Samuel Schmid: progression de l’aide suisse au développement

New York: La Suisse mesquine au Sommet de l’ONU, estime l’Action de Carême

New York, 16 septembre 2005 (Apic) Au Sommet mondial de l’ONU à New York, qui a réuni quelque 150 chefs d’Etat ou de gouvernement à l’occasion du 60ème anniversaire de l’institution, la lutte contre la pauvreté a été reléguée au second plan, au profit d’autres thèmes, déplore l’Action de Carême. Qui estime que la Suisse a fait «piètre figure» en refusant – comme une poignée de pays de l’OCDE – à porter son aide au développement jusqu’au seuil du 0,7% du produit national brut (PNB) d’ici à 2015.

Concernant l’aide au développement, le président de la Confédération Samuel Schmid a pourtant estimé que tous les partenaires devaient augmenter et coordonner leurs efforts, afin d’atteindre les Objectifs du Millénaire pour le Développement (ODM). Ces objectifs comprennent notamment une réduction de moitié de l’extrême pauvreté et de la mortalité infantile ainsi qu’un arrêt de la propagation du sida d’ici 2015.

Devant l’assemblée de l’ONU, Samuel Schmid a assuré jeudi que l’aide au développement sera l’une des rares lignes du budget national de la Suisse en croissance au cours des prochaines années, «avec une augmentation totale de 8% pour la période 2005-2008». Le président a ajouté que la Suisse envisageait d’accroître encore ce pourcentage – actuellement de 0,41% – au-delà de cette date.

Pour l’Action de Carême, les Objectifs du Sommet du Millénaire pour le Développement à New-York étaient clairs: les Nations Unies voulaient, cinq ans après l’adoption de la Déclaration du Millénaire, vérifier dans quelle mesure les mécanismes mis en place en vue de réduire de moitié la pauvreté d’ici 2015 se révélaient suffisants.

Déception totale, pour l’Action de Carême

Mais la déception est totale, note Markus Brun, chef du service de Politique de développement à l’Action de Carême à Lucerne: on a à peine évoqué la pauvreté au cours de ces derniers jours. Pourtant, tout le monde ici sait que, pour beaucoup de pays, en particulier pour les pays africains au sud du Sahara, il ne subsiste quasiment plus de chance d’atteindre l’objectif fixé.

On savait qu’il existait des risques de détournement du Sommet vers des réflexions et des discussions portant sur la sécurité, le terrorisme, la réforme de l’ONU, des thèmes certes importants, relève Markus Brun. Il était particulièrement difficile pour les petites délégations des pays du Sud de s’impliquer dans les rondes de négociations, «âpres et peu transparentes».

Les représentants de la société civile tenus le plus souvent à l’écart

Les représentants de la société civile ont été, contrairement à l’usage, tenus le plus souvent à l’écart, déplore-t-il. Toutefois, au cours des derniers jours précédant l’ouverture du Sommet, le thème du développement a retrouvé un peu d’importance. Personne ne tenait à ce que le Sommet puisse être présenté comme un échec total.

Toujours est-il que dans le projet de déclaration finale – adoptée vendredi – , les participants au Sommet se réjouissent qu’il existe des pays disposant d’un calendrier précis en vue d’augmenter l’aide au développement jusqu’au seuil du 0,7% du produit national brut (PNB). Les autres pays sont invités à oeuvrer dans ce sens.

Le chapitre «Financing for Development» a été abordé peu après l’ouverture du Sommet.

Tous, de Kofi Annan au président de la Banque Mondiale en passant par le président du G77 – une coalition de pays en développement -, ont salué comme une percée l’ancrage de l’objectif bien connu du 0,7% du PNB. Ils ont exhorté ceux des pays de l’OCDE qui se complaisent dans une attitude de réserve à faire au moins aussi bien que l’Union Européenne. Celle-ci envisage d’atteindre 0,56% d’ici 2010 et 0,7% d’ici 2015. Cette exhortation s’adressait non seulement aux USA, à l’Australie et à la Nouvelle Zélande, mais aussi à la Suisse, «une exception au sein de l’Europe».

Le thème des «Nouvelles ressources pour le Développement» n’a pas davantage intéressé la Suisse, affirme l’Action de Carême. Ce thème a gagné en importance ces derniers jours dans le cadre des discussions menées sur place, «mais la Suisse n’a pas voulu s’y impliquer».

Que des déclarations d’intention, selon Alliance Sud

De son côté, Alliance Sud, l’ancienne Communauté de travail des six oeuvres d’entraide suisses Action de Carême, Swissaid, Pain pour le Prochain, Helvetas, Caritas et Eper, déplore que la rencontre du «Millénaire +5» n’ait pas abouti dans le domaine de la lutte contre la pauvreté à des décisions contraignantes, mais seulement à des déclarations d’intention.

Alliance Sud regrette que la Suisse ne se soit pas distinguée en ce qui concerne la lutte contre la pauvreté. Et la communauté de travail de citer Roberto Bissio, directeur de «Social Watch», un réseau international de la société civile basé en Uruguay, pour qui «une vision sans mise en pratique reste une hallucination.» Alliance Sud regrette vivement que la proposition du secrétaire général de l’ONU Kofi Annan de relever le financement de l’aide au développement à hauteur de 0,7% du PNB ait été laissée au libre choix des pays industrialisés.

Les Objectifs du Millénaire ne seront jamais atteints en 2015

Etant donné qu’il n’y a pas eu de progrès tant en matière d’endettement que de commerce ou des nouveaux instruments de financement du développement, Alliance Sud est d’avis que sur cette base, les Objectifs du Millénaire ne seront jamais atteints en 2015 et au-delà. La communauté de travail des oeuvres suisses d’entraide regrette également que le Conseil fédéral se soit prononcé contre des instruments de financement innovateurs sous forme d’impôts globaux, comme le proposaient avant tout la France et l’Allemagne.

Alliance Sud prend cependant au mot le président Samuel Schmid qui a reconnu que l’aide suisse au développement devait être augmentée, cependant seulement à partir de la prochaine législature. «Nous nous engagerons pour que cette vague promesse se concrétise», soulignent les ONG suisses. Qui promettent de tout faire pour éviter un nouveau coup porté à l’aide publique au développement en y intégrant les contributions à hauteur d’un milliard de francs suisses (réparties sur plusieurs années) au Fonds de cohésion de l’Union Européenne (UE).

Les autorités fédérales estiment que ces contributions doivent être puisées principalement dans l’argent de l’aide au développement, bien que de fait elles n’aient rien à voir avec la coopération au développement. Pour les ONG suisses, les accords bilatéraux avec l’UE ne doivent pas être honorés «sur le dos des pauvres dans les pays en développement». (apic/com/adc/as/be)

16 septembre 2005 | 00:00
par webmaster@kath.ch
Temps de lecture : env. 4  min.
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