Afrique: L’Onusida craint «une armée dirigée par des orphelins du sida»

Sérieuse mise en garde de Peter Piot

Addis-Abeba, 4 mars 2005 (Apic) L’Onusida craint «une armée dirigée par des orphelins du sida». Le scénario n’a rien d’impossible. Surtout si l’on tient compte que ces gosses, demain, n’auront plus rien à perdre. Déjà qu’en Afrique, ils ont rejoint des bandes armées. La mise en garde, de Peter Piot, directeur exécutif de l’Onusida est sérieuse.

Des orphelins du sida venant grossir les rangs de bandes armées et une déstabilisation du monde constituent des scénarios possibles si la pandémie du sida n’est pas stoppée, a en effet affirmé Peter Piot, vendredi à Addis-Abeba, en Ethiopie.

«L’un des pires scénarios possibles pourrait être d’avoir une armée dirigée par des orphelins du sida. Pourquoi pas, s’il n’y a pas d’avenir» pour eux, a mis en garde le Dr. Piot. Ce dernier s’exprimait à l’issue de la présentation à Addis-Abeba d’un rapport de l’Onusida donnant plusieurs scénarios possibles pour la pandémie qui ravage l’Afrique. Selon le rapport, il pourrait y avoir 27 millions d’orphelins dus au sida d’ici 2025.

«Tous ces enfants grandissant sans point de référence pourraient être une proie facile pour n’importe quel chef de guerre qui passe par là», estime le directeur exécutif de l’agence de l’Onu contre le sida dans un entretien avec la presse.

«Dans le monde d’aujourd’hui le sida risque certainement de déstabiliser l’Afrique mais aussi peut-être l’Europe de l’Est (…) cela affecte les pays riche en terme de migrations, de marchés qui deviendront moins importants et aura toute sorte de conséquences coûteuses pour le monde».

Implications sérieuses sur la sécurité dans la société

L’ancien président de Zambie, Kenneth Kaunda partage le point de vue du Dr Piot, en brossant un tableau de la réalité: «La plupart des orphelins ne vont pas à l’école, à la place ils prennent de mauvaises habitudes dans la rue pour survivre, en se livrant notamment à des activités criminelles et à la prostitution». Et de prédire: «Il n’y a aucun doute qu’à long terme cette situation aura des implications sérieuses sur la sécurité dans la société».

Plus de 60% des personnes atteintes par le virus du sida dans le monde – soit quelque 25,4 millions sur un total de 39,4 millions – vivent en Afrique subsaharienne, selon le rapport 2004 de l’Onusida. L’Ethiopie avec 70 millions d’habitants, est le 16ème pays le plus atteint par le virus du sida avec environ 5’000 personnes qui contractent le virus chaque semaine et environ 1 million d’orphelins du sida. (apic/ag/pr)

4 mars 2005 | 00:00
par webmaster@kath.ch
Temps de lecture : env. 2  min.
Partagez!