La Suisse face aux objectifs du Millénaire de l’ONU

Berne: Les oeuvres d’entraide exigent plus d’engagement de la part du Conseil fédéral

Berne, 13 mai 2005 (Apic) La Suisse ne s’engage pas suffisamment en faveur des objectifs du Millénaire des Nations Unies, qui vise notamment à diminuer de moitié la pauvreté d’ici à 2015. Le Conseil fédéral, qui tient mercredi prochain sa retraite sur la politique extérieure de la Suisse, a été invité, le vendredi 13 mai, à en faire davantage par la Communauté de travail des oeuvres d’entraide suisses.

Les autorités fédérales se sont certes engagées à mener à bien les objectifs du Millénaire de l’ONU dès septembre 2000. Mais la Suisse est pour l’instant restée en retrait des discussions internationales sur la manière de diminuer de moitié l’extrême pauvreté d’ici à 2015, a déploré vendredi Peter Niggli, directeur de la Communauté de travail des oeuvres d’entraide, au cours d’une conférence de presse à Berne. Les objectifs du Millénaire visent également la réduction de la faim, l’éducation primaire pour tous les enfants, l’intensification de la lutte contre la malaria et le sida et une réduction drastique de la mortalité infantile et maternelle

Les oeuvres d’entraide demandent, dans la perspective du Sommet spécial de l’ONU de septembre prochain, que le Conseil fédéral prenne exemple sur d’autres pays européens afin que la Suisse augmente substantiellement son aide publique au développement. Berne devrait également s’engager activement pour la création de nouvelles sources de financement sous forme par exemple d’une taxe sur le kérosène (sur le billets d’avion), d’impôts sur les transactions financières internationales ou sur la vente d’armes, réclame la Communauté de travail, un groupe de pression actif dans le domaine de la politique de développement fondé en 1971.

La Suisse est engagée par la Déclaration du Millénaire

«Ces cinq dernières années, la Suisse a manifestement ignoré le fait que la Déclaration du Millénaire l’engageait elle aussi à des actes concrets», a déclaré pour sa part Bastienne Joerchel, de la Communauté de travail. En prévision du sommet de l’ONU en septembre prochain qui fera le point sur la mise en oeuvre des objectifs et décidera de nouvelles mesures, de nombreux pays européens ont déjà annoncé leur intention d’augmenter substantiellement leur aide au développement et ont fait des propositions pour de nouvelles sources de financement et des mesures de désendettement. «Tous sont en effet unanimes pour reconnaître que les objectifs du Millénaire ne seront jamais atteints au rythme où vont les choses», affirme Bastienne Joerchel.

«Artifices statistiques» dénoncés

Peter Niggli estime que le Conseil fédéral a manqué l’occasion de participer activement au débat ayant lieu au niveau international sur ces questions. A la place, il tenterait d’atteindre les 0,4% du PNB consacrés à la coopération au développement par des «artifices statistiques» en imputant des dépenses qui, jusqu’à présent, ne comptaient pas comme aide au développement. Le directeur de la Communauté de travail exige notamment du Conseil fédéral de reprendre l’objectif proposé par l’Union européenne et le Secrétaire général de l’ONU, Kofi Annan.

La Suisse devrait ainsi faire passer son aide au développement de 0,56% du PNB jusqu’en 2010 à 0,7% jusqu’en 2015, participer activement à la discussion sur les nouvelles sources de financement et soutenir la proposition britannique d’alléger la dette que les pays pauvres ont à l’égard des organisations internationales.

Actuellement, la Suisse figure au quinzième rang des donateurs dans le monde. En 2004, elle met à disposition 1,72 milliard de francs, soit 0,37% de son PNB, à savoir une baisse de 3% par rapport à 2003. La tendance, contrairement à de nombreux autres pays, est à la diminution en raison des programmes successifs d’allégement des dépenses. Sept pays de l’Union européenne (UE) ont par contre établi un plan pour augmenter leur budget d’aide au développement et atteindre les 0,7% du PNB. 

Joseph Deiss interpellé par «Pain pour le prochain» et «l’Action de Carême»

Par le biais d’une campagne d’envoi de cartes postales, les oeuvres d’entraide «Pain pour le prochain» et «l’Action de Carême» interpellent le conseiller fédéral Joseph Deiss. Elles lui demandent de s’engager en faveur de davantage d’aide publique au développement, pour une diminution de la dette des pays pauvres et pour des règles commerciales qui atténuent la pauvreté plutôt que de l’accentuer.

Cette action fait partie d’une campagne mondiale de plusieurs centaines d’organisations non-gouvernementales, de syndicats et de mouvements sociaux, a précisé Antonio Hautle, directeur de «l’Action de Carême». Trois journées d’action seront organisées à l’occasion desquelles des millions de personnes sont priées de porter des rubans blancs en signe de protestation contre le «scandale de la pauvreté» et exiger des gouvernements des actions concrètes. JB

Encadré

La Suisse doit contribuer aux objectifs du Millénaire

A l’occasion d’une retraite consacrée à la politique extérieure, le Conseil fédéral doit discuter la semaine prochaine de la contribution de la Suisse aux objectifs du Millénaire. La communauté internationale les a adoptés à l’unanimité en 2000. Le but est la diminution de moitié du nombre de personnes dans l’extrême pauvreté – c’est-à-dire vivant avec moins d’un dollar par jour et souffrant de la faim – , et d’améliorer massivement la santé, l’éducation et l’accès à l’eau potable, jusqu’en 2015. Les pays industrialisés se sont engagés à contribuer à la réalisation de ces objectifs par la mise en place d’un système commercial et financier plus équitable, l’augmentation de l’aide publique au développement et un allègement substantiel de la dette des pays pauvres. JB

Encadré

2005, année déterminante pour la coopération au développement

2005 est une année déterminante pour la coopération au développement. Du 14 au 16 septembre prochain se tiendra en effet à New York le Sommet spécial de l’ONU sur les objectifs du Millénaire (Sommet M + 5). Il y a cinq ans, la communauté internationale adoptait unanimement la Déclaration du Millénaire afin de lutter, dans un effort commun jusqu’en 2015, contre l’extrême pauvreté et les inégalités. La rencontre extraordinaire de septembre constatera que trop peu d’initiatives ont été prises et que de nouvelles mesures sont nécessaires pour atteindre les objectifs fixés, relève la Communauté de travail des oeuvres d’entraide. Tant les pays industrialisés que les pays en développement seront mis à contribution. Le Conseil fédéral définira sa position lors de sa retraite du 18 mai prochain consacrée à la politique extérieure. Jusque là, il avait manifestement ignoré le fait que la Déclaration du Millénaire engageait aussi la Suisse à des actes concrets, déplore la Communauté de travail. (apic/com/be)

13 mai 2005 | 00:00
par webmaster@kath.ch
Temps de lecture : env. 4  min.
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