Rome: Mgr Amédée Grab, confie ses impressions post-synodales
«Un réel échange a eu lieu, et ceci est nouveau»
Propos recueillis à Rome par Antoine-Marie Izoard
Rome, 24 octobre 2005 (Apic) Le président de la Conférence des évêques suisses (CES), Mgr Amédée Grab, a confie ses impressions post-synodales. Dans un entretien accordé à Rome à l’Agence I.Media, partenaire de l’Apic, l’évêque de Coire et président du Conseil des Conférences épiscopales européennes (CCEE), a évoqué les nouveautés de ce premier Synode du pontificat de Benoît XVI, ses limites, et ce qu’il en retient.
Q.: Nous sommes au terme du Synode sur l’Eucharistie, qu’est ce qui vous a plus particulièrement marqué ?
Mgr Grab: Dans le déroulement du travail, les interventions de chacun ont été réduites de deux minutes et, en compensation, il y a eu cette heure ajoutée dans la soirée pour tous ceux qui voulaient prendre la parole. Et ce ne fut pas une assemblée muette! Un réel échange a lieu, et ceci est nouveau.
Q.: Vous êtes intervenu sur la question de l’hospitalité eucharistique. Ce Synode a-t-il fermé la porte à cette éventualité ? En Suisse, pays où vivent catholiques et protestants, y êtes-vous plus favorable ?
Mgr Grab: Nous avons opportunément redit quelles étaient les normes en vigueur et que c’est le rôle de l’évêque de juger si les conditions sont remplies (pour permettre la communion d’autres chrétiens non-catholiques, ndlr). Tous les documents de l’Eglise, au cours de l’année de l’Eucharistie, ont bien rappelé que l’appartenance ecclésiale est déterminante. Ce qui justifie l’admission d’un baptisé non catholique à la communion c’est qu’il reconnaisse, entre autres, que l’Eglise est une voie du Salut, qu’elle célèbre légitimement l’Eucharistie, etc. Il faut absolument se tenir à cela.
Q.: Pour avancer dans ce domaine, le dialogue bilatéral entre confessions chrétiennes est-il une solution ?
Mgr Grab: Ces dialogues bilatéraux permettent d’avancer jusqu’à un certain point. Par exemple, le dialogue que nous avons avec les orthodoxes est absolument manifeste. Ainsi, il est possible à tout prêtre catholique d’administrer les sacrements de pénitence, d’Eucharistie et d’onction des malades aux fidèles orthodoxes qui les demandent. Nous pourrions, nous aussi, recevoir ces sacrements chez les orthodoxes qui, malgré tout, en général, n’admettent pas les catholiques. Mais la base doctrinale est absolument suffisante. En revanche, pour les Eglises issues de la Réforme, c’est extrêmement difficile. Elles n’ont généralement pas de confession de foi à caractère obligatoire et normatif. Leur seule conviction est que Jésus invite à l’Eucharistie, mais ce qu’il faut croire ou ne pas croire, on ne le sait pas. Il arrive même qu’on admette à la table eucharistique ceux qui n’ont pas été baptisés. Or, ceci est en contradiction avec l’ensemble de la tradition chrétienne. Ce n’est pas sur ce chapitre que nous arriverons le plus vite à un progrès. Le problème le plus urgent et fondamental dans un pays comme le mien est de savoir ce qu’est l’Eglise. La question c’est donc surtout de savoir si ceux qui reconnaissent Jésus comme leur Seigneur, sans la communion d’un acte de foi déterminé ni celle des sacrements et des ministères, peuvent former une seule Eglise.
Q.: Les pères synodaux sont par ailleurs revenus sur la question des divorcés remariés.
Mgr Grab: C’est une souffrance aiguë de tous les évêques. Et nous nous sommes aussi demandé légitimement ce qu’il en était ce ceux qui se marient sans avoir conscience de ce qu’est le mariage pour l’Eglise catholique. C’est un phénomène croissant. La capacité de vouloir quelque chose pour toujours a fortement diminué dans la société occidentale. Or, l’incapacité de vouloir pour toujours annule tout mariage.
Q.: Va-t-on, justement, vers un plus grand travail des tribunaux ecclésiastiques dans les diocèses et des déclarations de nullité de mariage plus fréquentes ?
Mgr Grab: Le nombre des recours aux tribunaux pourrait augmenter considérablement si les fidèles prenaient réellement conscience de l’enjeu et qu’ils recouraient à cette instance parce que leur foi leur dit qu’ils veulent vivre également en chrétiens dans leur mariage. Mais, en raison de la sécularisation, beaucoup de baptisés ne pensent pas que leur baptême engage toute leur vie. Ils se déclarent croyants, sans définir leur foi. Beaucoup, aussi, considèrent le mariage comme une réalité temporelle. Ils s’interrogent alors sur le besoin de demander à l’Eglise de déclarer que le mariage n’a pas eu lieu.
Q.: Que retiendrez-vous en particulier de ce Synode ? Repartez-vous avec, dans vos bagages, une idée particulière pour la pastorale de votre diocèse ?
Mgr Grab: Avant les idées il y a les expériences entendues, les contacts avec des évêques qui vivent dans des conditions tout à fait différentes et infiniment plus difficiles. Cela peut donner des idées ! Par exemple, quand un évêque vous déclare qu’il est heureux lorsque, dans son diocèse, les paroisses peuvent avoir l’Eucharistie au moins une fois par an. Qu’en est- il de l’Eucharistie chez nous ? On parle, dans mon diocèse de Coire, d’un manque alarmant de prêtres. Mais il peut y avoir partout une messe par paroisse les dimanches! Pourtant, il y a des paroisses où il y a très peu de monde. L’idée, c’est donc de renoncer à parler du manque dramatique de prêtres mais de voir comment les prêtres et les fidèles qui sont là réalisent la plénitude de leur communion ecclésiale dans l’Eucharistie. Une Eucharistie qui n’est pas seulement une célébration sacramentelle, mais qui est la célébration de toute la vie de la communauté. Il y a donc toute une catéchèse de pastorale eucharistique et ecclésiale à promouvoir !
Q.: Partez-vous avec un regret ? Certains aspects de l’Eucharistie ont-ils été oubliés durant ce Synode ?
Mgr Grab: Quantitativement, on a beaucoup plus pensé à la célébration de l’Eucharistie qu’à l’accomplissement de sa mission de transformation du monde et d’évangélisation. Une évangélisation qui ne soit pas seulement celle de la Parole mais l’expérience du sacrement.
Q.: Au final quel regard portez-vous sur ce Synode: point d’orgue ou point de départ ?
Mgr Grab: C’est une efflorescence ! C’est une manifestation de la richesse de ce qu’il y avait dans cette idée de l’année de l’Eucharistie quand Jean Paul II l’a lancée, puis tous les documents sortis à cette occasion et ce qui a été vécu dans les diocèses. Pour ce Synode, on se demandait bien ce que l’on pourrait bien ajouter. En fait, nous n’avons rien ajouté, mais il s’agit du bouquet final d’un grand feu d’artifice qui devra embraser le monde !
Q.: On ne va donc pas vers des documents nouveaux, vers une réforme liturgique ?
Mgr Grab: Si, forcément, il y a toujours une conclusion aux travaux du Synode. Le Saint-Père est entièrement libre, soit de formuler une Exhortation post-synodale, soit de produire un document d’un autre genre littéraire. Pour la liturgie, nous avons hésité à faire des propositions très spéciales à ce sujet. Mais le Missel romain est actuellement en refonte, l’édition latine est parue, on ne sait pas encore ce qu’il en sera des éditions dans les langues nationales. ce n’était donc pas le moment de faire des suggestions.
Des photos de Mgr Grab peuvent être commandées à l’agence CIRIC, Bd de Pérolles 36 – 1705 Fribourg. Tél. 026 426 48 38 Fax. 026 426 48 36 Courriel: info@ciric.ch
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(apic/imedia/ami/pr)




