On est loin de la stabilité promise: noir bilan
Haïti: Un an après la chute et l’exil d’Aristide, la situation reste confuse dans le pays
Port-au-Prince, 27 février 2005 (Apic) Un an s’est écoulé depuis le départ forcé, le 29 février 2004, de l’ex-président Jean-Bertrand Aristide. Le gouvernement intérimaire emmené par le Premier ministre Gérard Latortue se trouve à mi-parcours : le calendrier qui conduire la pays aux prochaines élections démocratiques a été fixé pour l’hiver 2005.
UN an après, le pays est loin d’avoir retrouvé une stabilité. Au contraire. Et la tâche qui s’annonce ne sera pas facile. A y regarder de près, les autorités de transition, pourtant installées avec la bénédiction de Washington et de Paris, avec aussi le soutien d’une mission de l’ONU (la MINUSTAH, composée de plus de 6’000 casques bleus, arrivés au compte goutte) et avec la promesse de l’aide de la communauté internationale, n’ont pas vraiment été aidées.
«Pour l’instant, le pays n’a reçu qu’un million de dollars, qui a servi principalement à rembourser les arriérés des dettes, alors que la promesse des bailleurs de fonds était d’environ 100 millions de dollars» commente à Misna le Père Jan Hanssens, responsable de la Commission Justice et Paix de la Conférence épiscopale. Ce manque d’afflux de capitaux est certainement un boulet au pied pour cette petite république des Caraïbes, étiquetée depuis de longues années comme la plus pauvre des Amériques.
La fin de règne de Jean-Bertrand Aristide, l’ancien prêtre des bidonvilles converti à la politique qui avait, au début des années 90, donné tant d’espoir au peuple haïtien, a laissé le pays dans un état de dégradation sans précédent. Poussé à l’échec par une mobilisation de la société civile organisée, par des gangs armés, par le retour sur scène des anciens militaires et par certaines diplomaties, «Aristide vit pourtant encore dans les esprits de nombreux Haïtiens, en particulier de beaucoup de pauvres, de gens simples, relève le Père Hanssens. Il voit dans ce phénomène une bonne raison: son charisme de leader populiste séduit encore.
Les mêmes problèmes
Pour le religieux, les problèmes sont en gros toujours les mêmes: chômage très élevé, pauvreté – qui a empiré dans les villes en raison de la hausse des prix – faiblesse de la justice, impunité, corruption galopante -. Même les nouvelles institutions ont eu leurs scandales.
Entre le 30 septembre et le début février de cette année, au moins 400 personnes ont été tuées dans la capitale, Port-au-Prince, en partie dans ladite » opération Bagdad» lancée par de prétendus partisans d’Aristide réclamant son retour. «La violence vient de plusieurs bords» explique notre interlocuteur: «Il y a effectivement celle des partisans Lavalas, d’ailleurs habitués à user de cette arme, ainsi que l’instrumentalisation de la violence à des fins politiques.
Un effort de lutte contre la violence avait tout de même été remarqué ces derniers mois, notamment grâce au recrutement de policiers – ils ne sont qu’environ 4’000 pour un pays de 8 millions d’habitants – et à l’entrée en action de la MINUSTAH, finalement au complet. Mais l’attaque le 19 février du pénitencier national, accompagné de la fuite de centaines de criminels, a réduit tous ces efforts au néant.
Hostilité
Des sources citées par Misna font par ailleurs remarquer que la présence des casques bleus n’est pas appréciée de tous les Haïtiens, qu’une partie de la population la perçoit un peu comme une force d’occupation, une présence étrangère qui veut décider du sort de ce pays. Et puis il y a les Etats-Unis, impliqués dans le scénario, au même titre que les Français, perçus pour avoir donné un sérieux «coup de pouce» à la démission d’Aristide, à son exil.
Pour le religieux, les luttes intestines prennent le dessus. Un changement structurel doit passer en premier lieu à travers l’éducation des jeunes, un secteur rudement mis à l’épreuve par les crises politique que vit un pays. En Haïti, assure-t-il, c’est en plus un secteur où l’Etat n’est présent qu’à la hauteur de 20%, alors que les jeunes représentent la moitié de la population». En moins d’un an en tout cas, le pays devra organiser ses élections, municipales, législatives et présidentielles, auxquelles près de 80 formations politiques se sont dites intentionnées à participer. (apic/misna/pr)




