Mise en garde de l’Eglise contre toute atteinte à la dignité humaine
Allemagne: Haut responsable politique démocrate-chrétien favorable à l’euthanasie active
Hambourg, 12 octobre 2005 (Apic) Un haut responsable politique démocrate- chrétien allemand – le premier à se prononcer ainsi au sein de l’Union – s’est déclaré favorable à l’euthanasie active. Le ministre de la justice du Land de Hambourg, Roger Kusch (CDU), a estimé que l’euthanasie active doit être permise si un malade incurable ne voulait plus vivre.
Dans un article du «Hamburger Abendblatt» de mardi, le ministre de la justice de Hambourg Roger Kusch est d’avis qu’il s’agit dans ce cas d’un «devoir de charité chrétienne» et pas du tout d’une violation des valeurs fondamentales de l’être humain. Mais Mgr Hans-Jochen Jaschke, évêque auxiliaire de Hambourg, n’est pas du tout du même avis: «l’Allemagne ne devrait en aucun cas franchir cette dangereuse barrière», estime-t-il.
Roger Kusch, qui appartient à l’Eglise évangélique allemande, pense que le Dieu auquel il croit ne peut pas vouloir laisser souffrir un malade incurable, et par conséquent sans espoir, au-delà de sa volonté de se maintenir en vie. Il fait appel pour justifier sa position au théologien catholique Hans Küng.
L’évêque catholique Hans-Jochen Jaschke estime que dans ce cas, la dignité de l’homme est en jeu. Il a déclaré à l’agence de presse catholique allemande KNA qu’un homme doit pouvoir mourir dignement, et que sa vie ne doit pas être prolongée artificiellement. Il affirme que l’on doit soulager ses douleurs, mais il met en garde contre des dispositions légales autorisant une euthanasie active.
«D’autres pays nous montrent que l’autorisation de l’euthanasie active favorise l’idée que la fin de vie ne vaut plus la peine et n’a plus de valeur», relève l’évêque auxiliaire. Et de mettre en garde les personnes concernées et la société contre cette tendance, car dans ce cas, affirme-t- il, c’est la dignité de l’homme qui est en jeu.
Débats nourris en Allemagne
La fondation allemande pour les soins palliatifs «Hospiz Stiftung» a vertement critiqué mercredi à Dortmund la proposition du ministre de la justice de Hambourg de légaliser l’euthanasie active. La «Deutsche Hospiz Stiftung» relève qu’il s’agit là d’une fausse compassion et déplore cette intervention alors que l’on cherche à établir en Allemagne les pratiques qui se développent en Suisse. De telles prises de position, affirme la fondation, favorisent l’acceptation par la société qu’il s’agit là soi- disant d’un acte de charité.
Le responsable de la fondation, Eugen Brysch, déplore particulièrement qu’une telle affirmation, qui équivaut à «une gifle donnée aux plus faibles», provienne de la bouche d’un élu démocrate-chrétien. Il souligne que les personnes gravement malades et les mourants n’ont besoin ni de pitié ni de coup de grâce, mais de sympathie et de soins hautement professionnels. La fondation déclare que le ministre de la justice hambourgeois Roger Kusch «prend les gens pour des idiots» avec sa proposition «irresponsable».
La position de Roger Kusch a provoqué mercredi un vif débat entre partisans et opposants de l’euthanasie active en Allemagne. Mais selon un sondage de l’Institut Forsa de Hambourg, publié mercredi pour le journal «Stern», 74% des Allemands sont d’avis qu’il devrait être permis aux médecins de procurer un moyen létal aux personnes gravement malades qui le demanderaient. 20% refusent la libéralisation de l’euthanasie active, actuellement punissable en Allemagne, contre 6% qui n’ont pas d’opinion. La discussion a été lancée par la fondation sur le sol allemand d’une filiale de l’association suisse pour l’euthanasie «Dignitas» à la fin septembre. (apic/kna/be)




