Un instrument de dialogue, notamment avec les législateurs
Rome: Mgr Anatralla commente le Lexique des termes ambigus et controversés sur la vie
Propos recueillis à Rome par Ariane Rollier, I.MEDIA
Rome, 1er juin 2005 (Apic) Le Lexique des termes ambigus et controversés sur la vie, la famille et les questions éthiques, dont la version française paraît ce 1er juin, se veut un instrument de dialogue, notamment avec les législateurs, selon Mgr Tony Anatrella, spécialiste en psychiatrie sociale.
Ce consulteur du Conseil pontifical pour la famille a été interrogé fin mai par l’agence I.MEDIA, partenaire de l’Apic à Rome, sur le Lexique, dont il est l’auteur de plusieurs articles.
Apic: Quand le projet du Lexique est-il né?
T. Anatrella: Le Lexique est une oeuvre de longue haleine. Il a commencé en 1994 à la suite de la Conférence sur la population au Caire, organisée par le Fond des Nations unies pour la population, l’une des institutions de l’Onu. A cette occasion, on a vu se développer tout un langage, toute une sémantique, pour ne pas dire un jargon, qui apparaissait dans un premier temps relativement compréhensif. Mais, lorsque l’on approfondissait ces notions, on se rendait compte qu’elles étaient vraiment très ambiguës.
Apic: Pouvez-vous donner un exemple de ces ambiguïtés?
T.A: L’une des expressions souvent utilisée était celle de la ’santé reproductive’. Dans un premier temps, bon nombre de participants ont pensé que cela signifiait prendre soin de la mère, de l’enfant, de la famille. Mais, en regardant de plus près, on a compris que quand on parlait de ’santé reproductive’ dans les documents du Fond des nations unies pour la population, il s’agissait surtout de contraception et d’avortement. Face à ce problème de langage, beaucoup de gens ont été un peu perdus, et ne voyant pas très bien à quoi correspondaient toutes ces formulations, ils ont demandé un approfondissement.
Apic: Comment le Lexique s’est-il alors concrètement constitué ?
T.A: Dès 1994, le Conseil pontifical pour la famille a eu l’idée de composer un lexique, qui devait être un petit livre assez bref destiné à répondre à cette demande. Mais, en travaillant sur ce document, on s’est rendu compte que le problème était de plus grande amplitude et qu’il fallait changer de méthode. Un certain nombre de spécialistes reconnus dans le monde entier ont alors été sollicités pour rédiger des articles abordant les problèmes pointus. Il s’agissait d’analyser tous les termes utilisés aujourd’hui pour parler de la famille, de la bioéthique, de la santé et de la procréation, et de mettre en perspective les enjeux à la fois humains et sociaux révélés par cette nouvelle idéologie, dont l’Onu est porteuse.
Apic: L’Onu est-elle la seule institution porteuse d’idéologie et à l’origine de ces termes ambigus ?
T.A: Le point de départ est la conférence du Caire, mais la question s’est élargie car, dans l’ensemble du monde occidental, on invente aujourd’hui un nouveau langage pour gommer des réalités qu’on connaissait autrefois ; cela sous l’influence des sociologues qui inventent une nouvelle sémantique autour de la famille ou encore de certains biologistes – voire de médecins – autour de la procréation. Pour masquer les problèmes et les enjeux, ceux qui s’occupent de la famille, de médecine, de bioéthique nous proposent ces attitudes, ces comportements, voire ces techniques, à travers un langage qui se veut positif.
Au lieu de parler d’avortement, on parle d’interruption volontaire de grossesse, au lieu de parler d’eugénisme, on parle d’interruption médicale de la grossesse. Tout est traduit en termes positifs pour avoir l’impression de faire quelque chose qui est valable et qui est juste, alors qu’on fait l’impasse sur les problèmes que posent ces comportements. Sans faire de catastrophisme, il faut dire que la situation est très grave aujourd’hui pour tout ce qui concerne la famille, la sexualité et la bioéthique.
Apic: Une première version du Lexique est donc parue en Italie en 2002, suscitant de vives réactions, notamment autour des articles sur l’homosexualité et le préservatif. Depuis, des versions ultérieures ont- elles été publiées dans d’autres pays ?
T.A: La première édition, italienne, compte près de 80 articles. Une édition a ensuite été réalisée pour l’Espagne, et publiée début 2004. A cette occasion, d’autres articles ont été ajoutés, avec des auteurs espagnols, pour tenir compte de la situation locale. Actuellement, une version anglaise est en cours de préparation. Je pense qu’elle devrait sortir en 2005 ou 2006. Là aussi, il y aura un certain nombre d’ajouts du monde anglophone. Et puis, il y a l’édition française, qui regroupe 72 auteurs pour 90 ou 95 articles.
Apic: Quelles sont les différences essentielles entre ces versions, sachant que les problématiques en Europe occidentale sont assez similaires, mais que chaque pays connaît ses spécificités ?
T.A: Dans le monde occidental, les problématiques sont à peu près les mêmes. Mais il faut adapter certains articles aux différentes configurations culturelles. Par exemple en France, on n’en n’est pas encore au ’bébé médicament’, où un enfant va être conçu pour que ses produits biologiques, voire ses organes, puissent être utilisés afin de soigner par exemple un membre de la famille, de la fratrie. En Angleterre, c’est quelque chose qui se met en place ; on est en train d’instrumentaliser la conception d’un être humain. Il est évident qu’il y a des articles qui soulignent davantage cette problématique. C’est aussi au gré de l’expérience qui est faite du Lexique, qu’on nous demande d’ajouter de nouveaux textes.
Apic: Le Lexique est-il un instrument pastoral ? Quelles sont vos attentes par rapport à la sortie de la version française ?
T.A: Le Lexique est un texte de nature universitaire écrit par des professionnels des différentes questions. Il manifeste la façon dont l’Eglise réfléchit sur ces grandes questions par l’intermédiaire de personnalités compétentes, de façon à nommer les problèmes, les enjeux et ce que l’on pourrait faire. Il est destiné, dans un premier temps, aux décideurs, c’est-à-dire aux politiques, aux membres d’associations, aux éducateurs, aux formateurs et à tous ceux qui s’intéressent à ces grandes questions. C’est un livre qui est très clair, très précis et lisible par tous. Le Lexique est un instrument de travail et se veut un instrument de dialogue. On y approfondit différentes notions pour qu’il y ait un échange, un dialogue et une réflexion qui soient engagés, et que l’on s’interroge sur notre façon de fabriquer des lois dans la société avec beaucoup plus de vigueur qu’on ne le fait aujourd’hui. L’Eglise se mêle de ces questions parce qu’elle a une expérience séculaire et une connaissance de l’homme. Face aux mouvements idéologiques, il faut en venir au principe de raison. (apic/imedia/ar/bb)




