La diplomatie vaticane sous Jean Paul II

Décès de Jean Paul II: Mgr Renato Martino, ancien observateur du Saint- Siège à l’ONU

Rome, 4 avril 2005 (Apic) Mgr Renato Martino, président du Conseil pontifical Justice et Paix et ancien observateur du Saint-Siège à l’ONU, décrit pour l’agence catholique I.Media à Rome la diplomatie vaticane sous le pape Jean Paul II.

Arrivé en 1986 à New York comme observateur permanent du Saint-Siège aux Nations Unies, le cardinal Renato Martino a suivi la diplomatie du Saint-Siège jour après jour, servant d’interprète à la voix du pape auprès de l’ONU jusqu’en novembre 2002, date de sa nomination comme président du Conseil pontifical Justice et Paix.

Auparavant, Mgr Renato Martino avait été nonce apostolique en Asie du Sud-Est et délégué apostolique au Laos, en Malaisie et au Brunei. Durant sa carrière à l’ONU, il a notamment joué un rôle important lors de la Conférence mondiale sur le développement et la population, en 1994 au Caire, et de celle sur la femme qui s’était déroulée en 1995 à Pékin.

Q: Après avoir été «observateur» de Jean Paul II aux Nations unies durant plus de 15 ans, comment voyez-vous, aujourd’hui, la politique du Saint- Siège dans le monde ?

Cardinal Martino: La politique du Saint-Siège a subi une grande impulsion sous le pontificat de Jean Paul II. Auparavant les observateurs se plaignaient qu’elle fut trop discrète, alors qu’aujourd’hui la position de l’Eglise sur des grands thèmes liés aux droits et à la dignité de l’homme, à la paix dans le monde et au bien commun, s’est faite de plus en plus imposante. Nous sommes arrivés à un point où nous pouvons intervenir quand nous voulons.

Au sein de l’ONU, par exemple, le Saint-Siège participe à part entière à toutes les conférences mondiales, sur des thèmes variés tels que le développement, la famille ou le sida. Notre rôle a été particulièrement fort lors de la conférence sur le développement au Caire, en 1994. C’est à cette occasion que nous avons obtenu que l’avortement ne soit pas une méthode de planification familiale. Depuis cette conférence, nous avons toujours été écoutés avec respect et attention, même s’il faut sans cesse se battre. Mais nous agissons dans notre droit, avec en plus l’aide de diplomates très calés.

Q: Et au sein de la communauté internationale ?

Cardinal Martino: Le Saint-Siège a toujours eu une forte influence au niveau de la communauté internationale. Durant longtemps, c’était le pape qui décidait les controverses mondiales. Avec la nouvelle situation internationale, notamment depuis la création des Nations Unies, le rôle du Saint-Siège était difficile au début – le Saint-Siège est officiellement observateur permanent auprès de l’ONU depuis 1964 avec Paul VI, ndlr -, mais Jean Paul II avait su faire évoluer son objectif.

Il avait très bien su profiter de cette présence neutre tout en ayant de l’autorité au sein de la communauté internationale. Nous sommes d’ailleurs les seuls à être restés observateurs, alors qu’à l’origine, nous étions une dizaine.

Q: Comment le Saint-Siège intervient-il ?

Cardinal Martino: Nous intervenons toutes les fois qu’il nous semble bon d’intervenir en tant qu’Etat observateur. La voix de Jean Paul II, que nous retransmettions, était généralement écoutée avec beaucoup d’attention par les participants aux grandes conférences mondiales. Il a eu énormément de charisme pour s’intégrer dans la politique internationale. Certaines personnes, des musulmans en particulier, nous ont même demandé d’intervenir plus souvent notamment en ce qui concerne le domaine moral.

Q: Avez-vous fait face à des échecs sous le pontificat de Jean Paul II ?

Cardinal Martino: En quinze années passées à l’ONU comme observateur permanent, je n’ai jamais rencontré un seul échec de la part du Saint- Siège. Toutes les propositions faites ont toujours abouti à quelque chose.

Ce que je regrette, c’est de constater qu’à chaque fois que nous devons défendre une cause morale, à chaque fois, ce sont des pays dits riches, particulièrement d’Europe, ainsi que le Canada et le Japon, qui montent des lobbies contre le Saint-Siège. Il nous est arrivé d’avoir à débattre durant toute une journée avec la délégation du Japon qui voulait supprimer l’article «la» famille pour proposer plusieurs types de familles.

Q: Comment résumeriez-vous la politique de Jean Paul II ?

Cardinal Martino: Les objectifs de ce pape sont résumés dans l’idée de la défense des droits de l’homme. La priorité de la personne humaine a toujours été pour lui primordiale, avec une attention spéciale à la défense de la vie et à la liberté de conscience et de religion. Il a par ailleurs régulièrement rappelé la nécessité de promouvoir et de défendre la paix.

Q: Vous avez un exemple précis pour illustrer cette politique ?

Cardinal Martino: Je me souviens particulièrement comme le pape a suivi avec intérêt la situation critique en Irak, au moment de la guerre du Golfe en 1991. Un peu partout dans le monde, on disait qu’une visite du secrétaire général de l’ONU aurait pu aider à détendre la crise. C’était aussi la conviction du pape.

Un matin, j’ai reçu un appel du cardinal Angelo Sodano, le secrétaire d’Etat, me priant d’encourager le secrétaire général de l’ONU à se rendre en Irak pour tenter de désamorcer la situation. Ce dernier m’a répondu qu’il n’y avait pas les conditions, car ni les membres permanents ni les Iraniens n’étaient d’accords. «Mais comme le pape me le demande, a-t-il ajouté, je créerai les conditions pour y aller».

Trois jours plus tard, le secrétaire général m’appelle le soir en me demandant d’annoncer au pape qu’il se rendrait dès le lendemain à Bagdad, comme le Saint-Père le lui avait demandé. Cet exemple montre bien la puissance morale et spirituelle qu’avait Jean Paul II. Sa volonté de garantir et de sauver la paix était tellement claire et solide qu’elle se propageait, à condition seulement que ceux qui sont concernés fussent ouverts. Ce qu’a vécu ce pape sous le nazisme et le communisme a aussi, je pense, beaucoup apporté à l’évolution des sociétés de l’Est de l’Europe. Jean Paul II a souvent rappelé l’importance de la démocratie et du droit comme fondements de la vie, politique et sociale.

Q: Comment voyez-vous l’avenir de la diplomatie vaticane ?

Cardinal Martino: Ce qui fait le poids de la diplomatie vaticane, c’est que l’on a rien à demander ni à offrir en contrepartie. Nos objectifs resteront toujours d’actualité, voire encore plus dans les années à venir. Le Saint- Siège, guidé par le pape, doit donc continuer plus que jamais à défendre les valeurs chrétiennes de l’homme et de la société. Comme le rappelait Jean Paul II lui-même le 5 octobre 1995 dans son discours au siège de l’ONU à New York, «il ne faut pas avoir peur de l’homme; il ne faut pas avoir peur de l’avenir». (apic/imedia/be)

4 avril 2005 | 00:00
par webmaster@kath.ch
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