère du spirituel». Cette non confessionnalité permet que «toutes les composantes de la société travaillent ensemble au service de tous et de la communauté nationale». Le pape, qui a précisé que «l’Eglise n’a pas vocation pour gérer le temporel», a insisté en revanche pour que «tous travaillent dans l’intérêt général et pour le bien commun».

Soulignant le retour d’un «esprit de coopération et de respect mutuel» entre l’Eglise et l’Etat, le pape a noté que peuvent aujourd’hui se développer des «relations confiantes». Jean Paul II a rappelé que le christianisme a joué et joue encore un rôle important dans la société française, que ce soit dans les domaines politique, philosophique, artistique ou littéraire. Raison de plus pour inciter les catholiques à «marcher sur la voie de leurs devanciers».

Ne pas occulter la place importante des valeurs chrétiennes

«En raison de leur statut de citoyens, tout comme leurs compatriotes, les catholiques de France ont le devoir de participer, selon leurs compétences et dans le respect de leurs convictions, aux différents domaines de la vie publique», a ainsi écrit Jean Paul II, ajoutant qu’on ne peut pas occulter la place importante des valeurs chrétiennes dans la construction de l’Europe et dans la vie des peuples du continent.

L’Eglise s’interroge, a ensuite poursuivi Jean Paul II, sur la crise des valeurs et le manque d’espérance en France, et plus largement en Occident. Il a souhaité que «les valeurs religieuses, morales et spirituelles, qui font partie du patrimoine de la France, ne tombent pas dans l’oubli. Elles qui ont façonné son identité et ont forgé des générations de personnes depuis les premiers siècles du christianisme. «J’ai confiance, a-t-il ajouté, qu’une telle démarche permettra de faire face aux situations nouvelles, dans le contexte pluriethnique, multiculturel et multiconfessionnel de ces dernières années.

Jean Paul II a ensuite invité à reconnaître la dimension religieuse des personnes et des composantes de la société française pour que les religions «n’aient pas tendance à se réfugier dans un sectarisme qui pourrait représenter un danger pour l’Etat lui-même». «La société doit pouvoir admettre que des personnes puissent faire état de leur appartenance religieuse», a-t-il précisé, avant d’ajouter que «dans le cas contraire, on court toujours le risque d’un repli identitaire».

Garantir la catéchèse pour les familles qui le désirent

Enfin, saluant le travail courageux des enseignants et des éducateurs auprès des jeunes, le souverain pontife a invité l’Etat français à garantir aux familles qui le souhaitent, dans le respect des règles établies, la possibilité de faire donner à leurs enfants la catéchèse dont ils ont besoin, «en prévoyant notamment des horaires convenables pour cela».

Le pape avait déjà clairement évoqué la question de la laïcité lors de son discours au corps diplomatique accrédité auprès du Saint-Siège, le 12 janvier 2004. «La laïcité n’est pas le laïcisme», avait-il alors lancé, précisant que «la relation Eglise-Etat» doit donner lieu «à un dialogue respectueux, porteur d’expériences et de valeurs fécondes pour l’avenir d’une nation».

En février 2004, le cardinal Joseph Ratzinger, préfet de la Congrégation pour la doctrine de la foi, avait affirmé à Mgr Jean-Pierre Ricard qu’il existe de fait «une laïcité de l’Etat, mais qui ne doit pas signifier une neutralité de celui-ci» et qui doit «assurer la liberté de conscience et la liberté des cultes». (apic/imedia/ami/vb)

14 février 2005 | 00:00
par webmaster@kath.ch
Temps de lecture : env. 5  min.
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