Benoît XVI, un homme plus carré que Jean Paul II
Paris: Les journalistes de l’information religieuse rencontrent le luthérien André Birmelé
Paris, 29 juin 2005 (Apic) Sur le thème: «Benoît XVI, quelles perspectives oecuméniques?», l’Association des journalistes de l’information religieuse (Ajir) organisait ce mercredi 29 juin une rencontre avec le pasteur André Birmelé. Luthérien et doyen de la faculté de théologie protestante de Strasbourg, il a travaillé avec le cardinal Ratzinger au moment de l’accord luthéro-catholique de 1999 sur la grâce et la justification. Pour lui, il ne fait pas de doute que le nouveau pape est «un homme qui a beaucoup oeuvré à faire aboutir cet accord, «mais aussi un homme plus carré que Jean- Paul II et peu enclin aux ouvertures en matière d’ecclésiologie.
«Un homme absolument remarquable»: à deux reprises, le pasteur André Birmelé a ainsi qualifié Benoît XVI, précisant que c’était «un homme extrêmement précis, fin et ouvert, très difficile à mettre hors-jeu lors des discussions théologiques». Et de rappeler qu’il n’a jamais perçu le cardinal Ratzinger comme un «réactionnaire», image trop caricaturale. La preuve: avant même que de rejoindre la curie romaine il a toujours souhaité que l’accord luthéro-réformé aboutisse.
Dans les années 90, il manquait au sein de l’Eglise catholique une décision «politique» pour que ce dossier avance. Cette décision fut prise conjointement par Jean Paul II et le cardinal Ratzinger, préfet de la Congrégation pour la doctrine de la foi. Alors qu’en 1998, au sein même de cette congrégation, un front du refus – mené principalement par les cardinaux d’Espagne et d’Amérique latine -de la formule «la foi seule nous sauve» s’était constitué, c’est le même cardinal Ratzinger qui a proposé d’adopter ladite formule moyennant une explication sur l’évolution sémantique du mot «foi». Ce faisant, il a sauvé l’accord luthéro-réformé que Jean Paul II voulait expressément voir aboutir. Du reste, à cette occasion, le futur Benoît XVI a été surpris par l’ampleur des réticences des cardinaux ibériques et sud-américains et constaté, une fois de plus, combien leur sensibilité pouvait diverger de celle des cardinaux anglo- saxons ou germaniques, plus familiers des Eglises protestantes historiques. A commencer par l’ancien archevêque de Munich.
Un pape amené à des ouvertures et des fermetures
Autant celui-ci est capable d’une grande ouverture sur la compréhension du salut ou les sacrements, autant en matière d’ecclésiologie il campe sur des positions fermes sinon fermées, explique le pasteur André Birmelé. Et donc il n’est pas disposé à accorder aux Eglises historiques issues de la Réforme un statut autre que celui de simples communautés ecclésiales (et non d’Eglises à part entière). En cela, Benoît XVI, d’abord soucieux de l’unité de l’Eglise catholique, est vraiment l’homme de Dominus Iesus. Comparé à Jean Paul II, il est davantage «dans les clous» et carré. Parfaitement conscient des difficultés de son Eglise, aura-t-il les moyens d’y faire face? Pas sûr du tout, répond le pasteur Birmelé. Et d’expliquer que le nouveau pape sera probablement amené à procéder simultanément à des ouvertures et à des fermetures. Par exemple, il pourrait permettre aux divorcé(e)s d’accéder à la table eucharistique et, dans le même temps, réitérer le refus de l’ordination sacerdotale des femmes et même des hommes mariés.
Interrogé sur sa perception des blocages du dialogue oecuménique, le pasteur Birmelé a répondu que chacun, à son niveau, en était responsable, mais que la principale difficulté venait non pas des théologiens mais des «petits niveaux intermédiaires». Un exemple: le projet d’un grand synode européen des Eglises protestants historiques a été soumis à référendum. Son rejet est sans appel, à 87%. Il s’explique largement par la peur qui anime les uns et les autres de perdre un peu de leur autorité. Le pasteur Birmelé souligne par ailleurs les convergences profondes entres les luthériens, les réformés, les anglicans et les méthodistes. Ces derniers s’apprêtent, à la suite des luthériens, à signer avec l’Eglise catholique l’accord sur la justification par la foi. Une signature beaucoup plus difficile voire impossible pour les Eglises réformées pour la simple raison qu’elles ne sont pas organisées au niveau international en communion d’Eglises (à l’instar de la Fédération luthérienne mondiale). De fait, les Eglises réformées sont profondément réticentes à tout échelon supara-national, voire même supra-régional. (apic/jcn/bb)




