Pas de mots d’ordre, mais des recommandations
Angleterre: Le primat de l’Eglise catholique d’Angleterre se penche sur les élections
Londres, 4 mai 2005 (Apic) Le primat de l’Eglise catholique d’Angleterre se penche sur les élections législatives britanniques du 5 mai 2005. Le cardinal Cormac Murphy-O’Connor ne donne bien entendu aucun mot d’ordre, mais aborde des questions de sociétés et de morales.
L’Eglise catholique d’Angleterre recommande de se pencher en priorité sur les thèmes fondamentaux de la vie, de la famille, de l’instruction, de la réforme des prisons, du développement, de l’immigration et des demandeurs d’asile dans le cadre des élections législatives au Royaume-Uni, du 5 mai 2005.
Pour le cardinal Cormac Murphy-O’Connor, interrogé le 1er mai 2005 par le quotidien italien «Avvenire», certaines lois concernant l’avortement et la bioéthique, ou encore l’interdiction faite au souverain anglais de se marier avec un catholique pourraient aussi évoluer prochainement. En outre, l’archevêque de Westminster a souligné sa proximité avec les autres religions et son espérance pour une Europe chrétienne.
Interrogé sur les recommandations de l’Eglise catholique anglaise concernant les élections, le cardinal a répondu que «la Conférence épiscopale anglaise a présenté un document dans lequel elle demande de donner des réponses à des thèmes que nous retenons fondamentaux: la vie, la famille, l’instruction, la réforme des prisons, le développement, l’immigration, les demandeurs d’asile». «Nous voulons savoir des candidats», conservateurs ou travaillistes, «quel est leur point de vue concernant les immigrés, la façon dont ils pensent faire front à l’urgence du sida, quelle partie de notre PNB nous destinons au tiers monde», a expliqué le cardinal anglais.
«Je crois que les catholiques doivent avoir un rôle plus incisif dans la vie publique et ils commencent déjà à l’avoir», a encore commenté le cardinal. Le primat d’Angleterre et du pays de Galles a expliqué que «les Anglais pensent que la religion est quelque chose relevant du domaine privé dont on ne parle pas en public, contrairement aux Etats-Unis». «Pour Bush, il est naturel de citer Dieu dans ses discours. Blair ne pourrait pas le faire», a-t-il ainsi illustré.
Rapports avec les anglicans
Concernant la possibilité d’une entente entre les différentes confessions religieuses, l’archevêque a affirmé que lui-même, l’archevêque de Canterbury, le chef de la communauté juive et le responsable de la communauté islamique de Londres étaient en contact permanent et se rencontraient régulièrement. Mais surtout, pour le cardinal «l’unité entre les Eglises est possible».
Sur 50 millions d’Anglais, 31, 5 millions sont anglicans, 5 millions sont catholiques, 1,4 million sont méthodistes, 900’000 sont musulmans et 410’000 juifs.
«Je pense que le rapport avec les anglicans est bon, les évêques anglicans et catholiques se rencontrent régulièrement, je dirais qu’ils coopèrent très bien», a encore souligné le cardinal, ajoutant qu’il était en «d’excellents termes» avec l’archevêque anglican de Canterbury. «Il est dommage que les différences doctrinales aient crée des obstacles à une plus grande unité», a-t-il toutefois reconnu. Il y a en effet «des thèmes éthiques qui nous divisent et sur lesquels nous avons des difficultés à parler d’une seule voix».
La séparation de l’Eglise d’Angleterre d’avec Rome remonte au XVIe siècle, lorsque le roi Henri VIII se fait proclamer chef de l’Eglise d’Angleterre par l’assemblée de son clergé, en 1531. C’est à la suite de la rencontre de mars 1966 entre l’archevêque de Canterbury de l’époque, Michael Ramsey et le pape Paul VI, que le dialogue entre catholiques et anglicans a pu commencer officiellement. Aujourd’hui, l’admission des femmes au sacerdoce, la question du rôle et de l’autorité du pape représentent des obstacles majeurs au dialogue entre les deux Eglises, malgré de bons rapports généraux.
Le christianisme en Europe
L’archevêque de Canterbury, Rowan Williams s’est ainsi rendu à la messe d’inauguration de pontificat de Benoît XVI au Vatican le dimanche 24 avril dernier. Par ailleurs, une délégation internationale d’anglicans et de catholiques romains a convenu de lancer un rapport commun intitulé «Marie: grâce et espoir en Christ» sur leur compréhension de la place de Marie dans la doctrine et la vie de l’Eglise, le 16 mai prochain. Toutefois, les diverses Eglises anglicanes réunies officiellement sous le nom de Communion anglicane avec pour chef spirituel «symbolique» l’archevêque de Canterbury connaissent de graves dissensions sur les sujets de l’ordination épiscopale de femmes et d’homosexuels.
Quoiqu’il en soit, l’archevêque de Westminster, interrogé sur l’avenir du christianisme en Europe et au Royaume-Uni, a répondu qu’il était optimiste. «Je crois que le christianisme changera de forme dans les années à venir mais il sera efficace d’une façon différente mais avec une influence réelle».
Concernant un éventuel changement de loi relatif à l’avortement, l’archevêque de Westminster, rappelant que le nombre d’avortements annuel montait à 180’000 cas, a affirmé penser «que la population a été secouée en voyant les images télévisées de foetus tués à 24 semaines». Les politiciens et citoyens se sont rendus compte que «ce thème est important», a-t-il poursuivi. Si beaucoup de personnes considéraient auparavant que la décision d’avorter devait «être laissée aux mains du gouvernement» ou «confiée» aux femmes, maintenant on commence à se demander s’il n’y a pas «un autre sujet qui doit être écouté : l’enfant», a-t-il encore souligné.
Comité d’éthique
A propos du projet de constituer un comité d’éthique dans son pays, véritable «laboratoire» en matière de bioéthique, le cardinal a expliqué qu’il voulait essayer «d’obtenir un accord» pour ce comité soit composé «d’experts de différentes disciplines». Ainsi «les choix sur un thème aussi délicat» ne seraient «pas décidés par un groupe restreint de personnes nommées par le gouvernement, mais par une plus large représentation, incluant les communautés religieuses».
Enfin, concernant la loi interdisant au souverain britannique d’épouser un catholique, le cardinal Murphy-O’Connor a estimée qu’elle finirait par être modifiée. Quand le moment arrivera, «si je peux me rendre utile dans cela, je le ferai». Beaucoup commencent en effet «à penser qu’il est étrange que le futur monarque puisse épouser quiconque (musulman, bouddhiste, juif) sauf un catholique».
Selon une enquête de l’institut Populus réalisée pour le quotidien Times, le Labour obtiendrait 40% des suffrages contre 31% pour le principal parti d’opposition, les Conservateurs, et 22% pour les Libéraux démocrates, lors des élections législatives anglaises de jeudi prochain 5 mai. Mais attention aux indécis, qui pourraient donner quelques sueurs froides au parti de Blair, y compris au parti pris de ce dernier pour la guerre en Irak, aux côtés de Bush. (apic/imedia/ar/pr)




