Rome s’est réveillée dans le calme

Rome: La messe des obsèques de Jean Paul II commence dans une ambiance recueillie

Rome, 8 avril 2005 (Apic) La messe des obsèques de Jean Paul II a commencé à 10h du matin, vendredi 8 avril 2005, dans une ambiance recueillie sur le parvis de la basilique Saint-Pierre. Le doyen du collège cardinalice Joseph Ratzinger célèbre la cérémonie en présence de très nombreuses délégations officielles, d’hommes politiques, de religieux, d’ambassadeurs et de centaines de milliers de fidèles.

Vendredi matin, la ville de Rome s’est réveillée dans le calme. A 8 heures, les habitants n’étaient pas encore sortis de leurs appartements. Les bâtiments officiels, dont l’ambassade de France auprès du Quirinal, avaient mis leur drapeau en berne. Des particuliers, comme certaines banques avaient aussi mis sur leur balcon des drapeaux noirs ou multicolores des mouvements pacifistes

Beaucoup de pèlerins ou fidèles s’orientaient vers les écrans géants disposés dans plusieurs points de Rome, et les services de sécurité veillaient à chaque angle de rue. L’impressionnant chassé-croisé des convois diplomatiques composés de 3 à 5 voitures et escortés de motards, se dirigeait vers la basilique saint-Pierre. Des bus de la région du Latium remplis de membres de la protection civile se rendaient aussi dans la même direction. Des hélicoptères sillonnaient le ciel.

La population se faisait de plus en plus dense vers le centre de Rome. Depuis ce matin à 5h, les barrières au bout de la via de la Conciliazione – l’avenue qui mène à la place Saint-Pierre – avaient été ouvertes pour les pèlerins amassés depuis la veille dans la zone du Vatican.

Des groupes sont alors entrés sur la place Saint-Pierre, faisant flotter leurs drapeaux aux couleurs de leur pays, France, Etats-Unis mais surtout Pologne. Parmi eux l’on pouvait compter jeunes, adultes, scouts, religieux et religieuses, souvent en habit, uniforme ou costume traditionnel de leur pays. Tous avançaient sous le soleil, paisiblement, cherchant à se frayer un chemin et à trouver une place, derrière les carrés réservés pour les officiels.

Personnalités politiques ou casse-tête diplomatique

«Je n’ai jamais vu quelque chose de la sorte. C’est émouvant», a confié alors à I.Media, partenaire romain de l’Apic, Victor Simpson, spécialiste du Vatican depuis le début du pontificat de Jean Paul II. Les journalistes, par milliers, ont aussi pris place sur les échafaudages montés à leur intention, ou sur les bras dominant les colonnades de la place Saint-Pierre, sans compter ceux perchés sur les collines avoisinantes.

Au centre de la scène, avait été installé un grand autel revêtu de rouge aux couleurs de Pie IX. Devant, un tapis rouge, sur lequel avait été déposé un cierge pascal, avait été déroulé dans l’attente du cercueil. Derrière, au-dessus de la porte centrale de la basilique, un rideau pourpre, sur lequel avait été accroché une image du Christ ressuscité, avait été étendu.

Le Préfet de la Maison pontificale, Mgr James Harvey, comme les membres de la Secrétairerie d’Etat, accueillait les personnalités politiques, religieuses ou diplomatiques qui arrivaient peu à peu, généralement de l’intérieur de la basilique.

Parmi eux, accompagnés de leur femme, l’Ukrainien Victor Ioutchenko, Silvio Berlusconi, Tony Blair, prince Charles, Kofi Annan, Gherard Schröder, le roi des Belges, Marcello Pera, le roi d’Espagne, Jose Luis Zapatero, le Grand duc du Luxembourg, Jacques Chirac, le roi Abdallah de Jordanie, Arzeglio Ciampi, le président iranien, Bachar El Assad, et enfin George Bush, son père, Bill Clinton, Condoleeza Rice. Un véritable casse- tête diplomatique pour le Vatican.

Au son du glas

Les chefs religieux, patriarches des Eglises orientales dont le patriarche oecuménique Bartolomée Ier, pour leur part, en grand nombre s’installaient du côté gauche de la basilique Saint-Pierre, avec les évêques. En faisaient partie, des représentants des Eglises orthodoxes, des Eglises orthodoxe d’Orient, des Eglises et communions ecclésiales d’occident, des organisations chrétiennes internationales et de l’Association Nationale des Evangélistes, des dignitaires juifs italiens, israéliens, français et américains ainsi que des délégations non chrétiennes et organisations pour le dialogue interreligieux, dont l’islam, le bouddhisme, la religion sikh et l’hindouisme. Tous les prêtres du Vatican vêtus de blanc et invités à concélébrer étaient installés dans le carré gauche devant le parvis de la Basilique vaticane.

Vers 9h45, le bourdon de la Basilique Saint-Pierre a sonné le glas, jusqu’à ce que le cercueil transporté par douze «Gentilhommes de Sa Sainteté» soit déposé sur le tapis rouge.

La cérémonie sera «simple, sobre, et priante», avait affirmé le cardinal Godfried Danneels, archevêque de Malines-Bruxelles, le 7 avril 2005. Pour lui, la mort de Jean Paul II est «le départ du père pour des millions de personnes».

La vie en POlogne s’est arrêtée à 10 heures. Dès le début des obsèques de Jean Paul II. apic/imedia/ar/pr)

Rome: La cour polonaise de Jean Paul II sera bientôt dispersée

Qu’adviendra-t-il de Stanislaw Dziwisz, le secrétaire du pape?

Ludwig Ring-Eifel, correspondant de l’Apic à Rome / Traduction: Bernard Bovigny

Rome, 8 avril 2005 (Apic) Après la mort de Jean Paul II, plusieurs membres influents de la curie romaine sont demeurés en arrière-fond. C’est le cas des cardinaux polonais, ainsi que de plusieurs évêques et Monsignori, et surtout de ceux qui appartiennent à ce que l’on appelle depuis quelques années dans le jargon vatican «l’appartamento».

La figure-clé de ce petit groupe formé autour du pape est son secrétaire privé, l’archevêque Stanislaw Dziwisz, âgé de 65 ans. Ces dernières années, et surtout ces dernières semaines, personne n’accédait au Saint-Père sans passer par lui. En raison de l’état de santé précaire de son maître, l’archevêque polonais devait parfois régler au jour le jour des questions relevant des compétences du pape lui-même. Et ce pouvoir dont il a hérité ne lui a pas attiré que de la sympathie du côté du Vatican.

Plusieurs témoins avaient même pensé que le pape souhaitait encore créer son bras droit cardinal, afin de lui assurer un rôle important lors du prochain conclave. Ces spéculations sont cependant restées muettes, tout comme les voix qui le décrivaient comme «le pape Stanislaw».

Encore sous les feux de la rampe

La charge de travail accomplie par l’archevêque Dziwisz, surnommé également «l’alter ego de Jean Paul II», apparaît maintenant dans toute son ampleur. Lorsque le président américain George W. Bush s’est rendu devant la dépouille de Jean Paul II, Stanislaw Dziwisz est apparu encore une fois sous les feux de la rampe médiatiques. Le chef d’Etat le plus puissant du monde lui a alors serré la main en signe de condoléances.

Le «lent adieu» du secrétaire privé de Jean Paul II représente une nouveauté. Auparavant, lorsque le décès était constaté, l’appartement du pape était rapidement vidé et ses proches collaborateurs déplacés. Ces règles sont appliquées maintenant de façon beaucoup plus respectueuse. Jean Paul II a lui-même demandé dans sa constitution apostolique «Universi dominici gregis» de 1996 sur la vacance du Siège Apostolique et l’élection du Souverain Pontife qu’après sa mort, dans un premier temps, seuls sa chambre de travail et ses appartements soient vidés. Il a ensuite souhaité que «le personnel qui réside habituellement dans l’appartement privé puisse y demeurer jusqu’après la sépulture du Pape, au moment où tout l’appartement pontifical sera mis sous scellés».

Ces nouvelles règles prévoient également que les religieuses polonaises, de l’ordre des «Servantes du Coeur-Sacré de Jésus», placées à Rome sous les ordres de la soeur infirmière Tobiana Sobodka et qui ont assuré le ménage de Jean Paul II dans ses bons et mauvais moments, puissent prendre congé du Vatican de façon respectueuse.

Un rôle important de cérémoniaire

En tant que secrétaire privé, Stanislaw Dziwisz, contrairement à ses prédécesseurs, a accompli un rôle de cérémoniaire important durant le pontificat de Jean Paul II. En compagnie du maître de cérémonie du pape, l’archevêque Piero Marini, c’est lui qui va couvrir la face du Saint-Père défunt d’un voile blanc juste avant son ensevelissement. Il sera également présent aux côtés de son chef lorsqu’il sera placé dans le caveau des papes défunts, dans les grottes de la Basilique St-Pierre.

Ensuite s’arrêta certainement la carrière au Vatican de cet homme qui a fait connaissance de Karol Wojtyla, alors jeune prêtre, sur les pistes de ski des montagnes polonaises, et qui est devenu son collaborateur en 1967 déjà. Il n’est cependant pas exclu que le prochain pape le garde, du moins pour un certain temps. Dans tous les cas, Stanislaw Dziwisz devra à nouveau se rendre à plusieurs reprises à Rome, car Jean Paul II l’a nommé vice- président de la Fundacja Jan Pawla II (Fondation Jean Paul II), qu’il a créée en 1981, et qui est chargée de perpétuer l’héritage spirituel du pape polonais. Il n’est en outre pas exclu qu’une nomination importante attende le secrétaire de Karol Wojtyla dans son pays d’origine, la Pologne. (apic/cic/gs/bb)

8 avril 2005 | 00:00
par webmaster@kath.ch
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