Espagne: L’attribution du prix Prince des Asturies aux Soeurs de la charité suscite la grogne
Polémique sur un prix à un ordre religieux «geôlier de Franco»
Oviedo, 21 octobre 2005 (Apic) Une polémique a éclaté en Espagne sur l’octroi, vendredi à Oviedo, (nord de l’Espagne) du prix Prince des Asturies de la Concorde à l’ordre des Soeurs de la Charité. Pour les uns, il s’agit ni plus moins des geôlières des prisons de femmes sous Franco.
Ce prix a suscité les protestations de la part des victimes de la dictature. L’Ordre a cependant été récompensé pour «son exceptionnel labeur social et humanitaire en faveur des défavorisés».
La candidature des Soeurs de la Charité de Saint Vincent de Paul avait été proposée par la Conférence épiscopale espagnole à la Fondation Prince des Asturies, qui décerne chaque année huit prix qui aspirent à devenir des équivalents des Nobel. Elle a notamment été préférée à celle de l’Organisation nationale de transplantation.
L’Association pour la récupération de la mémoire historique (ARMH), qui oeuvre à la réhabilitation des victimes de la dictature de Francisco Franco (1939-75), s’est scandalisée en relevant que ce prix récompense des «religieuses qui ont infligé des souffrances terribles à des milliers d’Espagnoles».
Contrôle dans les prisons
L’ordre des Soeurs de la Charité a contrôlé les prisons de femmes au XIXe siècle «d’une main de fer», écrivait en 2003 l’historien Fernando Hernandez dans son livre «Femmes emprisonnées». «Expulsées» en 1931 par Victoria Kent, première directrice générale des prisons en Espagne, elles avaient été rappelées par Franco à la fin de la guerre civile, rappelle Hernandez.
Selon l’Agence France presse, l’hebdomadaire espagnol «Interviu» a publié cette semaine des témoignages d’anciennes détenues des prisons franquistes faisant état de la «froideur, l’égoïsme, l’indifférence à la souffrance» des Soeurs de la Charité, voire même de «tortures psychologiques».
L’ancienne présidente française du parlement européen Simone Veil et le coureur espagnol Fernando Alonso, champion du monde de Formule 1, figurent parmi les lauréats 2005 qui ont également reçu leur prix vendredi. (apic/ag/pr)




