France: Les catholiques aussi disent «non» à la Constitution européenne

Mais les catholiques pratiquants penchent pour le «oui»

Paris, 26 avril 2005 (Apic) Contrairement à la majorité des Français, une majorité de catholiques pratiquants se prononcent actuellement pour le «oui» au projet de Constitution européenne.

Selon une étude réalisée par l’Ifop pour «La Croix», les catholiques pratiquants, sont majoritairement acquis au «oui». Ils apparaissent en décalage avec la population française… mais aussi avec les catholiques non pratiquants, puisque dans ces deux catégories, le «non» est largement en tête.

Dans l’ensemble, 55% des catholiques ont l’intention de voter «non», un chiffre, pour l’heure, très proche de celui de l’ensemble des Français (56% de «non»). En revanche, en ne retenant que les catholiques pratiquants, le «oui» devient, cette fois, majoritaire, avec 53 % d’intentions de vote.

Lors du référendum sur le traité de Maastricht, en 1992, les régions ayant le plus massivement voté «oui» correspondaient en effet aux terres de tradition chrétienne, notamment l’Alsace (65,58%) et la Bretagne (59,86 %). Les politologues avaient alors opposé la France «socialo-chrétienne» du «oui» à la France «nationalo-laïque» du «non». Un scénario qui pourrait de nouveau se dessiner le 29 mai, à l’occasion du vote sur le projet de Constitution européenne.

Le «oui» au projet de Constitution européenne apparaît par ailleurs en net recul par rapport au «oui» au traité de Maastricht, aussi bien pour l’ensemble des Français (écart de sept points) que pour les catholiques non pratiquants (écart de six points). Il est en revanche stable pour les catholiques pratiquants (53%), seule catégorie où le «oui» demeure majoritaire. Le recul le plus sensible est parmi les «sans religion», avec une perte de 17 points.

Selon «La Croix», des sondages régionaux semblent confirmer cette montée du «non» dans des régions de tradition chrétienne. Celui réalisé par l’Ifop en Alsace, bastion centriste et démocrate-chrétien, montre ainsi un «oui timide» à 52%. Si 70% des sympathisants UMP et UDF se prononcent en faveur de ce projet de Constitution européenne, seuls 51% des sympathisants PS font de même, alors que tous les ténors régionaux de ce parti soutiennent le texte.

La Turquie dans le débat

Même tendance en Bretagne, indique le sondage commandé par «La Croix», où l’engagement politique catholique imprègne le centre droit et la gauche modérée: seuls 51% des personnes interrogées ont, aujourd’hui, l’intention de voter oui. «Plus inquiétant pour les partisans du texte, ce résultat breton est en recul de 16 points par rapport à la précédente enquête, réalisée en mars !» Au total, dans le Grand Ouest (régions Bretagne et Pays de la Loire), le «non» est très largement majoritaire à gauche (7%), y compris chez les seuls sympathisants du PS (57%).

Un constat: les catholiques pratiquants continuent à se mobiliser fortement en faveur de la construction européenne. Paradoxalement, les catholiques pratiquants sont également moins nombreux que l’ensemble des Français, 28% contre 34%, à estimer que le débat sur l’entrée de la Turquie «va beaucoup compter» dans leur vote.

Cette étude exclusive a été réalisée pour «La Croix» par l’Ifop à partir d’un cumul de deux sondages d’intentions de vote réalisés le 15 avril pour «Paris Match», auprès d’un échantillon national représentatif de 841 personnes inscrites sur les listes électorales, et les 31 mars et 1er avril pour «Le Journal du dimanche», auprès d’un échantillon national représentatif de 868 personnes inscrites sur les listes électorales.

Sur le cumul de ces deux enquêtes, les intentions de vote sur l’ensemble de la population française s’établissaient au moment de l’enquête à 44% pour le «oui», et 56% pour le «non».

«La Croix» rappelle le document de la Commission des épiscopats de la Communauté européenne (Comece) publié en mars invitant à un vote favorable à la Constitution. L’analyse du traité de la Comece, reprise et diffusés par la Conférence des évêques de France, soulève plusieurs critiques à propos du projet de traité constitutionnel. Mais elle se conclut par un appel clair à soutenir la Constitution.

Quant au Conseil d’Eglises chrétiennes en France (Cecef), qui rassemble catholiques, protestants et orthodoxes, il a publié une déclaration qui ne se veut pas une consigne de vote, mais affiche néanmoins un soutien sans ambiguïté en faveur de l’adoption de la future Constitution européenne. (apic/cx/pr)

27 avril 2005 | 00:00
par webmaster@kath.ch
Temps de lecture : env. 3  min.
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