La privatisation menace l’accès public à l’eau potable

Canada: Les Eglises interpellent le gouvernement canadien sur la question de l’eau

Ottowa, 7 octobre 2005 (Apic) Les Eglises du Canada interpellent le gouvernement d’Ottawa sur la question de l’eau, estimant que l’accès public à l’eau potable est menacé.

La Conférence des évêques catholiques du Canada (CECC) s’est jointe à la campagne oecuménique «L’eau: la vie avant le profit !» s’opposant à la privatisation de cette ressource indispensable, lancée par le mouvement «Kairos» et l’oeuvre d’entraide «Développement et paix».

Mgr Roger Ebacher, archevêque de Gatineau-Hull, a représenté la Conférence lors du lancement qui a eu lieu le 6 octobre 2005 à Ottawa en présence de représentants de diverses Eglises canadiennes. Les chefs et les représentants de huit confessions religieuses canadiennes affirment en effet que la privatisation de l’eau met en péril l’accès public à l’eau potable au Canada et dans le monde.

Dans le but d’aider à éviter une crise mondiale de l’eau, ils demandent au gouvernement fédéral canadien de prendre des mesures sur le plan national et international afin que l’eau demeure sous contrôle public, avec une véritable participation communautaire.

L’eau doit demeurer sous contrôle public

A cette occasion, les signataires, dont Mgr André Gaumond, archevêque de Sherbrooke et président de la CECC, rappellent dans la lettre pastorale pour le lancement de la campagne oecuménique que «l’eau est source de vie». Et de citer le prophète Isaïe (Isaïe, 55, 10-11): «Comme la pluie et la neige descendent des cieux et n’y remontent pas sans avoir arrosé la terre, l’avoir fécondée et fait germer, pour qu’elle donne la semence au semeur et le pain comestible, de même la parole qui sort de ma bouche ne me revient pas sans résultat, sans avoir fait ce que je voulais et réussi sa mission.»

Les évêques canadiens soulignent que depuis le baptême de Jésus dans le Jourdain jusqu’à ce jour, «les chrétiennes et les chrétiens ont reconnu dans l’eau le symbole de l’amour de Dieu pour nous – pour chacun de nous et pour l’ensemble de la création. Sans eau, il n’y a pas de vie.» Et les chefs des Eglises membres de KAIROS d’inviter les fidèles à célébrer et remercier Dieu pour ce don sacré de l’eau en participant à une campagne oecuménique incitant les leaders politiques canadiens à préserver cette ressource essentielle à la vie.

Des communautés frappées par la pollution

Les chefs d’Eglises soulignent que pendant des générations, les Canadiennes et les Canadiens ont bénéficié d’eau potable en abondance. Mais, ajoutent-ils, «nous avons cependant commencé à connaître des désastres qui peuvent survenir quand cette ressource

n’est pas gérée adéquatement». Et de mentionner les communautés de Walkerton (Ontario) et de North Battleford (Saskatchewan) qui ont été fortement touchées par de l’eau polluée.

En Colombie-Britannique et en Nouvelle-Ecosse, des sécheresses hors saison ont inquiété les gens quant à l’approvisionnement en eau. En Alberta et au Manitoba, les inondations ont fait naître des préoccupations quant à la gestion de l’eau. Québec et Terre-Neuve connaissent des conflits liés à la gestion des rivières, des barrages hydroélectriques et des droits autochtones.

Une question de vie et de mort dans les pays du Sud

Dans les pays du Sud, insistent les signataires de l’appel, l’eau est une question de vie et de mort. Plus d’un milliard de personnes n’ont pas accès à de l’eau potable et à des installations sanitaires. Toutes les 14 secondes, une personne meurt de maladies causées par une eau contaminée.

En 2002 et en 2003, face aux inquiétudes croissantes entourant cet élément essentiel à la vie, le Comité des droits économiques, sociaux et culturels des Nations Unies a appelé à la reconnaissance de l’accessibilité à l’eau potable à des fins personnelles ou domestiques comme un droit humain fondamental.

Le Canada s’est opposé à l’adoption d’une résolution sur l’accès à l’eau potable

«De fait, écrivent les responsables religieux, l’eau est un droit universel puisque, sans eau, toute vie animale et végétale s’atrophie et meurt. C’est avec amertume que nous avons vu le Canada s’opposer à l’adoption d’une telle résolution. Nous nous inquiétons vivement des pressions croissantes exercées sur nos gouvernements pour confier la gestion de nos systèmes d’eau à des entreprises privées et à permettre l’exportation d’eau potable à des fins lucratives.»

Les signataires estiment que fondamentalement, l’accessibilité à l’eau potable, en quantité suffisante «n’est pas une question d’ordre commercial mais plutôt d’ordre moral et spirituel. Tout déni de l’accès à l’eau potable constitue un manque de respect pour la création de Dieu et un manque de considération pour les besoins humains fondamentaux. Il est essentiel que les décisions de la gouvernance touchant la question de l’eau respectent les critères d’équité, de durabilité et de participation significative des communautés.» Ils affirment en conclusion que «seul le contrôle public de l’eau en fonction du bien commun le permet.» JB

Encadré

Les signataires de l’appel sont nombreux

Les chefs et les représentants des Eglises présents lors d’une cérémonie tenue près de la rivière Rideau à Ottawa étaient: l’archevêque Andrew Hutchison, primat de l’Eglise anglicane du Canada; l’archevêque Roger Ebacher, de la Commission des affaires sociales de la Conférence des évêques catholiques du Canada; l’évêque Ray Schultz, évêque national de l’Eglise évangélique luthérienne du Canada; Frederick W. Sheffer, primat de la Conférence de l’Eglise anglicane du Canada pour la région de Montréal et d’Ottawa; Carol Dixon, représentante de l’Assemblée annuelle de la Société religieuse des amis (Quakers) du Canada; Karen Bokma de l’Eglise réformée d’Amérique du Nord; Bill Janzen du Comité central mennonite; et le révérend Tony Boonstra, représentant de l’Eglise presbytérienne du Canada. Des membres du Parlement et des représentants d’organisations civiles canadiennes et internationales étaient aussi présents. (apic/com/cecc/be)

7 octobre 2005 | 00:00
par webmaster@kath.ch
Temps de lecture : env. 4  min.
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