L’aide à l’UE pas sur le dos de l’aide au développement
Suisse: Alliance Sud lance un appel au Conseil fédéral signé par plus de 300 personnalités
Berne, 18 octobre 2005 (Apic) La «contribution de cohésion» – la participation financière d’un milliard de francs que la Suisse a promis pour l’intégration des pays de l’Est nouvellement membres de l’Union européenne (UE) – ne doit pas se faire sur le dos de l’aide au développement. Plus de 300 personnalités ont appuyé l’appel lancé mardi 18 octobre par Alliance Sud au Conseil fédéral.
Alliance Sud, la communauté de travail des oeuvres d’entraide Swissaid/Action de Carême/Pain pour le prochain/Helvetas/Caritas/Eper, estime qu’il est possible de couvrir la contribution de cohésion d’un milliard de francs, promise par le Conseil fédéral, par les revenus générés par les Bilatérales II.
Cette contribution à l’UE ne doit pas être financée au détriment des pays du tiers-monde, affirment plus de 300 personnalités du monde politique, culturel, sportif, scientifique et économique de la Suisse, dans un «Appel au Conseil fédéral et au Parlement» rendu public mardi.
Contribution à la cohésion de l’UE, aucun rapport avec l’aide au développement
«La contribution à la cohésion de l’UE n’a rien à voir avec l’aide au développement», a affirmé mardi à Berne Bastienne Joerchel, de la direction d’Alliance Sud lors d’une conférence de presse.
Si la somme que le Conseil fédéral a promis à l’UE comme prix à payer pour la conclusion des Bilatérales II et le maintien du secret bancaire devait, comme prévu, être imputé aux programmes d’aide aux pays les plus pauvres, «on assisterait alors à une inversion de l’aide au développement : les pauvres paieraient pour les riches».
Demander aux pauvres de payer pour les riches ?
La Confédération prévoit de payer cette contribution d’un milliard sur huit ans. Cela représente une moyenne de 125 millions de francs par an. Plutôt que de prendre cet argent sur le budget de l’aide au développement, le financement doit être assuré par les revenus qui seront générés par les Bilatérales II, a déclaré Peter Niggli, directeur d’Alliance Sud.
Chiffres officiels à l’appui, ce dernier a démontré que les recettes attendues des Bilatérales II s’élevaient à au moins 152 millions de francs par an, sans compter les 80 à 100 millions de francs d’économies réalisées dans le domaine de l’asile avec la suppression de la «deuxième demande».
Ces montants sont donc amplement suffisants pour une compensation totale avec un effet budgétaire neutre. Selon Peter Niggli, ce projet est également discutable sur le plan éthique: la Suisse ferait payer le prix de ses accords avec l’UE aux pays pauvres et en encaisserait elle-même les recettes.
Les oeuvres d’entraide ont obtenu le soutien de 319 personnalités de la vie publique suisse, a précisé le président d’Alliance Sud, Franz Schüle, secrétaire central de l’Entraide protestante suisse (EPER). Dans un appel au Conseil fédéral et au Parlement, ces personnalités ont demandé de ne pas financer la contribution de cohésion sur le budget de l’aide au développement. «La moindre des choses serait que la Suisse ne fasse pas payer la contribution de cohésion aux pays les plus pauvres du monde», souligne l’Appel.
Ce n’est en effet pas à l’Afrique de financer la contribution suisse à l’UE. «Le Mali ou le Mozambique, pays prioritaires de la coopération suisse, ne tirent en effet aucun bénéfice du fait que la Suisse ait pu préserver le secret bancaire à l’égard de l’Union européenne. Comment pourrions-nous expliquer une telle attitude au reste du monde ?»
Les signataires de l’»Appel» ne voient pas pourquoi des pays pauvres comme le Bénin ou la Géorgie, pays bénéficiaires de l’aide suisse au développement, devraient payer pour le succès de la Suisse dans ses négociations sur les Bilatérales II. Ni pourquoi le Bangladesh ou le Mozambique doivent payer pour que les entreprises suisses puissent accéder aux marchés des nouveaux Etats membres de l’UE. Les signataires de l’»Appel» refusent finalement ce «détournement de l’aide au développement» pour un but qui lui est étranger. JB
Encadré
319 signataires de l’»Appel»,
Parmi les 319 signataires de l’»Appel», on note la présence de Cornelio Sommaruga, ancien président du Comité international de la Croix-Rouge, de Mgr Amédée Grab, président de la Conférence des évêques suisses, d’Urs Altermatt, recteur de l’Université de Fribourg, du journaliste Jean- Philippe Rapp, d’Antonio Hautle, directeur de l’Action de Carême des catholiques suisses, du ministre jurassien Jean-François Roth, de Jürg Krummenacher, directeur de Caritas Suisse, du Prix Nobel de chimie 1991 Richard Robert Ernst, de Mgr Fritz René Müller, évêque de l’Eglise catholique chrétienne de Suisse, de l’alpiniste de l’extrême Evelyne Binsack, du réalisateur Yves Yersin, du pasteur Thomas Wipf, président de la Fédération des Eglises protestantes de Suisse, de Bertrand Piccard, qui a effectué le premier tour du monde en ballon sans escale, de la clown Gardi Hutter ou encore du chef des finances de la Ville de Zurich, Martin Vollenwyder, membre du parti radical. JB
Encadré
La contribution de cohésion à l’Union européenne (UE)
Jeudi 20 octobre, la Commission de politique extérieure du Conseil des Etats délibérera de la contribution de cohésion à l’Union européenne (UE). Rappelons qu’il y a un an et demi, les négociations sur les Bilatérales II avec l’UE s’étaient embourbées. Le 12 mai 2004, le Conseil fédéral décidait de soutenir l’intégration des nouveaux pays de l’UE avec un montant extraordinaire d’un milliard de francs. Une semaine plus tard, les négociations s’achevaient avec succès.
Le 12 mai 2004 également, le Conseil fédéral décidait de compenser totalement la contribution de cohésion, et cela à la charge des budgets du Département fédéral des affaires étrangères (DFAE) et du Département fédéral de l’économie (DFE). Le DFAE et le DFE sont théoriquement libres de couper là où ils l’entendent. Mais dans ces deux départements, seule l’aide au développement n’est pas liée ou légalement obligatoire, par conséquent c’est donc elle qui va, seule, faire les frais des coupes budgétaires. Les oeuvres d’entraide lancent un «Appel au Conseil fédéral et au Parlement» afin de rectifier cette décision, affirmant que des possibilités de financement alternatives existent sans grever les finances fédérales et sans hypothéquer l’aide au développement. (apic/com/be)




