Des milliers d’enfants toujours victimes d’un trafic international
Afrique de l’Ouest: Des familles démunies vendent leurs enfants
Cotonou, 27 avril 2005 (Apic) Des milliers d’enfants d’Afrique de l’Ouest sont toujours victimes d’un trafic international lucratif. Bien souvent, leur propre famille est derrière ce commerce. Cette situation est favorisée par les traditions sociales, rapporte l’Agence de presse de l’Onu, Irin
En Afrique de l’Ouest, les familles démunies «vendent» leurs enfants, rapporte l’agence de presse de l’ONU Irin (Réseau Régional d’Informations Intégrées). «Il est, en effet, fréquent dans les familles d’Afrique occidentale, qu’un parent confie son enfant à un proche pour l’éducation ou l’apprentissage d’un métier. Mais souvent, cette confiance est utilisée de manière abusive» écrit l’agence, qui rapporte les propos de Rogatien Biaou, ministre des Affaires Etrangères et de l’Intégration Africaine. Selon lui, «la pauvreté croissante oblige les familles à accepter de livrer leurs enfants aux trafiquants, et la perméabilité des frontières facilite l’impunité de ce trafic».
Les gouvernements du Bénin et du Togo, deux des pays les plus touchés par le phénomène, travaillent en collaboration avec les Organisations Non Gouvernementales (Ong) et l’Unicef pour lutter contre le fléau, Mais la tâche est complexe.
Deux des régions les plus défavorisées du monde
Zakpota et Sokode sont deux régions pauvres, situées l’une au Bénin, et l’autre au Togo. Elles sont considérées comme les provinces les plus défavorisés du monde. L’Onu estime que la majorité de leurs populations vit avec moins d’un dollar par jour. Il y a deux ans, Zakpota a été au centre d’un scandale de trafic d’enfants après que plusieurs enfants de la région eurent été découverts dans une carrière nigériane.
Dieudonné, un garconnet de 10 ans, orphelin de père, est originaire de Zakpota. Sa mère, devenue veuve, l’a livré aux trafiquants en échange d’une rétribution nécessaire à la subsistance de la famille. L’enfant a d’abord été envoyé auprès de son oncle pour travailler dans ses champs au Nigeria. Au bout d’une semaine, celui-ci, à son tour, l’a envoyé dans une carrière. Il faisait partie de 250 enfants béninois victimes du trafic.
Agé de 14 ans et après des années de dur labeur qui ont rendu ses mains rugueuses, il est maintenant de retour au domicile parental. Grâce à l’Ong Terre des Hommes, d’origine suisse, «Terre des Hommes», il est heureux de retourner à l’école. Il partage son sort avec Zenabou, une jeune Togolaise de Sokode. Elle avait 8 ans, lorsque sa grande soeur, émigrée au Gabon depuis 1993, a envoyé quelqu’un pour la retirer du domicile parental, arguant du fait qu’elle poursuivrait ses études à Libreville.
Convoyée vers le Gabon pour y vendre des beignets au marché
A l’arrivée, Zenabou a été contrainte d’exercer des travaux ménagers chez sa soeur, puis de vendre des beignets au marché. «Un jour, nous avons reçu la visite d’un monsieur qui nous apportait une commission de la part de ma soeur, déjà employée comme travailleuse au Gabon et m’enjoignant à la rejoindre», se souvient Zenabou, âgée de 18 ans aujourd’hui. » Peu après cette visite, Zenabou, comme d’autres enfants, s’est retrouvée sur le chemin du Gabon. «Je ne me rappelle pas du nombre, mais nous étions nombreuses à quitter Sokode.
On nous a fait partir à destination du Gabon à bord d’un bateau, Après une escale de deux semaines au Nigeria, où chacun n’avait droit qu’à un seul repas par jour, nous sommes arrivés au Gabon, épuisés par la faim et la fatigue».Pendant quatre ans, Zenabou a effectué des travaux ménagers. «Au Gabon, je devais me rendre quotidiennement au marché. Je me levais à 3 heures du matin pour frire et emballer les beignets jusqu’à 10 heures pour 30 000 Cfac (environ 0,50 centimes). Ma soeur m’a dit une fois qu’elle envoyait régulièrement de l’argent à nos parents au Togo, ce qui était faux», a-t-elle confié. C’est l’ambassade du Togo au Gabon qui a organisé le rapatriement de Zenabou auprès de sa famille. Depuis, elle apprend la couture auprès de l’Ong locale qui lui a permis de retrouver sa famille. (apic/ibc/vb)




