Le pape prône une saine laïcité de l’Etat

Rome: Benoît XVI en visite au palais présidentiel italien

Rome, 24 juin 2005 (Apic) Pour Benoît XVI, en visite au palais présidentiel italien pour la première fois depuis le début de son pontificat, une saine laïcité de l’Etat est légitime à condition qu’elle n’exclue pas les références éthiques qui trouvent leurs fondements dans la religion. C’est ce qu’il a déclaré au président italien Carlo Azeglio Ciampi, le 24 juin 2005, au palais du Quirinal. Dans son discours, le pape s’est aussi exprimé sur l’Europe, sur les questions de la vie, de la famille et de l’éducation.

«Les relations entre l’Eglise et l’Etat italien sont fondées sur le principe (.) selon lequel ’la communauté politique et l’Eglise sont indépendantes et autonomes, l’une et l’autre dans leur propre domaine, a rappelé Benoît XVI. «C’est un principe qui est déjà présent dans les pactes du Latran (1939) et confirmé dans les Accords de modification du Concordat (1984)». «Une saine laïcité de l’Etat est donc légitime, en vertu de laquelle les réalités temporelles se règlent selon leurs normes propres, sans toutefois exclure ces références éthiques qui trouvent leurs fondements ultimes dans la religion», a-t-il souligné. «L’autonomie de la sphère temporelle n’exclue pas une intime harmonie avec les exigences supérieures et complexes, dérivant d’une vision intégrale de l’homme et de son destin éternel».

Les Accords du Latran ont mis fin aux dissensions entre le royaume d’Italie et le pape en 1929. Ils ont créé l’Etat de la Cité du Vatican et, en scellant un concordat entre les deux pays, ont instauré des relations particulières et privilégiées entre les deux Etats.

«Mon désir est que le peuple italien, non seulement ne renie pas l’hérédité chrétienne qui fait partie de son histoire, mais la garde jalousement et la porte à produire encore des fruits dignes du passé», a aussi déclaré le pape. «L’Eglise désire maintenir et promouvoir un esprit cordial de collaboration et d’entente au service de la croissance spirituelle et morale du pays, auquel elle est liée par des liens très particuliers qu’il serait gravement néfaste, non seulement pour elle mais aussi pour l’Italie, de tenter d’affaiblir et de diviser», a ajouté le pape. «La culture italienne est une culture intimement imprégnée de valeurs chrétiennes, comme il apparaît dans les splendides chefs d’oeuvres que la nation a produits dans tous les champs de la pensée et de l’art».

La contribution de l’Italie

Le pape s’est par ailleurs dit confiant en l’Italie, souhaitant que sous «la conduite sage et exemplaire de ceux qui sont appelés à la gouverner», elle continue à «suivre dans le monde la mission civilisatrice par laquelle elle s’est tant distinguée au cours des siècles». «En vertu de son histoire et de sa culture, l’Italie peut apporter une contribution très valide, en particulier à l’Europe, l’aidant à retrouver ces racines chrétiennes qui lui ont permis d’être grande dans le passé et qui peuvent encore aujourd’hui favoriser l’unité profonde du continent».

Par la suite, Benoît XVI a fait part des «grandes préoccupations qui accompagnent» le début de son pontificat. «Parmi elles je voudrais en signaler quelques unes qui, pour leur caractère universellement humain, ne peuvent pas ne pas intéresser aussi celui qui a la responsabilité des choses publiques». «Je fais allusion au problème de la tutelle de la famille fondée sur le mariage, qui est reconnu aussi dans la Constitution italienne, au problème de la défense de la vie humaine de sa conception jusqu’à son terme naturel et enfin au problème de l’éducation et de l’école, apprentissage indispensable pour la formation des nouvelles générations», a insisté le pape.

La famille, l’école

«L’Eglise voit dans la famille une valeur très importante qui doit être défendue de chaque attaque visant à en menacer la solidité et à en mettre en question son existence même», a affirmé Benoît XVI. «Dans la vie humaine ensuite, l’Eglise reconnaît un bien premier, fondement de tous les autres biens, et demande pour cela qu’elle soit respectée, tant dans ses débuts qu’à la fin, soulignant aussi le devoir d’adapter les soins palliatifs qui rendent la mort plus humaine».

S’exprimant ensuite sur l’école, le pape a estimé que «sa fonction se connecte à la famille comme une expansion naturelle du devoir de formation de cette dernière». «A ce sujet, je ne peux pas ne pas exprimer l’espoir que soit respecté concrètement le droit des parents à un libre choix de l’éducation, sans devoir supporter pour cela la charge supplémentaire de poids ultérieurs «. «Je souhaite que les législateurs italiens, dans leur sagesse, sachent donner aux problèmes aujourd’hui évoqués, des solutions humaines», a-t-il souligné.

Le pape a aussi assuré «la nation italienne tout entière», de son engagement à travailler de toutes ses forces «pour le bien religieux et civil». «L’annonce de l’Evangile (.) est au service non seulement de la croissance du peuple italien dans la foi et dans la vie chrétienne, mais aussi de son progrès sur les chemins de la concorde et de la paix».

Le devoir de promouvoir le bien commun

Quand son message de l’Eglise est accueilli, «la communauté civile se fait aussi plus responsable, plus attentive aux exigences du bien commun et plus solidaire avec les personnes pauvres, abandonnées, marginalisées», a soutenu le pape. «Parcourant l’histoire italienne, on reste impressionnés par les nombreuses oeuvres de charité auxquelles l’Eglise, avec de grands sacrifices, a donné vie pour le soulagement de chaque genre de souffrance». «Sur cette même voie, l’Eglise entend aujourd’hui poursuivre son chemin, sans mire de pouvoir ou sans demander des privilèges ou des positions d’avantages sociaux ou économiques», a-t-il déclaré.

«J’exprime enfin l’espoir d’un progrès continue du pays sur le chemin du bien être spirituel et matériel», a continué Benoît XVI. «Je m’associe à vous pour exhorter tous les citoyens et toutes les composantes de la société à vivre et à oeuvrer toujours en esprit d’authentique concorde, dans un contexte de dialogue ouvert et de confiance mutuelle, dans le devoir de servir et promouvoir le bien commun et la dignité de chaque personne», a-t- il conclu.

Une visite orchestrée

C’est à 10h30 que le pape a quitté le Vatican pour se rendre au palais du Quirinal pour sa première visite officielle au président italien. A la limite de la place Saint-Pierre, Benoît XVI est descendu un instant de sa Mercedes noire décapotable pour saluer, devant divers corps d’armée alignés, une mission extraordinaire du gouvernement italien, guidée par le ministre des Affaires étrangères, Gianfranco Fini. Selon les accords du Latran, la place saint Pierre appartient au Vatican. Le pape a donc été accueilli sur le sol italien.

Faisaient partie de la suite papale, le cardinal secrétaire d’Etat, Angelo Sodano, le président de la Commission pontificale pour l’Etat de la Cité du Vatican, Edmund Casimir Szoka, le président de la Conférence épiscopale italienne, le cardinal Camillo Ruini, le substitut de la Secrétairerie d’Etat, Mgr Leonardo Sandri, le secrétaire pour les relations avec les Etats, Mgr Giovanni Lajolo, le préfet de la Maison pontificale, Mgr James Harvey et le conseiller général de l’Etat de la Cité du Vatican, le professeur Cesare Mirabelli.

Vêtu du brocard rouge qu’il avait le jour de son élection et de sa soutane blanche, le pape est ensuite remonté dans sa voiture découverte, accompagné de son secrétaire particulier, le père Georg Ganswein. Une escorte officielle de motards a encadré la voiture papale jusqu’à la place de Venise où le pape s’est arrêté un instant à 10h45 pour saluer le maire de Rome, Walter Veltroni. Le pape a ensuite rejoint le palais présidentiel, escorté par la garde montée, où il a été accueilli par le président Azeglio Ciampi dans la cour du palais.

Le président Ciampi et Benoît XVI ont ensuite écouté l’hymne pontifical et l’hymne national italien, avant que le drapeau du Vatican ne soit dressé à côté du drapeau italien. Puis les deux hommes se sont rendus dans les appartements pontificaux. Après avoir récité une brève prière dans la chapelle Pauline du Quirinal, le pape et le président italien se sont entretenus en privé durant 30 minutes. A la fin de l’entretien, la femme du président, Franca, est venue saluer chaleureusement le pape qui paraissait très ému. Puis les deux hommes ont rejoint le ’salon des fêtes’ où ils ont tenus leur discours.

S’exprimant avant le pape sur la laïcité, le président italien a souligné «la nécessaire distinction entre le credo religieux de chacun et la vie de la communauté civile réglée par les lois de la République». Cette distinction «a consolidé, à travers les siècles, une profonde concorde entre Eglise et Etat». «La délimitation des domaines respectifs renforce la capacité d’autorités de la République et des autorités religieuses de mener les missions respectives et de collaborer pour le bien des citoyens», a souligné le président Ciampi.

Benoît XVI a quitté le Quirinal à 12h50 pour rejoindre le Vatican. Debout dans sa Mercedes décapotable, il a salué la foule sur tout le trajet. Accueilli au Vatican par la garde suisse pontificale, le pape a aussi salué les gardes du corps qui ont couru derrière sa voiture depuis le Quirinal. Il est rentré au Vatican, à 13h15.

Le 3 mai dernier, Benoît XVI avait reçu la visite officielle au Vatican du président de la République italienne accompagné de son épouse. Le président italien avait alors invité le nouveau pape à se rendre au palais présidentiel du Quirinal le 24 juin prochain.

Il avait été prévu que Jean Paul II s’y rende en visite officielle le 29 avril 2005, jour de la sainte Catherine, patronne de l’Italie. Le pape avait répondu positivement à l’invitation de Carlo Azeglio Ciampi, le 18 février 2005. Mais finalement, suite au décès de Jean-Paul II le 2 avril, le président italien et son épouse s’étaient rendu, le 29 avril dernier, sur la tombe de Jean Paul II pour y prier.

La 8e visite

La dernière visite officielle d’un pape au Quirinal remonte au 20 octobre 1998. Jean-Paul II s’était alors rendu en visite officielle auprès du président Oscar Luigi Scalfaro.

C’est la 8e fois qu’un pape se rend au Quirinal, depuis que le Quirinal a cessé d’être une résidence papale, en 1870, après la prise de Rome par les Républicains et le roi Victor Emmanuel II : Pie XII en 1939 pour tenter de convaincre, en vain, Victor Emmanuel III de ne pas entrer en guerre, Jean XXIII, le 11 mai 1963, pour le Prix Balzan pour la paix, Paul VI, le 11 janvier 1964 et le 21 mars 1966 – ce fut pour le pape Paul VI l’occasion de remercier officiellement l’Italie d’avoir favorisé le déroulement du Concile Vatican II – et Jean-Paul II en 1982, 1984 et 1998.

Economiste, Carlo Azeglio Ciampi a été élu dixième président de la République italienne, en 1999. Il avait alors rendu une visite officielle à Jean-Paul II le 19 octobre 1999, au Vatican. Jean Paul II et Carlo Azeglio Ciampi entretenaient des liens amicaux très forts. Tous deux âgés du même âge, ils étaient régulièrement en contact. Ils se retrouvaient parfois pour déjeuner, comme en juillet 2002 et 2003, ou plus récemment en janvier 2005, Jean-Paul II ayant invité le président de la République italienne et sa femme Franca à déjeuner au Vatican. (apic/imedia/ms/pr)

24 juin 2005 | 00:00
par webmaster@kath.ch
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