Un demi millénaire au service du pape
Lucerne: Coup d’envoi des festivités du 500e anniversaire de la Garde suisse pontificale
Lucerne, 25 septembre 2005 (Apic) La Garde suisse pontificale, la «plus petite armée du monde», a entamé ce week-end à Lucerne les festivités de son 500e anniversaire. La célèbre Garde, qui se consacre à la protection des Souverains pontifes à Rome depuis un demi millénaire, était ce week-end au centre du premier acte officiel, en présence du conseiller fédéral Christoph Blocher. Dimanche, le président de la Conférence des évêques suisses, Mgr Amédée Grab, a présidé une messe solennelle.
Samedi, devant un demi millier d’ex-gardes suisses et de nombreux invités, le conseiller fédéral, lui-même fils de pasteur protestant, a salué avec force la loyauté des gardes pontificaux. Il a rappelé le souvenir de ceux qui, le 6 mai 1527, deux décennies seulement après la fondation de la Garde suisse pontificale, allaient donner leur vie pour protéger le pape. Face à 20’000 lansquenets allemands, a-t-il relevé, 147 des 180 gardes tombèrent au combat, dont leur commandant, le Zurichois Kaspar Roist. Ce sacrifice permit au pape de se réfugier au Château Saint- Ange et d’avoir la vie sauve.
«La loyauté à la parole donnée est l’un des piliers de notre Confédération»
Certes, a relevé C. Blocher, Kaspar Roist venait du canton dans lequel Zwingli imposait alors sa conception de la Réforme. «A première vue, a lancé le conseiller fédéral zurichois, la situation semble absurde: des soldats réformés qui sacrifient leur vie pour le pape!». Mais pour le chef du Département fédéral de justice et police (DFJP), ce qui compte avant tout, c’est la loyauté: «Etre loyal signifie pouvoir résister à toutes les tentations et la loyauté va au-delà des limites confessionnelles et de toutes les autres barrières. L’histoire nous enseigne donc que la loyauté à la parole donnée est l’un des piliers de notre Confédération».
Pour Christoph Blocher, la Suisse «non catholique» a au moins deux bonnes raisons de considérer la Garde suisse pontificale avec bienveillance et respect: «il s’agit de l’attachement commun aux valeurs chrétiennes fondamentales et de la volonté commune de défendre un idéal». La manifestation, rythmée par les salves des canonniers lucernois en tenue historique, s’est déroulée sur les quais au bord du lac.
L’Abbé d’Einsiedeln Martin Werlen a rappelé que l’existence de la Garde suisse pontificale rappelle toujours à nouveau l’Eglise suisse à sa «catholicité», qui semble faire peur aux Suisses. «Nous ne pouvons pas être Eglise sans la communauté vécue avec les toutes les autres Eglises locales, en particulier avec l’Eglise de Rome», a lancé l’Abbé Werlen, qui préside le comité de soutien des festivités.
Dans le cadre de la cérémonie, une plaque commémorative a été dévoilée à la Kurplatz de Lucerne. Auparavant, les ex-gardes en uniforme s’étaient rendus sur la Mühlenplatz à l’occasion d’une marche en étoile. Dimanche, c’est Mgr Amédée Grab, président de la Conférence des évêques, qui a présidé la messe solennelle dans l’église des jésuites de Lucerne. L’évêque de Coire a rappelé – en cette journée de votation sur la libre circulation des personnes de l’Union européenne – que si la Suisse, qui cherche sa place en Europe, renonce à Dieu et à la parole de Dieu, elle ne pourra être fidèle ni à sa tradition humanitaire ni même à un véritable objectif.
La fête de Lucerne a rappelé l’engagement des premiers gardes suisses pontificaux – ils étaient alors 150 – il y a 500 ans et leur départ à pied fin 1505 en direction de Rome. Il s’agissait à l’époque avant tout de Lucernois et de Zurichois.
Pour marquer cet événement durant l’année 2006, diverses manifestations souligneront les aspects politiques, militaires, culturels et religieux qui caractérisent cette présence suisse à Rome. (voir ci- dessous). Le 22 janvier 2006, à Fribourg et à Rome, une fête marquera l’entrée en service des premiers Gardes en 1506. Une messe sera présidée à Fribourg par le cardinal Georges Cottier, théologien de la Maison pontificale. Puis, du 7 avril au 3 mai 2006, la «Marche commémorative vers Rome» entraînera 80 anciens gardes sur les pas de leurs ancêtres, de Bellinzone à Rome.
Le vernissage de l’exposition temporaire sur la Garde suisse pontificale aura lieu le 24 juin 2006 au Château de Penthes à Pregny- Genève. La manifestation sera patronnée par la conseillère fédérale Micheline Calmy-Rey. Un livre souvenir relatera en automne 2006 les événements de l’année jubilaire. Par ailleurs, des timbres spéciaux seront émis conjointement par La Poste suisse et la Poste du Vatican, alors qu’une médaille commémorative sortira des presses de Swissmint, l’institut officiel de frappe des monnaies helvétiques. JB
Encadré
150 Suisses partent en plein hiver pour Rome
Dans une lettre datée du 21 juin 1505, et adressée à la Diète fédérale, le pape Jules II confiait au «camérier de Notre famille et commensal permanent de la table papale» Pierre de Hertenstein la «mission d’engager à solde dans votre pays et en Notre nom deux cents fantassins». Il voulait leur confier «la garde de Notre palais». Le recrutement débuta en octobre 1506, principalement dans les cantons de Lucerne et Zurich. Les 150 soldats enrôlés partent quelques mois plus tard pour Rome en plein hiver. Ils feront leur entrée à Rome le 22 janvier 1506, date considérée comme celle de la constitution de la Garde suisse pontificale. Le corps connut un épisode tragique le 6 mai 1527 lors du «sac de Rome». 147 Suisses sont morts en protégeant le pape Clément VII. Depuis, le 6 mai est la journée de prestation de serment des nouveaux gardes. JB
Encadré
Programme des événements à venir:
Mercredi 3 mai 2006: Vernissage de l’exposition sur l’histoire de la Garde, à Rome, salle du «Braccio Carlo Magno», Concert de la «Swiss Army Concert Band»; Jeudi 4 mai 2006: «Journée des portes ouvertes» du quartier de la Garde, au Vatican. Les marcheurs donneront, avec l’entrée à Rome, le coup d’envoi aux Festivités du Jubilé.
Vendredi 5 mai 2006: «Journée des portes ouvertes» du quartier de la Garde. Méditation musicale en l’honneur du Jubilé, «Carmen Saeculare» du Père Theo Flury. Samedi 6 mai 2006, anniversaire du «Sacco di Roma». Ce sera l’apogée du Jubilé. La messe solennelle sera présidée par le pape Benoît XVI en la Basilique Saint-Pierre. Une gerbe sera déposée en mémoire des camarades tombés en 1527 et une plaque commémorative sera inaugurée sur l’ancien emplacement de l’Obélisque, devant le «Campo Santo Teutonico», puis aura lieu la cérémonie d’assermentation des nouvelles recrues, exceptionnellement sur la Place Saint-Pierre. JB
A noter: Un ouvrage richement illustré, réalisé par l’historien valaisan Robert Walpen, paraît à l’occasion du 500e anniversaire de la Garde suisse pontificale. Il est intitulé: «La Garde suisse pontificale – Courage et fidélité», et paraît aux Editions Slatkine pour le prix de 68 francs suisses. JB
Avis aux rédactions: des photos actuelles de la Garde suisse pontificale peuvent être commandées automatiquement auprès de l’agence Ciric par internet: www.ciric.ch Ciric: Pérolles 36, CH-1700 Fribourg, Tél. 026 426 48 38, Fax 026 426 48 36, Courriel: info@ciric.ch). (apic/be)




