Sénégal: Vague d’indignation après la suspension par l’Etat d’une radio privée
«Mesure inopportune», estime Mgr Théodore Adrien Sarr
Dakar, 20 octobre 2005 (Apic) Mgr Théodore Adrien Sarr, archevêque de Dakar, a déploré la suspension sur ordre du gouvernement, en début de semaine, d’une station de radio privée locale, «Sud-Fm». Elle avait diffusé une interview du chef de la branche armée du Mouvement des Forces Démocratiques de Casamance (Mfdc), Salif Sadio.
Salif Sadio est considéré comme l’un des plus farouches opposants au processus de paix dans cette région sud du Sénégal. Sitôt la diffusion de l’interview terminée, lundi 17 octobre 2005, le signal de la radio a été coupé pendant plusieurs heures. La police a immédiatement investi les locaux de la station, emportant avec elle du matériel technique. Une vingtaine de personnes (journalistes, techniciens, animateurs, gardiens, etc. .) se trouvant sur les lieux ont été interpellés. L’édition du jour de «Sud Quotidien», appartenant au même groupe que la radio, avait publié l’interview. Elle a été saisie dans les kiosques. Le ministre sénégalais de l’Intérieur, Ousmane Ngom, a invoqué le motif d’»atteinte à la sûreté de l’Etat». Il avait menacé les autres stations de suspension, au cas où elles diffuseraient totalement ou partiellement l’interview incriminée.
«Chasser l’envahisseur sénégalais de la Casamance»
Dans ses propos, Salif Sadio dénonçait avec vigueur la présence en Casamance de troupes sénégalaises, affirmant notamment: «Je ne retournerai à la maison qu’après avoir chassé l’envahisseur sénégalais de la Casamance». Il vit dans le maquis depuis plus de 10 ans. Le syndicats des journalistes et techniciens, les associations socioprofessionnelles, organisations de défense des droits de l’homme, de la société civile, ainsi que les partis politiques de l’opposition ont condamné unanimement la suspension de la radio.
«Je trouve cette mesure très, très regrettable», a ainsi déclaré Mgr Sarr. Selon lui, cette interview de Salif Sadio «fait du bien». Elle a permis à ses yeux de mieux comprendre ce qui se passe. C’est un autre son de cloche opposé au processus de paix. «Une information que les Sénégalais avaient besoin de connaître. (.) Elle montre que tout le monde n’est pas nécessairement dans le sens que nous souhaitons», a encore déclaré Mgr Sarr.
«Après avoir lu l’interview et écouté la radio, je ne vois vraiment pas pourquoi elle peut porter atteinte à la sûreté de l’Etat», a-t-il estimé. La section sénégalaise de l’Association Chrétienne pour l’Abolition de la torture (Acat), s’est, elle aussi, insurgée contre la suspension des émissions de Sud-Fm. (apic/ibc/be)




