Le Rwanda en période de réconciliation, 11 ans après le génocide

Rwanda: Les évêques demandent l’attention de Benoît XVI envers leur pays

Kigali, 18 mai 2005 (apic) Le président de la Conférence épiscopale du Rwanda, Mgr Alexis Habiyambere, a souhaité que Benoît XVI se montre attentif à son pays. C’est ce que l’évêque en visite Ad Limina à Rome a déclaré le 17 mai à l’agence I.MEDIA, partenaire de l’Apic. Il a aussi évoqué les grands défis de son Eglise, à commencer par celui de la réconciliation après le génocide de 1994.

«L’Eglise catholique du Rwanda a été très heureuse d’avoir un pape, et nous avons été très content de sa nomination», a déclaré Mgr Habiyambere, évêque de Nyundo, évoquant l’élection de Benoît XVI, le 19 avril dernier. «Nous espérons que le nouveau pape se montrera très attentif à ce qui se passe dans ce pays, pour pouvoir aider les gens qui sont passés par le moment difficile du génocide», a-t-il déclaré.

Le génocide en 1994 «a marqué toute la société rwandaise et toute l’Eglise», a-t-il souligné, rappelant que Jean Paul II avait été un pape «très attentif» et «très proche de l’Eglise catholique du Rwanda». «Il a montré qu’il se préoccupait vraiment de ce qui se passait dans le pays». On attend aussi de Benoît XVI «qu’il puisse nous aider», a alors lancé le président de la Conférence épiscopale du Rwanda.

Le tissu social a été déchiré

Evoquant par la suite les grands défis de l’Eglise du Rwanda, l’évêque africain a évoqué celui de la réconciliation. Dans cette «société qui sort du génocide», «le tissu social a été déchiré et il faut le reconstituer» complètement. «Vous connaissez votre propre histoire d’Europe», a-t-il continué. Ces derniers temps vous avez célébré les 60 ans de la Libération» et pourtant, c’est encore dans tous les esprits. Pour nous, c’»est un travail très lent, un processus qui prend du temps», et régulièrement «nous revivons douloureusement le passé», lorsque nous enterrons encore «les ossements, les restes des personnes».

Pour Mgr Habiyambere, travailler à la réconciliation, c’est notamment «créer un climat où les gens se sentent responsables». C’est pourquoi «nous investissons beaucoup dans la jeunesse». «Nous formons donc la jeunesse, et nous leur racontons les événements, en leur demandant de prendre en main leur propre avenir et de ne pas retomber dans ce qui s’est passé». «S’occuper de la jeunesse», c’est aider «la société rwandaise et l’Eglise à se bâtir», a-t-il déclaré. Les moins de 25 ans représentent quelque 60% de la population au Rwanda et l’Eglise catholique possède de nombreuses écoles primaires et secondaires.

Evêque de l’un des plus grands diocèses du pays, proche de la frontière avec la République démocratique du Congo, Mgr Habiyambere a aussi évoqué les prisons, remplies après le génocide, et les nombreuses personnes en attente de jugement. «Il faut trouver une justice qui réconcilie le peuple rwandais», a-t-il souligné. «Il faut faire en sorte qu’il n’y ait plus de division, sinon, on risque de retomber dans ce qui s’est passé». «C’est un très grand défi qui nous attend, qui attend la société et l’Eglise rwandaise», a-t-il continué.

Le christianisme a changé les habitudes

Evoquant ensuite la colonisation et l’évangélisation du Rwanda par les Pères Blancs, en 1900, Mgr Habiyambere a souligné combien le christianisme avait «changé les habitudes des gens», concernant par exemple «la polygamie, l’éducation, le sens de l’autorité, les références sociales, l’égalité, l’école et fait d’avoir appris à écrire». «Il y a donc quelque chose qui a changé dans la société africaine à cause de la colonisation». «A cause et grâce à la colonisation», a-t-il précisé. «Quand on voit le pays avant 1900 et qu’on voit le Rwanda 100 ans après, il y a des changements très positifs». Il a cependant ajouté que la colonisation, «un phénomène un peu ambigu», avait aussi eu des aspects négatifs, faisant ainsi référence aux paroles de Benoît XVI qui a souligné devant le clergé romain le 13 mai dernier, que l’Europe avait apporté la foi à l’Afrique mais aussi ses vices.

Enfin, le président de la Conférence épiscopale du Rwanda a évoqué les nombreuses vocations sacerdotales qui fleurissent au Rwanda et que «malheureusement, nous ne savons pas accueillir». «Il faudrait créer des structures, mais nous n’avons pas de moyens financiers, ni de professeurs de philosophie, de théologie.». Selon lui, «c’est à la fois une grâce et un défi». «Puisque nous avons les vocations, peut-être avons-nous la vocation d’être missionnaire», s’est-il interrogé, précisant que le Rwanda, où sont déjà nées de nombreuses congrégations religieuses, est «déjà missionnaire en Afrique». Evoquant l’Europe, qui manque de vocations, le prélat africain a émis l’idée qu’ils pourraient un jour s’y rendre en mission. (apic/imedia/ms/bb)

18 mai 2005 | 00:00
par webmaster@kath.ch
Temps de lecture : env. 3  min.
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