Jura: 21e session de la «Coordination interdiocésaine» à Delémont
Lignes directrices adoptées en vue de légitimer son existence
Delémont, 6 novembre 2005 (Apic) Delémont a accueilli vendredi et samedi une trentaine de délégués de la 21e «Coordination Interdiocésaine», qui a approuvé les «Lignes directrices» sur lesquelles la Coordination planche depuis plusieurs années. Histoire de se donner une véritable identité, et de faire reconnaître son rôle de relais entre la base de l’Eglise en Suisse et la hiérarchie.
Les délégués, représentatifs de l’ensemble des conseils pastoraux diocésains et cantonaux de tous les évêchés en Suisse, ont consacré leur session à la «Vocation chrétienne». Thème d’actualité, s’il en est, en cette année des vocations sacerdotales décrétée par les évêques suisses, mais aussi à l’horizon de 2006, axée sur les laïcs en terme de vocation. Tant il est vrai, a-t-on insisté samedi à Delémont, que la notion de vocation n’est pas réservée aux seuls prêtres, aux religieux et religieuses, mais à tout baptisé, contrairement à la vision d’une Eglise identifiée au ministère du prêtre pendant plusieurs siècles. Une vision que Vatican II, dont on fêtera début décembre sa clôture, il y a 40 ans, corrigera.
La première journée a été consacrée aux échanges d’expériences des délégués de l’ensemble des régions linguistiques de Suisse, mais aussi au débat sur les «Lignes directrices» de la Coordination, afin d’asseoir la légitimité de celle-ci auprès de la Conférence des évêques suisses et des autres instances de l’Eglise. La seconde journée, samedi, a permis une réflexion sur le thème des vocations, et aux délégués de voter ces fameuses «lignes», en discussion depuis plusieurs années.
Des «lignes» pour un cadre légal
Le Jurassien Vincent Eschmann, délégué du conseil pastoral du diocèse de Bâle, qui participait ce week-end à Delémont pour la septième année consécutive à ces journées de la Coordination interdiocésaine, confirme du reste que ces «lignes» ont été adoptées à l’unanimité, après quelques retouches rédactionnelles.
En réalité, confie Vincent Eschmann, il s’agissait de donner à la «Coordination» une forme concrète à son existence, surtout en l’absence de statut, explique-il. Il s’agissait, dit-il, de coucher sur le papier le mandat donné par la Conférence des évêques suisses (CES). Surtout, ces lignes directrices donnent un aspect officiel à la réunion nationale de la Coordination: «Il convenait de nous situer, relève le Jurassien. Nous étions devant deux choix: la voie solitaire, à la manière de ce qui se passe en Allemagne, ou l’autre, qui consiste à exploiter le laboratoire existant, à savoir donner un cadre légal à notre institution, mais au sein de l’Eglise catholique en Suisse». En d’autres termes, agir en partenariat avec les évêques. Les délégués ont choisi cette voie là. En émettant un voeu, qui sera acheminé en direction de la CES, celui d’une reconnaissance de la «Coordination», de son rôle de pont, de relais entre la base et les évêques.
A l’issue de ces journées, un comité devrait voir le jour, appelé à se réunir plus souvent aussi, formé de personnes appartenant aux différentes cultures, sensibilités et domaines pastoraux des régions linguistiques de Suisse. Ces «lignes» seront transmises à la commission de planification pastorale dans une quinzaine de jours, avant d’être remises à la CES.
Vocations: conditions météo défavorables?
Vocations? L’abbé François-Xavier Amherdt sait de quoi il parle, en sa qualité de directeur de l’IFM, à Fribourg (Institut romand de formation aux ministères). Dans son témoignage apporté devant les délégués, il a énuméré un certain nombre de conditions météorologiques défavorables à un éveil des vocations dans la société actuelle, tournée vers le profit, le consumérisme, le repli, l’égoïsme, vers une fringale de production, où l’homme doit avant tout être performant. Et malheur à lui sinon.
En bon arbitre de football qu’il est depuis une trentaine d’année, l’abbé Amherdt a brandi le carton rouge à une société bien trop souvent sifflée hors jeu. Une société qui ne sait plus pardonner ni écouter, et qui interprète à sa manière la notion de liberté, la confondant avec un libertinage. Carton rouge aussi à une société qui a perdu le sens de la gratuité, du bénévolat, au profit du «tout se paie, tout se monnaie». Carton rouge enfin à une société bien loin du respect de l’amour fidèle, de l’amour qui dure, qui a tiré un trait sur le sens du mariage chrétien.
La thérapie? L’abbé Amherdt, prend le contre-courant: «Il y a eu comme une révolution copernicienne qui fait que dans notre monde, tout tourne autour de l’homme, alors que la vocation chrétienne est d’oser témoigner Dieu, d’être à l’écoute. Et de savoir encore pardonner». Pas simple, dans une société en proie à une fringale de productivité. «Mais l’Eglise doit oser nager à contre-courant», répond le directeur de l’IFM.
Soeur Ingrid Grave, une dominicaine de Zurich, l’autre oratrice invitée, abonde dans ce sens. Pour dire avec l’abbé Amherdt qu’il y a aussi de multiples raisons de ne pas céder au pessimisme, pour autant que l’homme remette l’église au milieu du village. Parce que, dit la religieuse, chaque être humain reçoit de Dieu des dons et des talents, qu’il convient d’utiliser pour ce temps. Et parlant de sa propre expérience: «Dieu m’a préparée et maintenant je dois entendre Dieu dans ce qu’il a à me dire pour affronter le moment vécu, l’époque actuelle».
La crainte d’un découragement
Président de la Coordination diocésaine, Odo Camponovo, de Soleure, reste confiant pour l’avenir de l’Assemblée qu’il préside, qui doit à ses yeux demeurer un lieu de partage, d’échange et de confrontation au niveau des expériences, à savoir comment l’Eglise vit dans les différentes régions linguistiques en Suisse. «C’est là le premier enrichissement, qui permet d’aller au-delà de l’esprit de clocher, que nous cultivons parfois en Suisse». C’est vrai, reconnaît-il, la «Coordination cherche à faire sa place, car elle peine à se faire écouter. Nous sommes un organe d’échange et de réflexion au niveau national, mais nos propos et le suivi de nos réflexions ont du mal à passer au niveau de la communication».
A ce propos, Odo Camponovo nourrit quelques craintes, celles de voir un certain découragement: «Des gens se ’mouillent’, en quelque sorte. La moindre des choses est de les prendre aux sérieux, tout au moins de les écouter davantage. Le laïcat a plutôt une position précaire dans l’ensemble de l’Eglise en Suisse. Une impulsion nouvelle est à espérer». PR
Encadré
Dans la foulée de Vatican II
La «Coordination interdiocésaine» rassemble les délégués de l’ensemble des conseils pastoraux diocésains et cantonaux de tous les diocèses en Suisse. Elle a été créée dans les années 80, à la demande de la Commission de planification pastorale de la Conférence des évêques suisses. La Coordination contribue selon son mandat à favoriser l’identité de l’Eglise catholique en Suisse. Elle aborde un certain nombre de thèmes liés au domaine pastoral et ecclésiastique au plan suisse. Elle promeut enfin la mise en réseau de travaux des conseils pastoraux diocésains et cantonaux.
La 21e session de la «Coordination interdiocésaine» coïncide à un mois près à l’anniversaire de la clôture du Concile Vatican II – le 8 décembre 1965 – dont elle est également issue. Les délégués des conseils diocésains et cantonaux se rencontrent une fois par an. A noter que le secrétariat de la Coordination est confié à l’Institut de sociologie pastorale, à St-Gall. (apic/pr)




