Le point à mi-parcours du Synode sur l’Eucharistie

Rome: L’ordination d’hommes mariés n’est pas une solution pour la crise des vocations

Rome, 14 octobre 2005 (Apic) L’ordination d’hommes mariés n’est pas une solution pour remédier au manque de prêtres, a déclaré le cardinal Juan Sandoval Iniguez, archevêque de Guadalajara et président délégué du synode des évêques sur l’Eucharistie. Il s’exprimait avec deux confrères, Francis Arinze et Placidus Toppo, lors d’une conférence de presse donnée à mi- parcours du synode.

Les trois cardinaux se sont exprimés le 13 octobre, après la lecture par le rapporteur général de la Relatio post disceptationem. Interrogé sur la possibilité d’ordonner des hommes mariés dans l’Eglise latine afin de palier au manque de prêtres, le cardinal Telesphore Placidus Toppo, archevêque de Ranchi, en Inde, a expliqué que ce manque était en réalité «le symptôme d’un problème», celui de la «crise de la prêtrise» liée à la «crise de la foi en Europe».

Des propos repris par le cardinal Sandoval Iniguez qui a estimé que le manque de prêtres était «l’effet du manque de foi, de vision spirituelle et de transcendance» d’un monde sécularisé. L’archevêque de Guadalajara a aussi souligné que «le recours aux ’viri probati’» (hommes mariés pouvant être ordonnés prêtres, ndlr) discuté durant les congrégations générales du synode était «un problème que se posait l’Eglise» et «qui n’avait pas de solution».

Malgré l’admission d’hommes mariés au sacerdoce, les Eglises orientales connaissent «une crise des vocations», a-t-il ainsi argumenté. Ces prêtres mariés sont aussi «un problème», a-t-il rapporté. Car ils n’ont pas de temps pour étudier, doivent beaucoup travailler pour subvenir aux besoins de leur femme et de leurs enfants, et parfois divorcent. Le cardinal mexicain a estimé bon que cette question ait été exposée durant les débats, tout en affirmant qu’il ne pensait pas que ce soit pour autant «une solution».

L’évêque ukrainien Sofron Stefan Mudry, qui participait à la conférence de presse en tant que président de la Commission pour l’information, a confirmé ces propos. Il a affirmé que s’il n’avait «rien contre cet état», – il a même estimé que grâce aux prêtres mariés, l’Eglise uniate avait pu se maintenir durant le communisme, les prêtres célibataires ayant presque tous été arrêtés -, il fallait qu’»au moins 50% des prêtres» soient célibataires si l’on voulait sauver l’Eglise ukrainienne. Il a expliqué en effet que les prêtres mariés avaient des problèmes sociaux et humains «sans fin» dans leur vie quotidienne.

Communion aux divorcés-remarié non-conforme à la foi

Interrogé par ailleurs sur un éventuel parcours de pénitence et de réconciliation dans l’Eglise pour les divorcés-remariés n’ayant pas accès à la communion, le cardinal Francis Arinze a déclaré «nous», évêques et prêtres «ne possédons pas» l’Eucharistie. «Nous sommes seulement des ministres et nous devons répondre devant Dieu, (..) voilà le problème».

Le préfet de la Congrégation pour le culte divin et la discipline des sacrements a ainsi expliqué que c’était «une chose que d’avoir de la compassion pour ces couples» en échec qui souffraient de leur situation, mais toute «autre chose» était le fait «d’accepter qu’une personne» se marie une seconde fois, vive avec une autre personne et reçoive la communion. Car cela n’est pas conforme avec «ce qu’enseigne la foi» en matière de mariage, a-t-il expliqué, reprenant l’Exhortation post-synodale Familiaris Consortio de Jean Paul II.

L’unique question qui se pose est de savoir si les deux personnes mariées l’ont été validement «devant Dieu et devant l’Eglise». Il s’agit alors de «la loi de Dieu» et non d’une question de sentiments, a fait valoir le cardinal nigérian. A ce sujet, le cardinal Sandoval Iniguez a expliqué que «ce qu’on demande maintenant est que la bureaucratie dans les tribunaux» ecclésiastiques pour rendre nul un mariage non valide, «ne soit pas trop lourde», pour «que les cas se résolvent dans un temps plus approprié, afin d’aider ces personnes».

L’inculturation n’est pas pour le divertissement

Interrogé par la suite sur l’inculturation, il a affirmé que «la question qui se pose porte sur la norme générale d’une Eglise qui est catholique, c’est-à-dire universelle, et sur l’inculturation dans chaque peuple». Mais cette inculturation doit aider «non pas au divertissement mais à l’intériorisation», a-t-il estimé. L’inculturation est très exigeante, a affirmé pour sa part le cardinal Arinze. «Si l’inculturation doit être vraie, il faut une étude très disciplinée, théologique, liturgique, littérature, d’écriture sacrée, de musique, d’ethnologie», a-t- il tenu à préciser. «Les Conférences épiscopales discutent de cette étude, votent et quand elles parviennent à une majorité de 2/3, elles la soumettent à la Congrégation pour le culte divin et la discipline des sacrements», a expliqué le préfet de ce dicastère.

Enfin, interrogé sur le fait que l’on puisse élargir la possibilité de célébrer la messe selon l’ancien rite dans l’Eglise, le cardinal Arinze a répondu que les pères synodaux n’avaient «pas soulevé ce sujet» et que cela ne faisait donc pas partie des priorités de l’assemblée. Il a rappelé à ce sujet que Jean Paul II avait permis la pratique de ce rite tridentin pour les groupes le souhaitant avec l’accord de leur évêque. (apic/imedia/ar/bb)

14 octobre 2005 | 00:00
par webmaster@kath.ch
Temps de lecture : env. 4  min.
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